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Genèse 1 v 1-15 Christian Tanon



Predication sur Genèse 18:1-15 / 18 juillet 2004
Une visite peu ordinaire
« Le Seigneur apparut à Abraham près des chênes de Mamré. Abraham était assis à l’entrée de sa tente à l’heure la plus chaude de la journée. Soudain il vit trois hommes qui se tenaient non loin de lui. De l’entrée de la tente, il se précipita à leur rencontre et s’inclina jusqu’à terre.
Il dit à l’un d’eux: Je t’en prie, fais-moi la faveur de t’arrêter chez moi. On va apporter un peu d’eau pour vous laver les pieds et vous vous reposerez sous cet arbre. Je vous servirai quelque chose à manger pour que vous repreniez des forces, puis vous continuerez votre chemin. Ainsi vous ne serez pas passés pour rien près de chez moi. Les visiteurs répondirent: Bien! Fais ce que tu viens de dire.
Alors Abraham retourna en toute hâte dans la tente pour dire à Sara: Vite! Prends ce qu’il faut de fine farine et fais trois galettes. Ensuite il courut vers le troupeau, choisit un veau tendre et gras. Il le remit à son serviteur, qui se dépêcha de le préparer.
Quand la viande fut prête, Abraham la plaça devant ses visiteurs avec du lait caillé et du lait frais. Ils mangèrent tandis qu’Abraham se tenait debout près d’eux sous l’arbre.
Ils lui demandèrent: Où est ta femme Sara? —Dans la tente, répondit-il. L’un des visiteurs déclara: Je reviendrai chez toi l’an prochain à la même époque, et ta femme Sara aura un fils. Sara se trouvait à l’entrée de la tente, derrière Abraham et elle écoutait.
Elle se mit à rire en elle-même, car Abraham et elle étaient déjà vieux et elle avait passé l’âge d’avoir des enfants. Elle se disait donc: Maintenant je suis usée et mon mari est un vieillard; le temps du plaisir est passé. Le Seigneur demanda alors à Abraham: Pourquoi Sara a-t-elle ri? Pourquoi se dit-elle: C’est impossible, je suis trop vieille pour avoir un enfant? Y a-t-il donc quelque chose que le Seigneur soit incapable de réaliser? Quand je reviendrai chez toi l’an prochain à la même époque, Sara aura un fils. Effrayée, Sara nia: Je n’ai pas ri, dit-elle. Si, tu as ri! répliqua le Seigneur. »


Le récit de la Genèse que nous avons lu est l’histoire d’une rencontre peu ordinaire. Elle nous pose une question : qu’est-ce qu’une visite peu ordinaire ?
Je ne parle pas de la visite non désirée d’un cambrioleur pendant les vacances d’été, ni de celle du marchand de tapis ou du facteur, mais d’une visite porteuse d’espérance comme l’a été celle des trois visiteurs à Abraham aux chênes de Mamré.

Nous ne savons pas exactement où se trouve Mamré. La bible nous dit que cette histoire se passait à Hébron, dans les monts de Judée, à 35 Km au Sud Ouest de Jérusalem. Abraham avait planté sa tente à l’ombre des chênes de Mamré.

Il se faisait vieux. Son drame, c’est qu’il n’avait pas eu d’enfant avec sa femme Sarah. Cet enfant que pourtant Dieu lui avait promis comme devant démarrer une longue postérité, plus nombreuse que les étoiles du ciel, et que les grains de sable.

Cet enfant de la promesse, il n’y croyait plus. Il était comme cet homme de la publicité des assurances vies : « cet homme n’a plus d’avenir ». Un homme âgé, au visage d’une tristesse accablante. Cet homme n’a plus d’avenir. Abraham n’avait plus d’avenir.

