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Genèse 15 v 1-6 (Kobi)



dimanche 28 juin 1992, de l'Eglise de l'Isle
Genèse 15: 1-6, Actes 11: 19-30

Radio suisse romande

Nous sommes le peuple d'une promesse : un peuple en espérance.
Pour Abraham, ça tombe très mal.
Pour vous aussi, ça pourrait tomber très mal.
Si je vous disais que "Dieu vous aime", alors que vous vivez dans votre vie un drame, vous êtes seul, vous vous sentez abandonné, oublié; vous vous battez avec des gens de mauvaise foi. Ou bien vous êtes au chômage, vous venez de divorcer; vous êtes mal, malade... que sais-je encore. Et je viens vous dire - du fond du coeur - que Dieu vous aime! Ca ne passe pas.
Pour Abraham non plus, ça ne passe pas.
"N'aie pas peur! je te protège, et je te donnerai une grande récompense." Ca beau être une vision, une parole de son Dieu, ça ne passe pas.
C'est très mal venu. Parce que les faits prouvent exactement le contraire.
Pour Abraham, et pour tant d'hommes et de femmes aujourd'hui, ne pas avoir d'enfant, ne pas pouvoir mettre au monde ses propres fils et filles; pire encore à l'époque: ne pas avoir la moindre descendance, c'est le malheur, l'indignité, le rejet, la malédiction. Et voici l'humiliation pour Abraham et les siens, devant les autres, les gens normaux: n'avoir comme héritier, personne de sa famille. Le premier domestique, l'esclave héritera.

Alors je veux bien que nous fassions de belles phrases sur Abraham, le père des croyants, sur le Dieu d'Abraham, le Créateur du ciel et de la terre. Le Dieu de la promesse, le Dieu de l'espérance. Dans les prédications, ça passe.
Mais concrètement, si nous prenons simplement au mot la situation de ce patriarche, ce vieillard, près ou plus de 80 ans, lui parler de sa propre descendance, c'est se moquer du monde.
Abraham mourra seul, avec sa femme; sans famille. Sans tribu. Sans peuple. Voilà le destin exact, à vue humaine, de ce patriarche.
Et comme je comprends le rire de la vieille Sarah quand elle apprendra, quelques années plus tard, qu'elle va être enceinte. Comme je comprends ici la résignation d'Abraham à l'écoute de cette annonce absurde. Comme je comprends son reproche amer. Soyons raisonnables: il n'est plus l'homme de la promesse.

Alors Dieu, qui aime cet homme, et qui sait ce qu'il fait - alors que nous, nous ne pouvons humainement pas savoir - alors Dieu prend Abraham par la main.
"Sors de ta tente. Viens dehors. Il fait nuit. Nuit noire. Donc une nuit étoilée. Regarde le ciel.
Et maintenant, Abraham, compte les étoiles. Mmm! (rire de Dieu): si tu peux les compter!"

Vous avez essayé une nuit de les compter, ces étoiles dans le ciel? Une nuit étoilée, en rase campagne, loin des lumières de nos rues? Ne me dites pas qu'un soir de rentrée particulièrement tardive, vous n'avez pas essayé...
Impossible. Il faut bien être un enfant pour commencer à compter... et s'apercevoir qu'on n'arrivera jamais au bout. Même avec les meilleurs téléscopes du monde.
"Eh bien, Abraham, tes descendants seront aussi innombrables, aussi impossible à compter, à chiffrer".

Et l'auteur du récit d'ajouter pour nous - écoutez bien: "Abraham eut confiance dans la parole du Seigneur". En ajoutant notre grain de sel 4000 ans plus tard, on peut dire: Abraham eut raison. Père des croyants, aucun mathématicien ne peut compter aujourd'hui même le nombre de ses descendants.

Chers amis, où que nous soyons: ici-même à L'Isle, dans cette région, sur les ondes, partout où des hommes et des femmes se réclament de Jésus-Christ, nous sommes les descendants d'Abraham. Nous sommes le peuple que Dieu a promis à ce patriarche. Nous lui devons, non pas le salut, mais la naissance de notre foi. Le tout premier exemple de l'être humain qui dit "oui!" à la promesse de Dieu. Et comment? oui à Dieu en ne pouvant y croire, croire à sa promesse s'il ouvre les yeux sur lui-même seulement, sur ce qu'il voit, sur sa stérilité, sa vieillesse sans héritier, son rêve de descendance avorté.
Faire confiance, c'est tout. Le père des croyants, c'est d'abord un homme qui n'a raisonnablement, à vue humaine, que le doute à faire valoir, que la résignation, ou le cri d'injustice.

