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Ezéchiel 33 v 10-16 Louis Honnay



Texte : Ezéchiel 33/10-16
Genre : Prédication
Auteur : Pasteur Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 13.08.1995.



Il paraît qu’il n'y a plus de morale. C'est du moins le bruit qui court. Au cours d’une conversation quelqu'un disait : "Il n'y a plus ni bien ni mal". C’est peut-être pourquoi il se permettait d'avoir une conduite douteuse et des principes contestables. Une dame avouait : "Moi, je ne sais pas ce qui est bien et ce qui est mal". Elle était incapable de faire la différence entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Dans ces conditions, il n’existe plus de repères. On ne sait plus comment reconnaître le juste et l’injuste. C'est, en apparence, la plus complète liberté. On fait ce qu'on veut, on n'est plus jugé par rien. Le manque de cadre et de repères conduit au désordre. Désordre dans la vie personnelle et dans la société, c'est le résultat du tout est permis, puisque plus rien n'est interdit.

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Le prophète Ezéchiel, lui, voit les choses autrement. Dans ce passage que nous venons de lire, il n'est pas question de bien ou de mal. Bien et mal sont des idées abstraites. Ce sont des idées générales. Ce sont des notions de philosophie ou d'éthique, comme disent les gens savants. La Bible ignore tout ce qui est théorique. Elle s'en tient à du concret, à ce qu'on peut voir, à ce qu'on peut toucher, qu’on peut comprendre immédiatement, sans être des spécialistes. Mais, si Ezéchiel ne connaît pas les mots bien et mal, il connaît fort bien deux mots bibliques importants, le mot justice et le mot faute. D'ailleurs, il y a trois mots dans ce passage d'Ezéchiel pour désigner la faute ; inutile de nous y attarder maintenant. Dans Ezéchiel et dans la Bible entière, le juste, c'est ce que Dieu veut. Ou, plus précisément, c'est ce qui est conforme à son projet, à sa volonté pour nous et pour le monde. La justice que nous pouvons pratiquer, c'est la conformité à ce qu'il veut. C'est du moins notre décision de nous y conformer, même si parfois il y a des ratés. Nous sommes justes quand nous acceptons que ce soit lui qui trace le chemin de notre vie.

Dans Ezéchiel comme dans toute la Bible, la référence n'est pas abstraite. Ce n'est pas de la théorie, ce n'est pas une liste des choses à faire et des choses à ne pas faire. La référence, le point de repère, c'est quelqu'un, c'est le Seigneur. Quelqu'un de concret, qui a un projet pour nous et qui nous dit comment faire pour être dans ce projet, pour entrer dans ses perspectives. C'est lui qui juge de ce qui est bon ou mauvais, ce qui est bon ou mauvais pour nous et pour les autres. C'est lui qui apprécie notre façon de vivre.

Refuser Dieu, c'est aussi rejeter cette vie qu'il nous propose. Ne pas croire en lui, se faire sa petite morale à soi, bien gentille et bien arrangeante, c'est la révolte contre Dieu, c'est le péché. Ce n'est pas l'Eglise, ce ne sont ni la hiérarchie ni les théologiens qui fixent la morale, mais la Parole de Dieu. Ce refus — on ne le sait que trop — provoque des désordres. Une grande partie du désordre du monde, une grande partie des catastrophes, provient de cette décision initiale de se passer de Dieu. On ne doit pas s'étonner de ce que le monde marche de travers, si on commence par se passer de celui qui peut rendre la vie harmonieuse.

Il n'est pas indifférent de choisir pour lui ou contre lui. Le refus entraîne des conséquences, et elles peuvent être extrêmement graves. Quand on se décide à être juste — au sens biblique —, on se trouve soi-même. On découvre qui on est, on découvre sa vraie nature. On comprend à quoi on est destiné et à quoi on sert. Etre juste, c'est tout simplement vivre. La justice, au sens biblique, nous fait vivre. C'est l'inverse pour la faute. Celui qui pêche, celui qui ne tient pas compte de ce que le Seigneur veut, celui-là se perd. Il ne sait plus qui il est, il ne sait plus à quoi il est destiné. La faute, le péché, conduisent à la mort.

Oh, on ne doit pas comprendre cette perte de soi et cette mort comme un châtiment. Dieu ne nous punit pas pour avoir commis le mal. La vie que procure la justice n'est pas non plus une récompense. Nous ne méritons rien. La vie est un cadeau, nous ne la méritons pas. Les suites de ce choix initial que nous faisons découlent tout naturellement de notre façon de vivre et de notre nature. Mettez de l'essence dans un moteur diesel, vous allez l'abîmer. Faites ce que Dieu déclare mauvais, vous vous corrompez. Nous sommes créés en vue de la justice. Le mal, c'est comme du poison. Personne n'aurait l'idée d'avaler du poison, à moins qu'il n'ait envie de se suicider. Pour rester en vie, on ne doit pas absorber du poison. Pour rester ce qu’on est en fait, on doit respecter ce que le Seigneur veut, le genre de vie qu'il nous propose, on doit devenir ou redevenir des justes.

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Voulez-vous des exemples ? En voici un, très concret et dramatique. Mardi dernier, c’était un bien triste anniversaire. Le 8 août 1945, la première bombe atomique tombait sur Hiroshima à huit heures dix-sept du matin. Cent cinquante-sept mille personnes sont mortes sur le coup. En 1950, deux cent mille étaient mortes des suites de leurs blessures et de leurs brûlures. Trois jours plus tard, la deuxième bombe tombait sur Nagasaki. Il y avait avant-hier cinquante ans. Cette fois, elle faisait soixante-quinze mille morts. Cinq ans plus tard, on comptait cent quarante mille morts de plus. Trois cent cinquante mille autres victimes étaient atteintes des suites des irradiations nucléaires. Dans les années suivantes, on a noté une multiplication des cancers et des leucémies provoquées par le rayonnement de l'explosion.

