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Genèse 18 v 20-32 Alphonse Maillot



Texte : Genèse 18/20-32
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [juillet-août]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1992 (p. 55-58).



7° dimanche après la Pentecôte
ou 17° dimanche ordinaire

Genèse 18/20-32

Ce récit (dont on ne relèvera jamais assez l'originalité, surtout quand on se réfère aux images (?) que les gens (et parfois les prédicateurs) se font du Seigneur de l'Ancien Testament) a (ou devrait avoir) cependant bien des conséquences pour notre prière, ne serait-ce que celle du Notre Père. Nous n'avons pas affaire à une de ces divinités distantes et glacées, dont les décisions définitives sont prises irrévocablement de toute éternité, et sur lesquelles jamais aucune créature ne pourra intervenir, mais à un Père (même s'il n'est pas fait usage de ce terme en Genèse 18) qui :

1° vient avertir ses enfants de ce qu'il a décidé (Genèse 18/1-15) ;

2° accepte d'en discuter, quitte à envisager de devoir revenir sur sa décision primitive (cf. Jonas 3/10) (v. 26). On songera aussi à la prière du Christ à Gethsémani, ainsi qu'aux diverses paraboles de Jésus sur la prière (cf. deuxième partie de la troisième lecture de ce dimanche) ;

3° Si l'on ne peut escamoter le terrible jugement qui menace Sodome et Gomorrhe (et qui se réalisera), on ne doit pas oublier pour autant la promesse qui précède (et que nous avons étudiée le dimanche précédent) : "Dans le monde d'oppressions et de luxure dont témoignent Sodome et Gomorrhe, va naître un enfant : ce sera le sourire (Isaac) de Dieu dans l'histoire des hommes".

Mais venons-en à ces deux villes restées le symbole du et des péchés que peuvent commettre les hommes, pour nous apercevoir que l'essentiel du reproche du Seigneur n'a rien à voir ici avec ce que, plus tard (à cause d'une lecture partielle du chapitre 19), on attribuera aux Sodomites... négateurs de la plus élémentaire hospitalité.

v. 20 : Le Seigneur a entendu la plainte (ne pas traduire "clameur", Lectionnaire catholique), c'est-à-dire les cris de tous ceux qu'on opprime (le mot est caractéristique) lourdement (fin v. 21). Puis le Seigneur est venu pour voir si c'était vrai, comme s'il lui semblait invraisemblable que des hommes puissent déployer autant de mépris et de cruauté envers d'autres hommes. C'est aussi pour donner une chance ultime à Sodome, car si, par hasard, ce n'était pas tout à fait vrai...

On aura aussi remarqué que le Seigneur a voulu mettre Abraham dans la confidence (v. 17-19). L'élection n'est pas un vain mot, et Dieu entend désormais associer ceux qui vont devenir son peuple, à la "direction-de-l'histoire". D'ailleurs, Abraham va prouver qu'il a admirablement compris cela, en essayant de peser (respectueusement !) sur les décisions du maître de l'histoire. Abraham va prendre son rôle d'associé très au sérieux. Et il va commencer son sublime marchandage ; mais tout d'abord en faisant appel à la justice de Dieu ; ici, l'argument nous échappe un peu pour deux raisons :

1° Les "justes" et les "impies" ne sont pas ceux du Nouveau Testament et encore moins ceux des épîtres de Paul. Les justes = ici, ce qu'on appellerait aujourd'hui les "honnêtes gens" ; les impies, ce sont ceux qui vivent aux dépens des autres hommes, en les faisant crier sous l'oppression. Il semble que les gens des villes aient souvent honteusement exploité ceux des campagnes (Amos 3/9ss ; 4/1ss...), quoique dans la campagne de Sodome on voie difficilement quelles récoltes il aurait bien pu y avoir ;

2° La justice, pour les Israélites, n'est pas la "balance" où on équilibre le bien et le mal, mais une balance (si on tient à l'image) où le bien pèse bien plus lourd que le mal. La justice israélite s'accompagne toujours de bienveillance (il n'est pas de vraie justice sans bienveillance). Par exemple, cf. le Décalogue où la faute pèse sur trois ou quatre générations, mais la faveur s'y étend à des milliers de générations (Exode 20/5-6 ; Deutéronome 5/9-10). C'est une des origines de la notion de RESTE (salut du tout).

De même, ici, les cinquante justes (du v. 24) ne font pas l'équilibre à cinquante impies. Mais Abraham sait qu'aux normes de la justice de Dieu, cinquante justes ont bien plus de prix que cinq mille ou dix mille impies ne lui causent d'horreur. C'est pourquoi (v. 25) ce serait "abominable" (= un déshonneur et digne des idoles) que le Seigneur fît mourir cinquante justes à cause de cinquante mille impies (par exemple). Le compte du "droit" n'y est pas (v. 25 in fine). La plaidoirie d'Abraham n'est pas seulement audacieuse mais astucieuse. Et le Seigneur rend une première fois les armes (v. 26). Il accepte cette arithmétique de la miséricorde, puisque c'est lui qui l'a mise en place.

Cependant Abraham, qui doit connaître un peu Sodome, se demande s'il n'a pas placé la barre trop haut et, avec une humilité toujours renouvelée (cf. v. 27 surtout, puis v. 29, 30, 31), et avant de promettre de ne plus intervenir ensuite (v. 32), il arrache à YHWH le nombre de dix justes qui auraient suffi à sauver Sodome de la destruction. Ne reprochons pas, comme des rabbins l'ont fait, à Abraham de ne pas avoir insisté, nous dont les prières sont si peu opiniâtres, car :

a) le texte semble bien indiquer que, de toute manière, le Seigneur estimait que le dialogue était terminé (le Seigneur s'en alla parce qu’il avait terminé de parler avec Abraham).

b) Genèse 19 nous dira au v. 4 que tous les gens de Sodome, du plus jeune au plus vieux, tous compris, vont s'y mettre pour essayer de faire manquer Loth à la loi de l'hospitalité, avant d'essayer de... violer les propres envoyés de YHWH. Il n'y avait donc aucune chance pour Sodome.




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