J'avoue que je n'apprécie pas beaucoup l'attitude de ceux et celles qui, parmi nous, ont pris l'habitude religieuse de discréditer le doute de nos contemporains. Abraham a toutes les raisons, et de bonnes raisons de douter de la parole de Dieu.
Ce que Dieu lui promet dépasse l'entendement. Et Dieu seul peut se permettre d'annoncer l'inimaginable, l'impossible.
Et par conséquent l'homme de foi, la femme de foi n'ont pas le choix: ils doivent accepter de voir les choses autrement. Non plus à vue humaine; mais à la vue de Dieu.
Si finalement, dans ce passage capital du livre de la Genèse - ce n'est pas pour rien que l'apôtre Paul va l'utiliser - si finalement Abraham est déclaré juste devant Dieu, c'est parce que cet homme, tout homme qu'il est comme vous et moi, a mille et une bonnes raisons de douter. Mais il accepte de voir les choses autrement qu'il les voit. De voir les choses avec les yeux de la foi.

Au moment où ce texte est rédigé sous sa forme actuelle - je rappelle que la Bible que nous avons dans les mains est le résultat d'une longue tradition, à commencer par une tradition orale, non-écrite - au moment de sa rédaction, le peuple de l'espérance, descendant d'Abraham, connaît la pire situation pour une population: déporté, exilé, dispersé. Menacé de disparition dans son existence et dans sa foi unique. En tous cas, Israël n'a plus d'identité nationale, plus le repère de sa foi qui est le temple. L'ennemi a gagné. Dieu aurait-il renoncé, 1500 ans plus tard, à sa promesse? Et Abraham aurait-il cru en vain?
On se retrouve à la case départ; à la case du doute.

Eh bien non, affirme l'auteur biblique. Car Dieu, qui aime, qui aime toujours son peuple rebelle et qui sait ce qu'il fait - alors que nous, nous ne pouvons humainement pas savoir et nous n'avons souvent qu'à désespérer - alors Dieu prend ce peuple d'exilés par la main.
"Sors de ton trou où tu t'es mis. Viens dehors. Il fait nuit. Nuit noire, étoilée. Regarde le ciel. Et maintenant, compte les étoiles. Mmm! Si tu peux les compter!"

Et le reste d'Israël crut à la promesse tenue. Envers et contre tout. Déraciné, sans sécurité, humilié, il dut compter uniquement sur la fidélité du Dieu d'Abraham. Et 500 ans plus tard, naîtra en son sein l'enfant de la promesse, le Messie annoncé par ses prophètes, pour le salut de l'humanité entière.

* * * *
Disciples du Christ, nous faisons partie intégrante du peuple de la promesse. Mais sommes-nous vraiment un peuple. Vous avez le sentiment profond de faire partie d'un peuple innombrable? comme les étoiles dans le ciel?
Chrétiens, héritiers de la promesse, j'ai le sentiment que nous sommes aujourd'hui comme Abraham: des gens stériles, sans héritiers, d'une chrétienté trop vieille pour espérer une descendance.
Où comme Israël jadis, nous sommes des exilés revendiquant des territoires qui ne nous appartiennent plus.
Ecoutez: est-ce que nous portons aujourd'hui le souci d'une descendance dans la foi? En assurant le catéchisme de nos enfants? en leur apprenant à prier? Oui, tant soit peu.
Mais notre monde et notre temps ont réussi le tour de force de nous persuader que la foi n'est plus qu'une question individuelle, de vie privée, qui ne regarde personne. Je n'ai pas besoin de l'Eglise pour croire... Je n'ai pas besoin de faire partie d'un peuple pour croire en Dieu.
Chacun et chacune de nous a finalement sa religion, sa croyance. Les professionnels de la religion peuvent dire tout ce qu'ils veulent, la foi en Dieu est une affaire essentiellement personnelle. L'Eglise est tout au plus aujourd'hui un club privé auquel certains d'entre-nous restent plus ou moins attachés.
Ah! je ne me plains pas. Je ne revendique rien, rassurez-vous. Je ne suis pas nostalgique. J'essaie simplement de ne pas rêver.