Et pourtant, paradoxalement, il n’avait pas perdu la foi en Dieu. Il lui restait une petite flamme d’espérance.
Car s’il avait perdu l’espérance, il ne se serait pas levé à l’approche des trois visiteurs pour courir à leur rencontre. Il ne les aurait pas accueilli avec autant d’empressement en disant à sa femme : vite Sara, pétris de la farine pour faire trois galettes !
Sa hâte est surprenante. Nous connaissons l’hospitalité légendaire des nomades dans le désert, mais Abraham fait preuve d’un tel empressement ! Aurait-il reconnu en ces trois visiteurs des messagers de Dieu ? Le texte ne le dit pas explicitement, mais le laisse entendre par la suite. Peut-être est-ce au cours de la conversation qu’Abraham a peu à peu réalisé que Dieu était présent dans cette rencontre.
Il y a plus que l’hospitalité légendaire.

Son premier réflexe est d’accueillir les visiteurs fatigués, affamés et assoiffés par la route en disant : « je vais chercher qqchose à manger pour que vous repreniez des forces, puis vous continuerez votre chemin »
Je vais vous donner un peu de pain, qui vous redonnera des forces. Cela ne vous rappelle rien ?
« Ce n’était rien qu’un peu de pain… mais il m’avait chauffé le corps…. Et dans mon âme il brûle encore, à la manièr’ d’un grand festin. » Vous avez reconnu la chanson de Brassens, «Toi l’auvergnat».
Il y a une différence : dans la chanson il faisait froid, dans la Genèse, il faisait chaud. Mais l’essentiel est le même : ici et là, la visite a eu pour effet de réchauffer le corps et le cœur.

Examinons d’un peu plus près notre histoire des trois visiteurs. Qu’est-ce qu’ils sont venus faire chez le vieil Abraham ?
Celui-ci leur dit : venez vous restaurer, amis visiteurs, qui que vous soyez, ainsi vous ne serez pas passés pour rien près de chez moi.
Il ne croyait pas si bien dire ! Pourquoi sont-ils venus ? Est-ce seulement pour se restaurer ? Non, c’est pour leur annoncer une nouvelle incroyable, à savoir qu’ils auront un fils. Une nouvelle incroyable. Abraham l’a cru, mais Sara ne l’a pas cru. Elle a ri dans sa tente en entendant une nouvelle pareille.
Ne lui jetons pas la pierre, à Sara, elle avait largement passé l’âge d’avoir des enfants. Mais son rire était peut-être une façon de couvrir sa profonde tristesse.

« L’année prochaine, au temps fixé, je reviendrai vers toi, et Sara aura un fils »
Lorsque les 3 visiteurs sont repartis, Abraham et Sara n’étaient plus comme avant. Ils avaient renoué avec un avenir possible. L’espoir d’élever un enfant était revenu. Ils firent ce qu’il fallait, et l’enfant est arrivé. Il s’appelait Isaac.

Il y a un paradoxe dans cette histoire de visite : Abraham donne de l’eau et du lait aux trois visiteurs qui ont soif, mais c’est lui qui reçoit de quoi étancher sa propre soir : la soif d’avoir un enfant. Il donne un peu, et il reçoit beaucoup.
Celui qui restaure le visiteur avec de quoi manger, en définitive c’est lui dont l’âme est restaurée, non avec du pain, mais avec la promesse d’un avenir. Le visiteur visité, le réchauffeur réchauffé.

Ce fut une visite peu ordinaire. Je l’appelle une vraie visite.
Vous voyez, frères et sœurs, dans une vraie visite, on ne sait plus, du visiteur ou du visité, qui fortifie le cœur de qui.

C’est quoi une vraie visite ? Il faut faire la distinction entre une vraie visite et une banale rencontre.
J’ai un ami pasteur qui vit un peu comme un moine dans un hameau des Cévennes (il s’appelle Daniel Bourguet) et qui raconte dans l’un de ses livres : « parfois l’on vient me visiter, mais ce n’est pas une visite ; certes le dialogue a été agréable, sympathique, intéressant, mais cela n’a été qu’une rencontre » .
Je le vois encore, Daniel Bourguet, avec sa barbe et ses yeux pétillants, assis à l’ombre d’un grand châtaignier, devant la porte de sa petite maison en bois où il passe ses journées à lire la bible, tisser des tapisseries, et recevoir des visiteurs. Il poursuit : « c’est très beau une rencontre, mais ce n’est pas une visite. Dans une rencontre, nous ne sommes finalement que tous les deux. Une visite est marquée par le sceau d’une présence autre, celle de Dieu »
Dieu était présent pour moi ce jour-là, à l’ombre du grand châtaignier.