Voilà une des conséquences qui peuvent résulter du mauvais choix, du choix de l'injustice contre la justice, du péché contre le projet de Dieu. Bien sûr, les Japonais étaient coupables. Leur gouvernement avait déclenché la guerre contre les Etats-Unis, leurs armées ont fait des victimes. Mais cette faute n'enlève rien à celle des Américains. Ce sont les Américains qui ont conçu la bombe atomique, ce sont eux qui ont décidé de la fabriquer, ce sont eux qui l'ont lancée sur deux villes japonaises. On ne peut pas nier leur responsabilité. La faute provoque la mort. La mort de celui qui commet la faute, mais aussi — et c'est encore plus grave — la mort de ceux qui subissent les conséquences de la faute.

Depuis lors, et en particulier ces dernières années, on a pris conscience des dangers de la bombe atomique et des stocks énormes que les Etats ont accumulés. Dans le public, des gens avertis les connaissaient et les dénonçaient. Les responsables des Etats ont fini par le comprendre, à retardement. Au mois de mai dernier, plusieurs Etats ont signé un traité de non prolifération atomique — ce qu’on appelle en abrégé TNP, T pour traité, N pour non, P pour prolifération. Les signataires se sont engagés à ne pas augmenter les stocks d'armes atomiques existant actuellement. Avec comme perspective l'interdiction complète de l'arme nucléaire. En principe, ce nouveau traité devrait être signé dans quelques mois.

Malheureusement la sagesse ne tient pas longtemps. La France a signé le Traité de Non Prolifération. Mais le gouvernement a décidé de reprendre les essais nucléaires suspendus depuis trois ans. Il veut perfectionner encore ses armes avant qu'elles ne soient complètement mises hors la loi. Dans la foulée, les Etats-Unis envisagent aussi de reprendre les essais. On peut imaginer les futurs bombardements et les futures victimes que cette décision entraînerait, si on la maintenait, parmi des populations dont le seul tort serait de se trouver du mauvais côté de la barrière, parmi ceux qu'un gouvernement déclarerait être des ennemis.

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Il n'est pas nécessaire d'insister sur les risques que ces décisions peuvent faire courir dans l'avenir. Peut-être prépare-t-on de nouveaux assassinats collectifs. Comme le dit Ezéchiel, la faute conduit à la mort. Mais Ezéchiel ne se contente pas de dénoncer les fautes. Il propose aussi des solutions. Le message du prophète, c'est que la repentance est toujours possible. La repentance, concrètement, c'est le changement d'attitude et de comportement. On peut changer dans les deux sens. Un homme juste peut, hélas, devenir pécheur. Mais un pécheur peut apprendre la justice. Ezéchiel affirme que Dieu ne veut pas que nous mourrions ni que nous fassions mourir les autres. Il veut que nous vivions et que nous aidions les autres à vivre.

Voilà une des perspectives qu'il nous propose. Nous repentir, changer, travailler en vue de quelque chose de positif et de constructif. Jésus nous y invite par les paroles que l’évangile de Luc nous rapporte. Jésus raconte la parabole du patron qui part en voyage. Il dit à ses domestiques de remplir leurs tâches habituelles. Jésus nous place dans la perspective de l’attente. Il nous donne du temps. Le temps qui nous sépare du moment où Dieu interviendra pour renouveler l’histoire. C’est ce temps-là que nous devons mettre à profit pour travailler utilement, pour faire du positif. C’est là que nous pouvons faire autre chose que ce qui s’est fait. Nous pouvons inventer des choses nouvelles, une autre façon de voir le monde, une autre manière de vivre et de produire de la vie. Nous sommes en partie responsables de ce qui se passe dans le monde et nous devons prendre les responsabilités qui sont les nôtres, celles que Dieu nous confie.

Alors on demandera : "Comment est-ce possible ? Qu'est-ce que je peux faire pour que le monde, pour que la société, changent ?". On ne se cachera pas les difficultés. Mais nous ne devons pas non plus dire que tout est perdu d'avance et qu'il n'y a rien à faire. Rien n'est impossible. C'est ce que nous montrent les deux exemples que nous donne le chapitre onze de la Lettre aux Hébreux, qui n'est d'ailleurs pas une épître, mais plutôt une longue prédication. Le chapitre onze propose plusieurs exemples de gens qui ont eu la foi et, parmi eux, Abraham et Sara. A leur âge — ils étaient centenaires —, ils ne pouvaient plus avoir d'enfants. Pourtant le Seigneur leur annonce qu'ils vont en avoir un. Abraham l'a cru. Il a cru que ce qui était impossible serait possible, parce que Dieu l'avait décidé. Sarah l'a cru aussi. Et ils ont eu cet enfant, qu'ils ont appelé Isaac. La foi, c'est faire ce qui est impossible. La foi, c'est savoir que l'impossible devient possible. La foi, c'est travailler à des projets de vie, pour nous et pour le monde.

Amen !



Autres lectures : Luc 12/35-48
Hébreux 11/8-19

Cantiques :
* Psaume 130/1 à 4 Du fond de ma détresse
* NCTC 283/1 à 3 C’est toi, Jésus, qui as fondé
ou ARC 226/1 à 4 Jour du Seigneur
ou ARC 602/1 à 3 Oh, prends mon âme
* NCTC 282/1 à 4 O fils du charpentier
ou ARC 628/1 à 4 La foi renverse devant nous
ou ARC 622/1, 2, 3, 5 Si Dieu pour nous s’engage




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