Mais au moment où Dieu me dit - comme à vous tous: "Sors de chez toi, regarde le ciel et compte les étoiles: tu ne peux pas les compter! Eh bien ma promesse est là", j'entends chacun et chacune répondre: je suis une étoile et ça me suffit. Chacun la sienne. Chacun et chacune pour soi.
Et il n'y a plus de peuple alors? plus de rendez-vous commun, ou presque? Plus de marche commune, plus de partage de foi, de recherche commune de la vérité? Et je me dis parfois que le culte et l'écoute de la prédication du dimanche permettent à chacun de renoncer au partage, à la communion de foi.

Cet exil est tout aussi grave lorsque le peuple de la promesse, héritier d'Abraham, s'embourbe dans les revendications nationales. La religion - orthodoxe contre catholique, catholique contre protestant, évangélique contre libéraux... la religion est devenue de l'huile sur le feu des nations, pendant que les marchands de canon se frottent les mains. La foi: une arme de haine, un instrument de jugement où le peuple des croyants se déchire. Capable de prêcher la paix, mais incapable de la faire.

Rien n'aurait donc changé sous le ciel étoilé? Aujourd'hui, nous avons toutes les raisons de désespérer au moment où deux chrétiens collègues de travail ou voisins de lits n'ont même plus le courage de se dirent croyants parce que la foi est devenue une affaire strictement privée.
Aujourd'hui, nous avons toutes les raisons de désespérer de ce peuple universel qui manque à sa promesse en livrant ses confessions de foi aux puissants et aux marchands.

* * * *
Alors Dieu, qui nous aime, et qui sait ce qu'il fait, alors Dieu nous prend par la main.
"Sortez de vos solitudes, de vos chacun pour soi. Jetez vos drapeaux. Il fait nuit.
Et maintenant, regardez le ciel. Et comptez les étoiles. Mmm! Si vous pouvez les compter!"

Les étoiles sont toujours dans le ciel, innombrables...
Dieu nous invite à sortir notre foi de nos vies privées, à renverser les murs que nous dressons pour un oui ou pour un non jusque dans nos églises. Sa promesse pour nous et nos descendants est toujours sans limite.

"Abraham eut confiance dans le Seigneur.
C'est pourquoi le Seigneur le considéra comme juste".

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Prédication prononcée par le pasteur Georges Kobi lors du culte célébré le dimanche 5 juillet 1992 au temple de L'Isle / VD, diffusé par la Radio suisse romande.

Lectures: Actes 11,19 à 30
Marc 12, 41 à 44


Thème: Peuple de la promesse: un peuple et ses sous

Présentation des lectures bibliques

"Sors de ta tente, Abraham. Viens dehors. Il fait nuit. Nuit noire. Regarde le ciel. Et maintenant, Abraham, compte les étoiles... si tu peux les compter".
Impossible!
Eh bien, Abraham, tes descendants - si âgé que tu sois et stérile - tes descendants seront aussi innombrables que les étoiles dans le ciel".
Abraham eut confiance dans la parole insensée du Seigneur.

Frères et soeurs dans la foi: nous sommes aujourd'hui le peuple de la promesse faite à Abraham.
Et nous allons entendre ce matin cette promesse se réaliser avant la fin du premier siècle de notre ère, dans cette jeune paroisse d'Antioche.

Antioche-la-Belle, troisième ville en importance dans l'Antiquité. Grande cité cosmopolite devenue préfecture de la province de Syrie. Ville riche, carrefour commercial. Un grand nombre de synagogues - elle est voisine de la Palestine. Un brassage de populations, dont certains sont des réfugiés. Un brassage de religions aussi.
Dans cette histoire du peuple de la promesse où nous avons notre place, les apôtres nous rappellent que c'est à Antioche que les croyants reçoivent pour la première fois l'appellation de chrétiens, adeptes, disciples du Christ.

Enfin le récit des apôtres va se terminer par une collecte. J'y reviendrai, après avoir écouté la parole du Christ sur le "sous de la veuve".


Prédication: Actes des Apôtres 11,26 à 30

Oui, nous sommes les étoiles que Dieu a rassemblées dans le ciel et sur la terre, selon la promesse faite à Abraham, une nuit étoilée.

