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Ezéchiel 37 v 9-14 Serge GUILMIN
Texte : Ezéchiel 37/9-14
Genre : Prédication Auteur : Serge GUILMIN Soupir ou souffle de vie ? (9) Il me dit : “ Prononce un oracle sur le souffle, prononce un oracle, fils d’homme ; dis au souffle : Ainsi parle Seigneur Dieu : Souffle, viens des quatre points cardinaux, souffle sur ces morts et ils vivront ” (10) Je prononçai l’oracle comme j’en avais reçu l’ordre, le souffle entra en eux et ils vécurent ; ils se tinrent debout : c’était une immense armée. (11) Il me dit : “ Fils d’homme, ces ossements c‘est toute la maison d’Israël. Ils disent : “ Nos ossements sont desséchés, notre espérance a disparu, nous sommes en pièces. ” (12) C ‘est pourquoi, prononce un oracle et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d’Israël. (15) Vous connaîtrez que je suis le Seigneur quand j’ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple. (14) Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez ; je vous établirai sur votre sol ; alors vous connaîtrez que c’est moi le Seigneur qui parle et accomplis – oracle du Seigneur. ” La première chose qu’il faudrait affirmer aujourd’hui avec force, c’est que la population qui occupe le territoire de ce que l’on appelait au temps de Jésus la Palestine, n’a jamais eu aucune unité ethnique : des européens, des orientaux, des slaves, des falashas d’Ethiopie, des arabes pourraient faire comme au temps de Pentecôte un peuple singulier, étonnés, remplis d’un bonheur inattendu. Il percevrait comme un discours adressé à tous sans distinction de langue ni d’appartenances politiques ou religieuses. Mais pour le moment l’Etat qui a cru devoir rassembler ces fragments de peuples sous l’appellation usurpée d’Israël ne perçoit pas entre deux rafales d’armes automatiques le souffle léger et apaisant d’une parole qui leur serait adressée tant juifs qu’arabes, tant chrétiens de sources multiples que samaritains. Ils vivent tous au jour le jour, se croyant défendus par un droit qu’ils se sont construit à coup de bull-dozers qui, dans le même temps détruisaient les modestes habitations des gens du pays, arabes et juifs qui vivaient peut-être là depuis des centaines d’années. La dispersion d’Israël ne date pas de 70 ou de 165 de notre ère. C’est en 587 avant Jésus-Christ que le territoire a connu l’arrivée brutale des assyro-babyloniens. C’est alors qu’Israël est devenu un peuple dispersé en Perse, en Egypte, sur le territoire des grecs… Il n’ont cependant pas tous connu la détresse absolue de la captivité et de la mort. Certains sont devenus conseillers des princes, en Perse comme en Egypte. Alexandrie est devenue une importante ville juive. Le premier Testament au milieu de juifs moins ouverts à la culture grecque ne nous donne pas de nouvelles des juifs d’Egypte. A peine le Nouveau Testament nous parlera-t-il du séjour que Jésus fit en Egypte aux premiers temps de sa jeunesse. Mais les juifs auxquels s’adresse Ezéchiel, s’il ne sont pas morts dans la catastrophe, n’en vivent pas moins comme des morts. Nous avons connu en Europe un événement analogue lorsque les troupes nazies sont venues en quelques semaines semer la terreur et la misère dans tous les pays qu’ils occupaient. Nous serions aujourd’hui encore plus blessés qu’alors parce que nous sommes devenus beaucoup plus dépendants de tout l’environnement technique qui nous entoure. Sans climatisation, sans liberté de presse, sans téléphone, sans moyens de transports, nous nous considérerions comme morts… Ceux d’Israël, les dirigeants, les prêtres, les responsables politico-religieux qui avaient vécu pendant l’existence éphémère d’Israël quelques siècles de tranquillité se considéraient alors comme morts. Pour les paysans c’était une autre affaire. Les paysans au plus près de la terre n’en sont pas moins éloignés de la politique, puisque celle-ci concerne la cité. Et les paysans ne trouvent pas que c’est une affaire radicalement mauvaise de mettre à mal ceux qu’ils considèrent déjà comme des oppresseurs. Les paysans de Galilée sont à l’origine de la fortune de Jérusalem. Et c’est pourquoi on ne tenait pas à Jérusalem qu’il y eut d’autre lieu de culte, de peur qu’il n’y ait dans un temple décentralisé des mouvements de protestations Les gens auxquels Ezéchiel s’adresse sont comme morts. Ils ne sont pas comme les résistants de France après l’invasion nazie, il ne sont pas comme les New Yorkais qui, au lendemain de la catastrophe n’ont plus pensé qu’à s’entraider et à faire disparaître, malgré leurs larmes le paysage de désolation qui était le leur sans attendre passivement le bon vouloir des administrations et assurances qui, comme on le sait se révèlent en de telles circonstances comme ce qu’elles sont : des entreprises de profit non atteintes par la détresse de leur clientèle. Les ossements pourront-ils revivre ? Il est vrai