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Ezéchiel 22 v 10-16 Alphonse Maillot
Textes : Sagesse 18/6-9 ou Ezéchiel 33/10-16 ; Hébreux 11/1-2 & 8-19 ; Luc 12/32-48
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [juillet-août]. Mission intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1992 (p. 77-85). 9° dimanche après la Pentecôte ou 19° dimanche ordinaire Sagesse (dite de Salomon) 18/6-9 ou Ezéchiel 33/10-16 Si je consens à prendre ce texte de la Sagesse (livre que je connais fort mal et comprends encore moins), c'est parce que ce livre, du chapitre 11 au chapitre 19 (dernier chapitre), est un long rappel et une longue actualisation de l'Exode. Il nous montre ainsi que la théologie israélite, même récente (environ 50 avant Jésus-Christ !) est avant tout une théologie de l'Exode. Ce que bien des rabbins n'ont cessé d'affirmer. Et particulièrement la nuit pascale dont il est question ici, a eu et a encore, dans la foi d'Israël, la place que la Semaine Sainte a ou devrait avoir dans la foi chrétienne. Il serait bon peut-être de s'en souvenir, afin de ne pas trop mépriser le calendrier israélite, quand les Eglises arriveront enfin à un calendrier commun. Ici, au v. 6, il est donc question de la nuit pascale (dont le v. 5 nous rappelle qu'elle correspond à la mort des aînés égyptiens, mort présage de celle des armées du Pharaon). "Cette nuit était connue des pères" ; il est indiscutable que le sens premier de cette phrase est celui d'Exode 12/21-27 (v. 23 en particulier), mais ce passage fut vite lu au sens second évoqué en Genèse 15/13 — qui revenait à dire que les patriarches eux-mêmes avaient été mis, 400 ans à l'avance, dans la confidence de l'esclavage et surtout de la délivrance futurs du peuple issu d'Abraham. Toujours cette même théologie finaliste : Abraham a été élu en vue de la délivrance d'Israël et de la Révélation qui sera faite à ses descendants au Sinaï. La fin résout les énigmes des temps intermédiaires. On remarquera ici l'interprétation donnée à la mort des aînés égyptiens : c'est le châtiment en retour de la mise à mort des garçons israélites (Exode 1/15-16) dont seul Moïse ("exposé" au Nil, v. 5) a réchappé. Ce qui n'est pas tout à fait juste, il s'en faut, d'après la suite d'Exode 1/16ss. Chacun aura remarqué que ce livre de la Sagesse n'est finalement parent que de loin avec les textes vitriolés de Qohéleth, ou ceux protestataires de Job. La Sagesse s'est ici... assagie. -o- Le texte d'Ezéchiel 33/10-16 est assez connu et facile pour qu'il ne soit pas nécessaire de lui apporter un commentaire ; simplement ne pas oublier comment il culmine : "L'impie (qui se repent) vivra". Mais intéressez-vous aussi aux versets 17-20 ! Epître aux Hébreux 11/1-2 et 8-19 Ce chapitre 11 réussit le paradoxe d'être un superbe cantique de la foi, et un magnifique résumé de l'histoire du salut ; thèmes qui se sont souvent opposés chez les théologiens, et ceux de notre temps en particulier. Il reprend une interprétation de Paul, qui cherchait à démontrer (en Romains 4) que la foi et le salut gratuit qui l'accompagnait, n'étaient pas une invention chrétienne ; et l'apôtre, pour cela, est remonté jusqu'à Abraham (Romains 4/2-5, puis 9-23) et même à David (4/6-8). Ce qui lui permet, avec Abraham, d'affirmer que, d'après la Torah elle-même (bien avant le don de la loi, et même avant l'institution de la circoncision, v. 10), le salut gratuit par la foi était déjà la "règle" ; avec David la démonstration se complète : même bien après le don de la Torah et celui de l'institution de la circoncision, de grands personnages juifs ont chanté le "salut par la foi". L'auteur des Hébreux veut élargir le projet paulinien et montrer, mieux encore que Paul, que toute l'histoire biblique s'est passée sous le signe (le "régime") de la foi et que tous les personnages "importants" y ont marché, vécu par la foi. Il essaie même de remonter au moment où le monde fut mis en place (v. 3), et sans broncher il commence son catalogue de croyants avec Abel (v. 4) , Enoch (v. 5-6), etc…, avant d'en arriver à Abraham (v. 8ss) et tous les autres. La foi étant la constante caractéristique de tous ces personnages à qui il fut donné d'être les vecteurs du salut et les porteurs de la promesse. Il