Mais ce n'est pas pour autant que nous avons à laisser notre foi dans les étoiles. Oh, c'est bien le rêve, c'a toujours été le rêve de certains chrétiens de placer la foi dans les nuages pour éviter le regard porté sur les affaires de ce monde. Peut-on tout juste prier pour les pauvres. Ce qui n'empêchera pas des chrétiens de ce genre de se payer de belles fortunes sur la terre.

Or, le récit émouvant de l'évangile annoncé pour la première fois à Antioche se termine par une collecte de fonds. Les nouveaux paroissiens ouvrent leur porte-monnaie.
Maintenant vous allez me dire: pourquoi en faire tout un plat? Eh bien l'apôtre Paul y reviendra à cette collecte pour les pauvres de Jérusalem en y consacrant 15 versets bien sentis dans le chapitre 8 de sa seconde lettre aux paroissiens de Corinthe.

Vous allez me dire encore: bon admettons. Mais c'est le simple devoir de la charité chrétienne. C'est élémentaire. Le devoir des riches vis-à-vis des pauvres. Le devoir de ceux qui bénéficient de la paix et d'une relative prospérité à l'égard de ceux qui vivent des troubles, la persécution ou la guerre civile ou simplement la famine. Le devoir de ceux et celles qui mangent plus qu'à leur faim pour ceux qui n'ont qu'un seul repas par jour, et encore. Un devoir de solidarité aussi à l'égard de ceux qui se chargent à notre place de secourir les autres dans la misère.
Mais c'est tellement élémentaire qu'il n'y a pas du tout besoin d'être chrétien pour le comprendre et faire une collecte.

L'évangile que nous vivons, que nous essayons de vivre n'a-t-il pas autre chose à nous dire? Si nous lisons le récit, dans notre Bible, d'un geste aussi courant et matériel qu'une collecte, c'est qu'il y a tout-de-même une raison plus profonde, un enjeu où notre foi est directement en jeu. A telle enseigne que Paul estimera indispensable de mettre les points sur les "i" à ses frères et soeurs de Corinthe.

* * * *
Alors que tout sépare les villes de Jérusalem et d'Antioche: la distance - 500 kilomètres - est considérable pour l'époque; Jérusalem est ville sainte, alors qu'Antioche, du moins une partie de sa population a plutôt la réputation d'avoir adopté des moeurs dépravées; Jérusalem, ville de pélerinage, capitale religieuse; alors qu'Antioche est un lieu de passage, un pont entre l'Orient et l'Occident: ville où se cotoyent et se relativisent toutes les traditions et toutes les croyances de l'époque. On pourrait dire que Jérusalem, c'est la tradition millénaire, alors qu'Antioche, à l'image de ses soeurs: Rome et Alexandrie, c'est la ville dans le vent, dans le courant, où l'importance des échanges commerciaux place à l'arrière-plan les préoccupations spirituelles. C'est le triomphe de l'économie de marché, à la nuance près que les pauvres étaient légions et les riches une infime minorité.
Entre Jérualem et Antioche, deux mondes différents. Et les relations entre elles ne sont pas aussi détendues que la conclusion du récit des apôtres pourrait le laisser supposer.

En réalité, les disciples de Jérusalem, d'origine juive, comme Jésus, observent scrupuleusement les rites de la loi de Moïse. Or pour ces hommes et ces femmes, dont certains sont contemporains des premiers disciples de Jésus, ce qui se passe hors de Jérusalem est assez grave à leurs yeux pour mettre en péril la prédication de l'Evangile aux nations de la terre. Ils sont dépassés par les événements. Affolés même par les dernières informations: la bonne nouvelle du Messie crucifié et ressuscité à Jérusalem fait irruption, avec des succès inespérés, dans le monde étranger et exclu des païens, des non-juifs, donc à leurs yeux dans le monde des impurs, des incirconcis, de ceux qui n'ont aucun lien culturel et religieux avec la tradition à laquelle Jésus appartient. Les disciples de Jérusalem ne peuvent pas imaginer qu'on ne puisse entrer dans le judaïsme pour recevoir l'évangile de Jésus-Christ.
Ayez la curiosité de lire tout-à-l'heure le début du chapitre 11 et le chapitre 10 des Actes des Apôtres et vous aurez sous les yeux le débat dramatique face à cette ouverture inconcevable jusqu'alors aux chrétiens de Jérusalem.

