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Galates 5, 1 + 13 – 18 (Marie Noëlle Thabut)



Dimanche 27 Juin 2004
Treizième dimanche du temps ordinaire
Par Marie Noëlle Thabut
DEUXIEME LECTURE - Galates 5, 1. 13 – 18

"Saint Paul est Juif, et donc habité par l'idéal de liberté qui est celui de toute la Bible ; la grande expérience de l'Exode, méditée depuis des siècles par le peuple juif, est celle de la libération d'Egypte. Dieu a libéré son peuple de l'esclavage en Egypte pour lui faire découvrir la grandeur de la liberté et du service librement consenti. Et toute la période de l'Exode dans le désert est interprétée comme un temps d'apprentissage nécessaire pour passer de l'esclavage en Egypte, sous la botte des Pharaons, à la libre décision de servir le Dieu de l'Alliance. Et puis, après des siècles de méditation, on a compris que la meilleure manière de servir Dieu, c'est de servir les hommes, et donc que l'homme accompli dans sa plénitude serait celui qui se met librement au service de ses frères. C'est le sens des textes qu'on appelle les chants du Serviteur chez Isaïe.
Mais, dans cette lettre aux Chrétiens de Galatie, Paul écrit à une communauté du monde grec dans lequel l'esclavage existe encore : c'est-à-dire que le serviteur est réellement un objet pour son maître, il est sa propriété, il lui appartient comme aujourd'hui notre poste de radio, notre voiture, notre maison ou n'importe quelle machine nous appartient ; si la radio vous ennuie, vous n'avez qu'à couper ou changer de poste ! Au temps de Paul, si mon esclave ne me convient plus, j'en dispose comme je veux, je le vends à quelqu'un d'autre... Saint Paul s'appuie donc sur cette expérience de l'esclavage qui est très parlante pour son temps et tout le texte que nous venons de lire est bâti sur l'opposition entre : être libre ou être esclave. Pour lui, le Christ est l'exemple même de l'homme libre et le chrétien, à la suite du Christ, est un homme libre, ou plus exactement un homme libéré par le Christ, "affranchi" par le Christ.
Saint Paul sait bien que ce n'est pas si simple puisqu'il parle de notre liberté tantôt comme d'une réalité, tantôt plutôt comme d'un idéal, une vocation, un appel : "le Christ nous a libérés... (donc c'est fait, c'est acquis)... POUR que nous soyons vraiment libres..." (ce n'est donc pas complètement réalisé)... ou bien encore "vous avez été appelés à la liberté..." Et il ajoute "ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage".
Si nous avions un papier et un crayon, nous pourrions, comme souvent chez Paul, écrire son texte en deux colonnes : la colonne de la liberté / la colonne de l'esclavage ; du côté "esclavage", on écrirait "satisfaire votre égoïsme"... Du côté "liberté", il y a "mettez-vous par amour au service les uns des autres"... On est un peu surpris quand même que l'égoïsme soit du côté de l'esclavage et que le service des autres soit du côté de la liberté ...! Parfois, on est tenté de penser l'inverse ; quand quelqu'un nous demande un service, il nous arrive de nous dire qu'il nous prend pour son esclave... et, à l'inverse, nous avons bien l'impression d'être enfin libres quand nous pouvons ne penser qu'à nous ! Mais si j'en crois Paul, la vraie liberté n'est pas ce qu'on croit ! Car le service, pour Paul, héritier de l'Ancien Testament, est un choix d'homme libre, un choix résolu comme le choix du Serviteur d'Isaïe, comme celui du Christ. Une fois de plus, on trouve chez Paul des résonances avec Jean : "ma vie, on ne me la prend pas, c'est moi qui la donne" ; on entend ici aussi en écho l'insistance de Jésus dans les évangiles synoptiques, par exemple chez Marc : "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir... (Mc 10, 45).
Paul n'hésite pas à utiliser des images fortes pour fustiger l'égoïsme : "Si vous vous mordez les uns les autres et vous dévorez les uns les autres , vous allez vous détruire vous-mêmes ". Pourquoi ? Parce que vous êtes faits pour aimer et que vous ne vous construisez vous-mêmes que dans l'amour. Paul nous représente nos vies concrètes comme un lieu d'affrontement permanent entre deux manières de vivre ; il nous dit : "Tenez bon, ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage". Ce "Tenez bon !" est valable pour toute notre vie : il n'y a pas parmi nous ceux qui, une fois pour toutes, sont passés du côté de la liberté et ceux qui se conduisent encore comme des esclaves ; chacun de nous doit sans cesse refaire ce passage ; un passage qui n'est jamais acquis une fois pour toutes ; avant que l'esprit de service soit devenu pour nous comme une seconde nature, il faut bien de longues années d'apprentissage ! Comprenons bien les expressions de Paul : la vie égoïste, c'est ce que Paul appelle "vivre selon la chair" (selon notre pente naturelle, si vous préférez) et la vie de service, c'est ce qu'il appelle "vivre selon l'esprit" (sous-entendu l'Esprit de Dieu, l'Esprit d'amour).
Reste la dernière phrase : "en vous laissant conduire par l'Esprit, vous n'êtes plus sujets de la Loi" ; le mot "sujet" ici veut dire "esclave" : les Juifs de Galatie sont tentés de faire des observances de la Loi une véritable sujétion, un esclavage ; alors qu'en fait la Loi est au service de l'amour ; et Paul le dit bien "La Loi atteint sa perfection dans un seul commandement qui est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même". "En vous laissant conduire par l'Esprit, vous n'êtes plus sujets de la Loi" : cela veut dire que désormais l'Esprit d'amour habite vos coeurs ; la Loi a fini sa tâche : elle a rempli son rôle de pédagogue de l'amour. Là où règne l'amour, il n'est plus besoin de Loi : quand l'élève a parfaitement assimilé la leçon, il n'a plus besoin du professeur.
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Et les quatre évangélistes, tout au long de la Passion, s'ingénient à nous montrer que le Christ condamné, maltraité, enchaîné est pleinement libre alors que ses bourreaux sont le jouet de leur aveuglement, donc finalement esclaves, d'une certaine manière.




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