que nous sommes là au milieu des visions d’Ezéchiel. ? Ces visions qui ont tant inspiré les peintres que l’on voit dans bien des églises ces tombeaux ouverts et ces morts sortir le pied léger comme si de rien n’était. On remarquera que l’oracle qui est préconisé c’est un discours sur le souffle. Le souffle ici c’est comme le premier mot de ce qui se passe dans la Bible : le souffle de la création. Ce serait un tragique malentendu – et ce malentendu n’est-il pas au cœur de notre présent ? – à croire qu’Israël est incité à reconstituer non pas seulement un état, mais un empire à l’image des grands empires qui en tout temps, ont opprimé le monde ? Ne confondons donc pas les empires financiers légaux ou occultes et les structures de démocratie et de droits pour tous les hommes que l’on s’efforce d’installer dans le monde. Il est bien possible que la réalité politico-économique soit aujourd’hui aussi indissociable que la réalité politico-religieuse l’était dans l’Antiquité. Il est bien possible que la distribution injuste des ressources ne puisse être améliorée par des oboles dérisoires de quelques centimes prises sur le parcours de spéculations dont on ne se préoccupera aucunement de l’éthique de ses objectifs. La vérité c’est que nous sommes dans un monde largement dépourvu d’éthique. Nos paysans et nos fonctionnaires ne savent toujours pas lire si ce n’est ce qui les intéressent dans leurs bulletins professionnels. Les hangars se transforment en expositions agricoles tandis que l’on se préoccupe davantage de sécurité que de ce qui altère la société : une école, des rythmes, et des contenus d’enseignement qui ne sont pas adaptés au modelage diversifié de la population depuis la dernière guerre. Une société où l’on peut accumuler de plus en plus de biens, où l’on dispose de plus en plus de temps pour en jouir, mais où l’on ne travaille plus guère les jardins de l’intelligence. Une société où l’étranger et l’immigré, même s’il se naturalise n’est pas entouré de l’estime qui lui est due. Parce que l’on a choisi de s’écarter d’une culture attachée à la religion, on en est venu à s’écarter de la culture tout court. La religion était oppressive, tenait son pouvoir d’un système clérical. Mais on n’a pas vu à quel point la culture religieuse elle-même était étouffée, dominée qu’elle était par un corps hiérarchique plus préoccupé de sa pérennité que de l’avancée en connaissance et en recherche de remèdes face à la détresse humaine. Maintenant tout se passe comme si seul comptait ce qui est rentable. Parce que le souvenir de la société industrielle et minière est conservé comme un fantasme traumatisant, on perd de vue la possibilité d’une éthique du travail qui ne soit ni aliénation ni oppression. C’est bien là que s’achoppe les prophètes, et Ezéchiel en particulier, avec ce qui reste du peuple, désorienté et cependant prêt à recommencer comme avant. Les prophètes ne sont ni étonnés ni scandalisés de ce qui arrive. Pour eux ce qui s’appelait Israël, petit territoire insignifiant, n’est pas victime en premier lieu de son puissant voisinage, mais de son injustice au quotidien. Et les grands empires, on le sait bien ne tardent pas à connaître le même sort. C’est pourquoi la prophétie fait appel à de nouveaux commencements et non à un recommencement pur et simple. C’est l’esprit du premier temps de la création qui est invoqué et non la réanimation de morts qui reprendraient leurs occupations. La parole prophétique sur le désordre du monde ne change pas : depuis le premier testament jusqu’au dernier livre de l’Apocalypse elle s’adresse à des vivants qui en fait vivent comme s’ils ne vivaient pas, enlisés dans les nécessités de la banalité quotidienne sans accorder la moindre préoccupation à ce qui est dernier, ce qui revêt le sens même de leur vie : non pas leur être propre, ou leur super-ego, mais leur visage tourné vers les autres visages qui peuplent la terre. L’Israël biblique c’est celui qui continue à perdurer partout où aujourd’hui – en dehors de toute considération confessionnelle – on se préoccupe des peuples dépourvus de toute raison d’espérer – et les palestiniens sont de ceux-là bien sûr ainsi que tous ceux qui souhaitent la paix et la justice dans cette région du monde. La parole est venue des prophètes mais, comme la brise du matin elle est à même d’être entendue à de grandes distances, au-delà des mers incertaines de nos petites peurs et de nos psychologies enfermées dans nos cantons familiaux . Une fois émise elle n’a peut-être plus besoin des béquilles de nos institutions et c’est ce qui nous laisse attendre de meilleurs jours, une meilleure préparation intérieure à toute entraide, et là où d’autres ne savent nommer que le mépris des peuples, dans les forces de paix qui se manifestent, à toute reconnaissance du visage du Christ Jésus. |
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