D'ailleurs à Antioche même, il se passe, selon le dire des apôtres, deux vagues successives.
La première est tout-à-fait conforme à ce qui doit se passer: des croyants venus de Jérusalem parce qu'ils fuyaient la persécution, se rendent dans les nombreuses synagogues d'Antioche pour annoncer l'incroyable: le Messie attendu est venu.
Or une deuxième vague va déborder cette première évangélisation de Juifs à d'autres Juifs: des croyants venus de Chypre et de Cyrène à Antioche n'ont plus ce réflexe et annoncent la bonne nouvelle de Jésus à n'importe qui.
Alors la réaction de Jérusalem ne se fait pas attendre: ils envoient un émissaire de taille, Barnabas, pour examiner de près ces événements.

* * * *
Et c'est au coeur de cette situation dramatique, que des prophètes, parcourent à leur tour les 500 kilomètres qui séparent Jérusalem d'Antioche: ils viennent annoncer à la toute nouvelle communauté de la grande cité païenne les graves difficultés matérielles par lesquelles passent et vont passer leurs frères et soeurs de Judée, d'origine juive.

Alors que tout sépare les villes de Jérusalem et d'Antioche... subitement les frontières disparaissent. Quand tant de réalités humaines, matérielles et spirituelles séparent les gens d'Antioche des gens de Judée: la distance, la nation, le régime politique, la culture, la race, les traditions religieuses... que dis-je? les interdits religieux appris comme des réflexes depuis la plus tendre enfance - quand tant de réalités placent un mur de séparation, d'incompréhension entre les gens d'Antioche et les gens de Jérusalem, l'Evangile, tout-à-coup fait fondre toute séparation.
Devant la détresse matérielle d'une communauté, devant son appel au secours, il ne peut plus y avoir de frontière pour l'amour, pour le service.
Ces premiers chrétiens d'Antioche, à peine sortis de leur paganisme, et qui en savaient probablement moins sur la vie et le message du Christ que les catéchumènes de nos paroisses, ces nouveaux chrétiens ont pris immédiatement conscience qu'il font partie désormais, et pour l'éternité, d'une nouvelle famille, d'un nouveau peuple: celui qui est issu de la promesse faite à Abraham, la famille des enfants de Dieu qui ont été baptisés dans le Seigneur et qui vivent désormais toute leur vie dans le Seigneur. Ils sont désormais parmi les étoiles que Dieu a placées dans le ciel et sur la terre.

Dans cette collecte d'Antioche, il y a sans doute la reconnaissance immense vis-à-vis d'une communauté - Jérusalem - où le Christ a exercé son ministère et par laquelle l'Evangile est parvenu jusqu'à Antioche et bien au-delà. Sans doute.
Mais il y a surtout, chez ces paroissiens d'Antioche, qu'ils soient d'origine juive ou païenne, la reconnaissance, adressée à Dieu, de ceux et celles qui, saisis par la venue du Seigneur chez eux, ont offert une fois pour toute leur vie, leur pensée, leur intelligence, leur coeur, leur corps et leurs biens pour le service de ce Dieu et de tous les hommes, à la suite du Christ.
C'est bien cela qui réunit aujourd'hui ces inconnus, ces anciens exclus par les liens forts de l'amour fraternel: tous, à Jérusalem comme à Antioche comme à Corinthe, comme à Rome, tous, ils ont fait l'offrande de leur vie.
La collecte d'Antioche rend donc ce témoignage clair et net: leurs vies offertes, désormais toutes leurs ressources sont à disposition de l'amour dont ils sont possédés, l'amour pour lequel il n'y a plus de frontières. Parce qu'ils ont reçu le vrai pain qui vient du ciel et donne la vie au monde, il devient insensé, pour les baptisés d'Antioche, de conserver leurs biens pour eux-mêmes, quand des frères et des soeurs, quels qu'ils soient, vont manquer du nécessaire.
De Jérusalem ils ont reçu des biens spirituels inestimables puisqu'ils ont reçu de cette ville la bonne nouvelle du Sauveur. C'est naturellement qu'aujourd'hui ils marquent leur reconnaissance et leur solidarité en leur adressant un bien aussi concret et matériel que le résultat financier d'une collecte.