faut remarquer plusieurs points : 1° Le caractère essentiellement historique de la catéchèse chrétienne primitive (vers 90), reprenant en cela les modèles de la catéchèse juive (Siracide 44-50). Le Seigneur agit dans l'histoire, plus précisément dans une histoire, celle d'Israël, et c'est seulement au travers de cette action qu'il entend être connu. On ne spécule pas sur Dieu, sur sa personne, son essence, mais on raconte comment, au travers d'hommes et de femmes, il a agi. 2° L'auteur pense et démontre (?) que, dans cette longue liste de personnages, le dénominateur commun fut la foi où déjà tous ces personnages saisissaient l'invisible et appréhendaient ce qui allait venir (v. 1-2). Comme la TOB et d'autres l'ont remarqué, ce serait plutôt d'espérance qu'il faudrait parler pour l'épître aux Hébreux. C'est peut-être trop vite oublier que l'épître aux Romains, dont personne ne niera qu'elle est l'épître de la foi par excellence, emploie le terme "espérance" ou le verbe "espérer" une bonne quinzaine de fois, car Paul entend aussi montrer dans l'épître aux Romains comment le plan divin de salut de l'humanité s'est déroulé au travers de l'histoire (on notera par exemple le nombre de personnages bibliques cités dans l'épître, environ 20, dans les seuls chapitres 9-11). Cependant, il est bien clair que la foi dont il est ici (épître aux Hébreux) question, n'est pas exactement celle dont parle Paul ; tout comme cette dernière est parfaitement étrangère à celle de Jacques qui confond la foi avec "la simple croyance religieuse" commune aux hommes (de l'époque ?) et aux démons (Jacques 2/19). Jamais Paul n'aurait dit que les démons croient. La meilleure preuve est que l'exemple de la foi naissante pris par Paul, est le moment où Abraham (Abram) croit Dieu sur parole, quand celui-ci lui promet l'héritage du monde (Romains 4/3 et 13 ; cf. Genèse 15/6, texte clef de Paul). Abraham "parie" que cette promesse folle est vraie, et désormais laisse orienter toute sa vie par cette promesse, sans autre oeuvre à présenter que ce pari. C'est pourquoi je préfère traduire "il crut Dieu (sur parole)" et non "il crut en Dieu". L'auteur de l'épître aux Hébreux remonte à Genèse 12/4, et si, comme Paul, il en vient à l'impossible naissance d'Isaac (v. 11) du corps usé de Sarah, rendue capable d'enfanter par la foi en la fidélité de Celui qui avait fait la promesse, on remarquera non seulement que la foi de Romains 4/19-20 rendant Abraham à nouveau viril, manque, mais que surtout manque partout dans l'épître aux Hébreux la phrase : "Cela lui fut tenu pour justice" (Romains 4/39 et 22). La gratuité qui, pour Paul, est sans doute la caractéristique première de la foi, est non pas absente, mais délaissée dans l'épître aux Hébreux. De plus, cette dernière relève le rôle de la foi d'Abraham dans le sacrifice (la "ligature", disent les Juifs) d'Isaac. Paul s'en est bien gardé, car il a pressenti l'interprétation qu'on pourrait donner de ce sacrifice, en y voyant une oeuvre méritoire et performante, ce que bien entendu ne manquera pas de faire Jacques (2/21) ; cf. ici le v. 19 où des traductions hâtives pourraient laisser penser que Isaac n'a été rendu à Abraham qu'à cause de sa confiance. Mais où Paul et l'épître aux Hébreux se rejoignent vraiment, c'est lorsque cette dernière oppose la foi à toute saisie véritable, définitive et sécuritaire. La foi appréhende, mais ne détient pas encore (cf. Philippiens 3/12-14) ; c'est à peu de choses près ce que dira encore Paul de l'espérance (née de la foi et inséparable d'elle) en Romains 8/24. On retrouve le même dynamisme, la même tension vers l'avenir (v. 8, 10, 13, 14, 16, 20 et l'extraordinaire v. 25, etc…), souvent rendus par l'image de la non-installation et du voyage. Que cela nous rappelle que la foi n'est jamais une foi assise, figée, mais recherche, marche et attente ! Luc 12/32-48 Tout d'abord, on remarquera bien que, au v. 32, Jésus n'a pas dit : "…petit troupeau, tu as mérité, gagné le Royaume", mais : "Il a semblé bon à votre Père de vous donner le Royaume". Cela éclaire d'ailleurs très bien la demande du Notre Père : "Que ton royaume vienne !". Ensuite, le "petit troupeau" ne contredit pas les visions universalistes aperçues dans l'Apocalypse et ailleurs ; simplement cela signifie que peu nombreux sont ceux qui savent que l'amour de Dieu s'étend à l'univers. Le petit troupeau (le "reste", sera-t-il dit ailleurs) n'est pas le ghetto réduit des seuls sauvés, mais la minorité privilégiée, car informée du plan universel de Dieu en vue de la Rédemption du monde. Mais, objectera-t-on, est aussi donné à cette minorité, le règne (ou la royauté, ou le royaume, toutes ces traductions sont possibles). D'accord mille fois, mais lisez la suite (v. 33) : et que font ceux à qui le règne a été donné ? Ils se font pauvres, ils cassent le pouvoir que l'argent avait sur eux ; pour être rois, ils se dépossèdent de celui qui les possédait : l'Argent. Ils se font des "portefeuilles qui ne vieilliront pas" (l'image rappelle Qohéleth et la parabole de l'homme riche où c'est ce dernier qui n'a pas vieilli une nuit de plus), des portefeuilles troués par la générosité et non plus par les nuits ou les gangsters. Donner est le seul moyen de garder…, en premier lieu sa liberté et un cœur. Car seul celui qui donne, a un cœur = une liberté, une vraie volonté, une vraie pensée. Sinon, c'est l'argent qui, en ayant remplacé le cœur, a toute la place (v. 34). Ici, ne pas avoir peur de parler clair : 1° à soi-même en premier lieu, 2° à ceux qui devront nous entendre. Mais attention à ne pas parler de manière légaliste et menaçante. Rappelez aux frères, et avec un sourire, que s'ils veulent un cœur qui aille bien... c'est tout simple. Sinon, attention aux infarctus (cf. l'homme riche) spirituels. L'argent est le cholestérol chrétien. La suite est un appel à la vigilance (cf. les dix vierges de Matthieu) pour nous avertir que, quoiqu'il ait paru dire parfois, le Seigneur pourrait bien être en retard sur son horaire normal (nous en sommes la meilleure preuve). Ce retard correspond au temps de l'Eglise. Il faut donc vivre chaque jour dans l'imminence du dernier, et dans la paix du "petit troupeau". On doit faire ici une remarque qui semble aller à l'encontre de Luc 17/8-10, où le maître commande et commande encore à des serviteurs qui doivent se savoir incapables (impropres). En effet, cette fois, c'est le maître qui se fait le serviteur (v. 37) de tous ses serviteurs ; cf. Jean 13/1ss. On notera bien que Luc vise, dans tout le passage qui suit (v. 45-47), les "serviteurs" de l'Eglise qui ne ménageaient pas le "petit troupeau". Déjà dans l'Ancien Testament, il y eut bien des bergers qui, au lieu de servir, se firent servir, quittes même à violenter les troupeaux. Bien entendu, sauf exceptions, il s'agit ici surtout des violences verbales, menaçantes, maniant facilement l'exclusion et l'excommunication. Luc a déjà eu le temps de s'apercevoir que, dans l'Eglise, vont surgir des Savonarole, toujours prêts à déchaîner les foudres du ciel (et de l'enfer). Matthieu prendra de son côté (Matthieu 23) le temps de dénoncer ceux qui rejetaient et culpabilisaient les petits croyants dans une Eglise trop installée ; les bergers peuvent aussi s'installer et dégénérer alors en garde-chiourmes. Jésus évoque au v. 45 la possibilité (inconcevable pour les chrétiens de la première Eglise) d'un retard (on retrouve encore ici Matthieu 24/48 et 25/5) dans l'accomplissement dernier de son oeuvre. Lui qui avait sur la Croix tout accompli (Jean 19/30 // Jean 13/1), tout porté à son terme, ne devait-il pas le montrer vite ? C'est oublier, non pas tant l'Eglise que la Mission, selon laquelle l'Evangile devait être porté par des serviteurs jusqu'aux extrémités du monde, même si Luc envisage la possibilité que, lorsque le Maître viendra, certains n'auront pas eu la chance de la connaître (v. 48). Il ne semble pas possible d'y voir des responsables d'Eglise, même mal informés ou mal catéchisés (Luc parle vraiment ici de gens qui n'ont pas connu la volonté du Maître). Je pense alors qu'il s'agit de responsables politiques, dont le châtiment (la rétribution) sera faible à côté de celui qui attend les responsables d'Eglises, à qui il a été donné de vraiment connaître la volonté du Maître, et qui n'ont su ni se préparer ni préparer ceux qui leur étaient confiés, à la venue de ce Maître. Nous voici gentiment avertis. Autres textes de la même catégorie
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