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Galates 6 v 1-10 David Mackain
Prédication du dimanche 25 janvier au Centre Oecuménique par le pasteur David Mackain
Texte : Galates 6,1-10 Au départ, il y a cette pub dont le slogan nous annonce un produit auquel une star de la mode ou du sport a droit parce que, dit-elle, " parce que je le vaux bien ! " Ben voyons, comme si nos choix comme si nos goûts étaient de l'ordre de la valeur qui nous serait attribuée en fonction de je ne sais quels critères de sélection ! Pire, comme si c'était le produit qui nous choisissait, pour faire de nous l'élite de l'espèce humaine. Quelle horreur ! On croirait réentendre ces hypothèses sinistres de sauvegarde de l'espèce humaine par l'élaboration d'une race ultime et dirigeante. Cela rappelle de cruels souvenirs. Hélas ! Trop, souvent, l'être humain ne peut s'empêcher de rêver d'appartenir à une élite supérieure qui lui donnerait une puissance et un pouvoir totalement fantasmagoriques. Cela commence dès les premières années de la jeunesse, quand l'enfant qui joue, s'imagine être, je ne sais quel super héros ou quelle immense célébrité et construit un scénario interactif autour de cette hypothèse. Et cela continue toute la vie. Pour beaucoup, cette tendance va s'investir dans les jeux de rôle ou dans les identifications fantastiques de type Seigneur des Anneaux (il n'y a qu'à voir le regain de succès que connaissent de tels scénarii ou fictions). Pour d'autres, il y a le dérapage de vouloir faire passer cela du rêve à la réalité et là, c'est beaucoup plus grave : les génocides de toutes sortes ne cessent de nous en rappeler les dangers. Or cette question est exactement au coeur du passage de Galates 6. Ceux qui ont choisi de suivre Paul dans la foi en Jésus Christ ont investi leur vie de toute leur force et de tout leur enthousiasme dans l'attrait de cette parole d'espérance. Ils espèrent en tirer bénéfice au moment où le retour du Christ en manifestera la puissance : nul doute qu'il saura se montrer reconnaissant envers les fidèles de la première heure le jour où il régnera, conformément aux Ecritures. Pas de chance, voilà que Paul reprend les éléments d'une nouvelle loi, fondée sur la conséquence de la foi et non de la quête du salut : ce n'est pas la pratique de l'ancienne loi qui fait le chrétien, mais la façon dont il assume le renouvellement de celle-ci par Jésus Christ. Finalement, de quoi est-il question ? De suivre la foi et de l'assumer ensemble, à travers une règle commune de fraternité, d'encouragement. Le seul problème, c'est qu'il y aura toujours des orgueilleux pour se positionner en comparaison, puis en rivalité par rapport aux autres : je suis meilleur croyant que toi ! Et là, on dérape vers le fonctionnement en terme de pouvoir et de possession à venir. D'où le rappel de Paul : Si quelqu'un pense être quelque chose, n'étant rien, il se trompe lui-même ce que la TOB traduit par si quelqu'un se prend pour un personnage, alors il est sa propre dupe. C'est souvent de là que partent les tensions, conflits, bagarres voire, à une autre échelle, guerres armées. Est-ce vraiment cela l'Evangile ? Ceux qui se croient investis du droit de faire la Guerre Sainte peuvent le croire, mais ils font fi de l'essentiel, du coeur même du message du Christ. En clair, ils ne prennent que ce qui les intéressent mais ne laissent pas la place à la contradiction inscrite au coeur du message dont ils se revendiquent. Il ne s'agit plus de bons et de méchants comme on veut le faire croire encore aujourd'hui, mais de fraternité et de fidélité à l'amour de Dieu manifesté en Christ. Oui, à la lecture de ce passage, je crois que le coeur de notre message aujourd'hui tient dans ces quelques mots : L'EVANGILE C'EST LA GRATUITE ! Gratuité du Christ qui se donne malgré lui ; gratuité de celui qui va vers un enfant, comme de celui qui essaye d'accompagner son frère spirituellement pour l'aider en sachant qu'il n'aura pour toute gratification personnelle que le plaisir d'avoir aidé ! L'EVANGILE C'EST LA GRATUITE ! Pourtant, qu'elle est difficile à accepter cette gratuité ! Ce n'est pas un scoop de constater qu'après les utopies égalitaires des