* * * *
Si vous faites une fois l'exercice qui consiste à répertorier les passages d'évangile qui abordent, d'une manière où d'une autre, la question de l'argent - le sous de la veuve par exemple - vous serez surpris d'un nombre impressionnant. Cela n'est pas étonnant.
Etoiles placées par Dieu dans le ciel et sur la terre, Jésus ne nous a pas appris à recevoir cette promesse faite à Abraham en restant dans les nuages, mais bien plutôt en regardant le monde et nous-mêmes en face, dans toute notre réalité. Y compris dans celle de notre porte-monnaie.
Je crains que ceux et celles qui parmi nous, aiment bien faire des séparations entre le religieux, le politique, l'économique et le social, s'arrangent quelquepart avec cette vérité qui nous dérangent.
Rien n'échappe à la proclamation de la bonne nouvelle: rien de notre vie ni rien de ce monde.
La promesse est pour toute notre vie. Nous ne sommes pas, grâce à Dieu, un peuple de hauts-esprits. Mais un peuple de chair.
Ainsi notre foi est en jeu y compris dans la manière dont nous gérons nos biens et nos richesses. Que des chrétiens riches et possédant excluent toute réflexion, toute critique sur leur manière de gèrer leur richesse, leur argent, leur fortune est un contre-témoignage.

Ainsi, lorsque parmi nous, au milieu de nous, des hommes et des femmes, des familles connaissent des difficultés matérielles, financières sérieuses - la pauvreté, si elle se cache dans un pays riche, est pourtant en forte augmentation chez nous - nous sommes directement concernés. Et c'est à notre manière d'y répondre que notre foi et les conséquences que nous en tirons seront jugées.Avec raison.

Que chacune de nos étoiles brillent dans le ciel, c'est l'affaire de Dieu; nous n'y pouvons rien. Mais que nos étoiles brillent sur notre terre, lieu de la promesse, c'est notre affaire à nous, c'est en notre pouvoir. Dieu nous en donne chaque jour les moyens en nous comblant de ses richesses.
Et pour briller aujourd'hui-même, autour de nous et dans ce monde, pas besoin d'attendre la prochaine idéologie à la mode, qu'elle soit de droite ou de gauche ou du centre. Riche ou pauvre, pas besoin de se fabriquer une bonne ou une mauvaise conscience. La parole de Dieu, que nous découvrons sans cesse au fil des pages de nos Bibles nous donnent amplement les moyens de vivre notre foi, notre amour et notre espérance, avec notre porte-monnaie et notre compte en banque.

Peuple de la promesse: "il ne s'agit pas de vous faire tomber dans le besoin pour soulager les autres; mais il faut qu'il y ait de l'égalité. En ce moment vous êtes dans l'abondance et vous pouvez par conséquent venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. Puis, si vous êtes un jour dans le besoin et eux dans l'abondance, ils pourront vous venir en aide. C'est ainsi qu'il y aura égalité, conformément à ce que l'Ecriture déclare: "Celui qui en avait beaucoup ramassé - de la manne - n'en avait pas trop, et celui qui en avait peu ramassé n'en manquait pas".

Vous avez ce texte sous vos yeux dans votre Bible, au chapitre 8 de la deuxième lettre aux Corinthiens. Ces mots sont de l'apôtre Paul qui vient de passer un an à Antioche avec Barnabas.

* * * *
Oui, nous sommes les étoiles que Dieu a rassemblées dans le ciel et sur la terre, selon la promesse faite à Abraham, une nuit étoilée.
De Dieu nous avons reçu la vie et l'essentiel pour vivre sur la terre. Conduit par la promesse, il nous reste à briller là où nous vivons, avec l'énergie de l'Esprit-Saint.

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Prédication prononcée par le pasteur Georges Kobi lors du culte célébré le dimanche 12 juillet 1992 au temple de L'Isle / VD, diffusé par la Radio suisse romande

Lectures: Marc 7,24 à 31 (la femme syro-phénicienne)
Genèse 15,1 à 6 (voir prédication du 28 juin 1992)

Thème: Peuple de la promesse: un peuple du dehors...

Etonnante rencontre. Où une femme oblige Jésus à sortir de son cadre pour obtenir ce qu'elle veut, grâce à sa foi. Foi sans faille: confiance et assurance.
J'aimerais vous proposer maintenant une lecture de ce texte, qui vous fasse envie d'y aller voir vous-même, avec votre Bible à vous. Et de vous interroger, vous, devant ce récit. Prenez pour cela tout le temps qu'il vous faudra.