Dans une visite, nous ne sommes pas deux, mais trois. Mais comment cela est-il possible ? Faut-il que le nom de Dieu soit prononcé pour qu’il y ait visite ? Faut-il lire la bible ensemble ? ou prier ?
Pas nécessairement.
Dans le dialogue entre Abraham et les visiteurs, il n’a pas été question de Dieu, ni de religion, ce sont des mots ordinaires qui ont été échangés, des mots de tous les jours.
Mais c’est à travers les mots ordinaires que Dieu parfois nous parle.
Une parole qui vient de Dieu, nous la recevons le plus souvent quand nous ne l’attendons pas ; au détour d’une phrase, à travers un geste, un sourire, et même dans le silence.

Une parole venue de Dieu, nous la recevons sans nous y attendre, mais nous comprenons ses effets : il faisait froid au dedans de nous, et elle nous a réchauffé le cœur. Il faisait tempête au dedans de nous, et elle nous a envahi de paix. Il faisait dur et sec comme une terre aride, et elle nous a abreuvé de l’eau qui donne la vie.

C’est ainsi que nous comprenons, parfois après coup, que nous avons reçu, à l’occasion d’une visite, une parole de Dieu. Peu importe d’ailleurs nous soyons le visiteur ou le visité. Mais le maître invisible était là.

Si je vous parle de visites avec tant d’insistance ce matin, ce n’est pas parce que votre nouveau pasteur s’apprête à faire toute une série de visites dans les mois qui viennent afin de mieux vous connaître… ce n’est pas non plus pour recruter des bénévoles qui viendrait rejoindre le petit groupe de membres actifs qui font déjà des visites (à l’hopital, dans les maisons de retraite, ou à domicile) , même si cela est en soi une bonne idée…
mais c’est pour que les vraies visites se multiplient entre nous. Pour que les rencontres que vous faites au fil des jours, avec les uns ou les autres, puissent aussi, de temps en temps, être de véritables visites. C’est à dire des moments où il y a une place qui est laissée à une parole venant de Dieu.
Laissons donc une place … à l’inattendu de Dieu.

Permettez-moi de terminer par une petite histoire tirée d’un conte russe.

Une vieille paysanne, veuve, vivait à la lisière d’une grande forêt de bouleaux et de pins. Elle vient d’apprendre que son fils unique est mort à la guerre. Désespérée, elle va voir le staretz, un moine qui habitait à une journée de marche dans un monastère.
Arrivée chez le starets, la vieille paysanne, retenant avec peine les larmes, lui confie son désespoir. « Je suis seule dans la vie. Je n’ai plus de raison de vivre désormais. Ne vaut-il pas mieux mourir ? »
Le staretz la regarde longuement, et lui dit : « Babouchka : d’ici un an, tu recevras trois fois la visite de Jésus Christ. Après cela, tu reviendras me voir. »

Un an plus tard, le moine voit revenir la vieille, l’air encore plus triste que la première fois.
« Je n’ai jamais reçu la visite de Jésus Christ, lui déclare-t-elle »
- Tu n’a eu aucune visite pendant un an, babouchka ?
- Si, il y a un braconnier qui venu se réchauffer un soir, et puis le facteur est venu m’apporter une lettre, et ma voisine est venue me parler de son fils qui était malade. Mais Jésus Christ, il n’est jamais venu.
- Babouchka, lui dit le Staretz avec compassion, sache que Jésus est venu trois fois te visiter : le braconnier, le facteur et la voisine, c’était lui. Ouvre les yeux de ton cœur, Babouchka, et tu verras le visage de Jésus Christ sur le visage de chaque personne que tu rencontreras.
Et la vieille paysanne repartit chez elle le cœur léger.

Amen.

Christian Tanon, pasteur
site ERF Epernay-Reims



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