années 70, le retour de boomerang est terrible et le règne de l'économie triomphante n'a jamais été aussi fort. Le capitalisme a retrouvé sa dureté implacable dans la rupture entre les faibles et les forts. La mondialisation lui donne un terrain de développement inespéré et les tentatives d'atténuer le processus échouent les unes après les autres : le fiasco répété des négociations pour une Organisation Mondiale du Commerce ou pour le développement durable en est un cruel exemple. Qu'importe si la survie de la terre et l'espèce humaine est en jeu, il faut que les riches soient toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. La richesse de l'économie capitaliste n'est plus dans le travail, mais dans le capital. La notoriété et la respectabilité de la personne ne sont plus liées à ses qualités, mais à son compte en banque. La réussite ne repose plus sur le bonheur de faire un travail que l'on aime, mais sur le pouvoir qu'il donne. Alors oui, accepter la gratuité de l'Evangile semble un doux leurre. On retombe dans la dimension d'opium du peuple. A moins d'un effort sur nous-mêmes, d'un effort surhumain par lequel nous ferions fi des appuis sur lequel notre société repose pour en choisir d'autres. Mais sommes-nous prêts, pour suivre le Christ, à un tel travail de deuil ? Même les disciples en sont incapables : rappelons-nous combien ils étaient prompts à vouloir préserver Jésus des hommes ou des enfants et à empêcher un homme de témoigner de la parole du Christ parce qu'il n'est pas agréé par la confrérie des Douze ! L'EVANGILE C'EST LA GRATUITE ! Oui, elle est difficile à accepter, mais elle est encore plus difficile à vivre. Si, de plus en plus, tout est fondé sur la puissance et la valeur de la rétribution, comment arriver à survivre avec d'autres valeurs ? Je pense à cette expérience que nous avons tous vécue : Quand nous nous arrêtons pour laisser passer un piéton perdu dans ses pensées, lequel d'entre nous n'a jamais pensé " tu pourrais au moins dire merci ! " Et si, justement, accepter qu'il ne nous dise pas merci, c'est changer notre système de vie au point de découvrir l'espérance ? En restant dans le domaine de la rétribution, dans l'attente d'un merci hypothétique, nous risquons de passer à côté d'une des réalités les plus fondamentales de l'existence : ni vous, ni moi n'avons demandé à vivre, pas plus que nous n'avons requis l'amour de Dieu. Si nous passons notre temps à nous battre contre les autres, dans l'incapacité de vivre la gratuité du don de la vie, alors nous subissons l'existence. Si nous choisissons non plus de subir, mais de vivre, alors oui nous pouvons comprendre, accepter et vivre la gratuité qu'apporte l'Evangile, à commencer par vivre la gratuité du don de la vie. Ne plus subir, mais vivre à nouveau l'existence ! Ne plus devoir se battre, mais se découvrir et se sentir aimé de Dieu ! C'est cela la grâce ; c'est déjà la résurrection. Oui, L'EVANGILE C'EST LA GRATUITE ! C'est tout notre système de pensée, de valeurs et de comportement dont nous devons nous défaire si nous voulons faire notre cette annonce. Cela demande un effort permanent, jour après jour. Mais si nous y parvenons, si nous l'acceptons, si nous la vivons, alors nous pouvons espérer un monde sans soucis de pouvoir ou de hiérarchie dans lequel les uns pourront vivre avec les autres, dans la confiance et non pas les uns contre les autres, sur la défensive avec les souci de se manger par anticipation pour ne pas être dévorés : c'est le programme de Paul. Les Galates qui croient que la Loi de Dieu peut imposer une hiérarchie spirituelle dans l'Eglise, sont appelés "stupides". Inversement, le soutien de l'autre doit se faire dans un esprit de douceur. Ce programme, un tel monde a un nom : le Royaume. Il nous est offert et nous en sommes les artisans, chaque jour de notre vie. Nous en sommes les artisans par nos paroles de réconfort, par nos actes de soutien, par notre témoignage, par ce que nous sommes tous simplement. Il repose sur la gratuité parce que fondé sur la certitude d'être aimés gratuitement de Dieu. Je crois que ce monde est possible. Et vous ? Amen |
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