La promesse d'Abraham - Genèse 15 - a quelquechose d'écrasant. Cette sortie hors de sa tente. ce regard porté sur les étoiles, certes, nous pouvons le faire. Mais Dieu fait cette promesse à Abraham, pas à nous. Nous ne sommes chacun, chacune qu'une étoile promise par Dieu.

Par contre ici, nous assistons au mouvement intérieur d'une femme, un mouvement qui pourrait être le nôtre. Un mouvement intérieur qui nous concerne personnellement, qui nous interpelle.

* * * *

Jésus sort, lui d'abord. C'est ainsi que l'évangéliste Marc ouvre son récit. Il quitte son pays habituel pour aller à l'étranger, beaucoup plus au Nord.
A vrai dire, on ne parlerait pas de ce déplacement si Jésus n'y avait vécu que ce qu'il recherchait: le calme, la solitude; retraite à l'écart, histoire de se reprendre après la mort de Jean-Baptiste et le débat sans concession et fondamental avec les pharisiens.
Eh bien, de cela, Jésus va devoir sortir aussi. Car il commence à être connu au-delà de sa région. Qu'il le veuille ou non, il s'est fait une réputation.

Une femme va se charger de le sortir de son retrait, si bienfaisant et nécessaire soit-il. Ce n'est pas la première femme; ce n'est pas la dernière non plus.
Celle-ci - nous n'aurons pas son nom - vit une situation catastrophioque pour l'époque. Sa fille - elle devrait avoir selon le terme grec utilisé 6 à 7 ans - sa fille est handicapée mentale: possédée par le démon qui l'habite. Encore aujourd'hui d'ailleurs, il faut avoir un enfant gravement handicapé pour savoir à quel point cet enfant change votre vie, et vous fait connaître trop souvent la distance avec les autres, voire le rejet.
Cette mère, syro-phénicienne nous précise Marc: donc païenne pour les Juifs, de nationalité grecque... cette mère ne peut pas manquer cette occasion unique. Ce Jésus - sa réputation le dit - cet homme peut guérir sa fille, chasser le démon.
Vous auriez hésité vous? Non, à moins d'être enfermé dans le désespoir légitime. Cette femme vit dans l'espoir de guérison, de libération. Et cet homme, cet étranger peut. Alors...

Alors s'engage un dialogue surprenant.
Au point de nous mettre mal à l'aise si nous sommes les adeptes d'un Jésus gentil, douceureux, blond et les yeux bleu... pas trop humain.
Jésus dérangé - Marc prend la peine d'y insister - Jésus répond vertement à cette supplication:
"Ce n'est pas bien; tu sais que ce n'est pas normal de prendre le pain dont les enfants se nourrissent pour le jeter, le donner aux petits chiens qui attendent sous la table".

Qu'auriez-vous fait à la place de cette femme en entendant cette réponse? Quand on vous répond sèchement en vous remettant à votre juste place...?
Ca vous cloue le bec. Ou la révolte monte en vous. Avez-vous la présence d'esprit d'insister?
Car non seulement ici - regardez-bien cette femme - non seulement elle insiste, mais elle a l'intelligence de prendre au vol l'image, de prendre au mot Jésus en lui renvoyant l'ascenseur.
Merveilleuse cette femme: non seulement la confiance dans cet étranger, mais encore l'assurance.
"C'est vrai, Seigneur! Tu as tout-à-fait raison. Et je ne prétends surtout pas enlever le pain de la bouche des enfants".
Elle sait qui elle est devant cet homme. C'est un prophète d'Israël; elle est une étrangère, une païenne. C'est un homme; elle est une femme; et une femme sérieuse ne regarde pas un homme en face; avec un peu d'éducation, elle se tait.
En plus, elle est impure; mère d'une fille démoniaque; qui oserait avoir contact avec elle? Elle porte le malheur.
Excusez-moi, mais c'est comme ça qu'elle est vue. Et ne me dites pas top vite que ça a bien changé, avant d'interroger une mère d'handicapée...

Cette femme, elle, sait très bien où elle en est. Mais elle sait aussi qu'elle n'a plus rien à perdre et donc tout à gagner.
"Jésus, il y a une chose que tu oublies: pendant que les enfants mangent à table, il y a des miette qui tombent; d'autant plus que ce sont des enfants; avec ma fille, j'en sais quelquechose. Alors, sous la table, les petits chiens mangent ces miettes des enfants".
Que je paierai cher pour voir en ce moment le regard de Jésus sur cette femme, la lumière dans ses yeux, l'émotion qui fait trembler sa bouche... Mais je préfère vous rappeler la fin telle que Marc nous la livre depuis 2000 ans:
"Jésus lui dit: "A cause de cette parole que tu viens de prononcer, tu peux aller: le démon est sorti de ta fille".
Elle retourna chez elle. Elle trouva l'enfant étendu sur le lit. Le démon était sorti".

A croire qu'il a suffit à cette mère de répondre à Jésus avec une pertinence rare pour que le miracle s'accomplisse.
A croire que Jésus, sidéré par cette réponse, sorti de sa vision non pas raciste mais réaliste, raisonnable - vision que la femme ne met pas en question, ne conteste pas - à croire que Jésus ne peut que constater, à distance, la délivrance du mal.
"A cause de ta réponse, femme, le démon est sorti de ta fille".

* * * *
A l'image d'Abraham qui doit sortir de sa tente, de son chez soi, pour voir de ses yeux l'infinie promesse de son Dieu, il n'y a que des sorties dans ce texte. Et ne me dites pas que je joue à l'intellectuel avec les mots.
1. Jésus sort de son pays pour demeurer, caché, dans une région voisine, étrangère, païenne...
2. Cette femme, illustre inconnue désormais, sort non seulement de sa maison, abandonnant pour un instant sa fille handicapée; mais elle sort, elle fait une tentative de sortie de son malheur, de son désespoir. Pour espérer, il faut sortir...
3. Alors Jésus fait sa deuxième sortie, la plus imprévue: il doit non pas abandonner ses vues, mais les élargir, sortir de son peuple pour lequel il est d'abord l'envoyé de son Père et admettre l'universalité de son message de salut. Il est sorti en solitaire fatigué pour découvrir déjà qu'il n'y a plus de frontière au peuple de la promesse faite à Abraham...
4. Quatrième et dernière sortie dans ce texte, qui devrait être la sortie la plus spectaculaire - je vous garantis qu'elle serait à la une des manchettes demain matin - mais finalement c'est la sortie la plus logique, quand la confiance en Jésus se double d'une inébranlable assurance: la sortie du mal, du démon.

Relisez tranquillement ce récit de l'évangile de Marc au chapitre 7. Et interrogez-vous...

* * * *
Nous voilà arrivé au terme de ces trois récits: la promesse faite à Abraham; la collecte des chrétiens d'Antioche pour les chrétiens de Judée; et la rencontre de Jésus avec une femme syro-phénicienne.

Si vous sortez une nuit de votre chez -vous, et que vous regardez par ciel clair les étoiles, n'essayez pas de compter les étoiles; Abraham a essayé avant vous: il n'y est pas arrivé. Ne comptez pas mais dites-vous alors que la promesse de Dieu est à la mesure de ce nombre infini.
Et dites-vous que nous sommes aujourd'hui, chacun et chacune de nous, une étoile de la promesse dans le ciel et sur la terre.

Et demain, si vous apprenez que telle famille, tel peuple, telle communauté connaît la misère de la faim et de la guerre - et vous l'apprendrez de toute façon - sortez cette fois l'argent de votre porte-monnaie ou de votre compte en banque, et remettez cet argent à des hommes et des femmes de confiance. Car votre argent, grâce à votre foi, ne vous appartient plus. Il est fait pour le partage, puisque nous avons une dette de reconnaissance.
Relisez le récit de dimanche dernier: Actes des Apôtres chapitre 11.

Enfin, des étoiles du ciel aux sous de notre porte-monnaie, nous voici ce matin, grâce à cette femme, à l'intérieur de notre coeur. Là où se logent depuis notre plus tendre enfance, là où s'accumulent nos heurs et nos malheurs et nos bonheurs, nos échecs et nos réussites, nos naissances et nos deuils. Là où se marquent nos préjugés, là où se bâtissent nos murs de séparation, nos jugements, nos exclusions.
La foi nous invite à les quitter; à sortir de l'impasse pour laisser tout ce qui nous empêche de vivre et d'espérer. La confiance nous invite - cette étrangère en témoigne - à rejoindre le peuple de la promesse, en partageant le pain de Celui qui peut nous sauver. Quoiqu'il puisse nous arriver, lui faire confiance, dans une tranquille et ferme assurance.







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