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Exode 32 v 7-14 Pierre Muller
Prédication
Nous avons certainement tous eu l’occasion d’entendre des parents se disputer à propos de leur enfant ; et il y a toujours un des deux parents — si ce n’est les deux — pour lancer cette parole à la figure de l’autre : — Non, mais tu as vu ce qu’il a fait, ton fils ? Vous m’accorderez que c’est une façon peu élégante et un peu rapide de se tirer d’affaire en rejetant la responsabilité sur l’autre. Eh bien, toutes proportions gardées, c’est à une discussion du même ordre que nous assistons dans notre texte : — L'Eternel dit à Moïse : ton peuple, que tu as fait sortir du pays d'Egypte, s'est corrompu (7) ; — Moïse dit à l'Eternel : Pourquoi ta colère s'enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d'Egypte par une grande puissance et par une main forte ? (11). Ainsi, Dieu et Moïse se renvoient l’un à l’autre la propriété d’Israël. Il est vrai qu’on peut imaginer facilement combien Dieu peut être découragé par l’attitude de son peuple. En effet, celui-ci a cru qu’il serait rassuré, “sécurisé” en se faisant un dieu que l’on peut voir et toucher, comme tous les autres peuples de l’époque en avaient. Il a donc voulu décider par lui-même comment Dieu devait être. Et ceci nous invite à réfléchir à notre propre conception de Dieu : * nous condamnons facilement les faux dieux modernes (argent, travail, télé), mais ceci peut être une fuite, pour éviter de remettre en question l’idée que nous nous faisons de Dieu. * Ce que nous savons de Dieu vient-il de la Bible, ou de nos conceptions personnelles ? * Car nos idées sur Dieu ne peuvent-elles pas être aussi des idoles, dans la mesure où nous nous “fabriquons”, nous aussi, un Dieu sur mesure, à notre convenance ? Toujours est-il que le peuple d’Israël a profité de l’absence de son chef pour s’engager sur cette mauvaise voie. Autrement dit : quand le chat n’est pas là, les souris dansent ! Et, effectivement, lorsque Moïse rejoindra le camp, il trouvera tout le monde en train de danser ! Nous avons dit, tout à l’heure, que Dieu était découragé par l’attitude de son peuple. Il en est à un point tel, qu’il envisage de supprimer ce peuple, et de donner une descendance à Moïse ; il veut donc repartir de zéro et se créer un nouveau peuple, comme il l’avait fait auparavant avec Abraham. Connaissant la nature humaine et les dispositions naturelles du cœur de l’homme, on est en droit de se demander le bien-fondé d’une telle décision. En effet, déjà du temps de Noé, un nettoyage radical avait été opéré au travers du déluge ; Dieu s’était d’ailleurs engagé à ne plus recommencer. Et dans l’histoire d’Israël, le peuple a bien pris de fermes résolutions mais, à chaque fois, c’est la génération suivante qui a “flanché”, qui n’a pas persévéré dans la même voie. Et aujourd’hui, il y a des gens pour penser que l’Eglise, sous sa forme actuelle, est condamnée, qu’il faut l’aider à mourir et créer autre chose à côté. C’est un discours que j’ai personnellement entendu. La tentation est peut-être grande, en effet, mais le remède proposé n’est pas réaliste. En effet, le seul recommencement possible, c’est celui que la Bible propose et qu’elle appelle la “nouvelle naissance”. C’est un changement radical dont nous devons accepter le principe avant qu’il ne soit effectif, et dont Dieu seul peut être le vrai promoteur et les véritables fondations. Il s’agit là d’un nouveau départ, librement consenti, avec le Seigneur pour guide et pour appui. Alors, devant une telle perspective présentée par Dieu, Moïse réagit avec toute sa foi : la destruction du peuple lui semble proprement impensable ! Et ceci pour plusieurs raisons : — d’abord, parce que Dieu ne peut renier purement et simplement ce qu’il a fait pour ce peuple en le libérant de l’esclavage d’Egypte ; — ensuite parce que, ici aussi, l’honneur de Dieu est en jeu et que les païens auraient une triste opinion du Seigneur d’Israël si celui-ci exterminait son peuple ; — enfin, parce que Dieu ne peut se renier lui-même ; il doit donc tenir les promesses qu’il a faites aux patriarches : promesses d’un pays, d’une descendance nombreuse, et d’une bénédiction universelle. Telle est la première prière de Moïse, prière entendue et exaucée, puisque le Seigneur renonça à faire à son peuple le mal dont il l’avait menacé (14). -o- Dans la seconde prière de Moïse, celle qui prend place à la fin du même chapitre, le chef du peuple d’Israël s’exprime ainsi : — Ah ! ce peuple a commis un grand péché. Ils se sont fait un dieu d'or. Pardonne maintenant leur péché ! Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit (31-32). Moïse commence donc sa prière, non pas en racontant à Dieu ce qui s’est passé (c’est inutile : Dieu est au courant !), mais en avouant la faute du peuple. Par là-même, Moïse est solidaire de son peuple : il le représente tout entier et il demande pardon à Dieu de sa part. Ainsi, il est totalement du côté du peuple. Mais, paradoxalement, il est aussi totalement du côté de Dieu. En effet, lui qui n’a pas participé concrètement au péché de son peuple, il est pleinement conscient de la désobéissance et de l’offense que cela représente vis-à-vis de Dieu. C’est pourquoi, étant totalement du côté du peuple et totalement du côté de Dieu, il peut intervenir utilement comme médiateur, comme intercesseur. Il préfigure ainsi celui qui sera pleinement homme et pleinement Dieu, ce Médiateur parfait qui s’appelle Jésus-Christ, le Juste qui a pris sur lui tous les péchés de l’humanité, tel un bouc-émissaire. Ainsi, Moïse va plus loin qu’un simple médiateur qui jouerait les bons offices ; il s’implique totalement, et il va jusqu’à dire : — Ça ne m’intéresse pas d’être heureux avec toi, si je n’y suis pas avec mon peuple ! C’est dire — plus que nous ne l’avons souligné jusqu’ici — combien Moïse est solidaire de son peuple : il est prêt à renoncer au salut de Dieu pour lui-même, afin que le peuple entier soit sauvé. Ce ne sont donc pas les Polonais qui ont inventé la solidarité ; tout au plus l’ont-ils redécouverte et appliquée à leur vie. De même, l’Eglise Réformée n’a pas inventé la solidarité, même si nous disons que certaines paroisses “font” de la solidarité et que d’autres n’en font pas ; ce qui veut dire, dans notre jargon, que certaines paroisses paient plus qu’elles ne devraient normalement, et ceci pour venir en aide aux autres. Et il convient de rappeler au passage que notre secteur bénéficie, profite de cette solidarité régionale. C’est sans doute ce que nous avons à vivre également dans le cadre du DEFAP, notre outil missionnaire : les églises des différents continents doivent être solidaires. Tout cela pour souligner que Moïse a vécu très profondément cette notion de solidarité. Il veut donner sa vie à la place de celle du peuple. Il ne fait qu’un avec lui et veut être frappé comme lui. Etre solidaire, c’est former un tout, c’est ne faire qu’un. La prière de Moïse est formulée ici en “ou bien… ou bien…” : — ou bien tu pardonnes au peuple, — ou bien tu me rayes de ton registre des promis au Royaume. Cette seconde proposition de Moïse n’a pas été exaucée, n’a pas reçu de réponse favorable, tout simplement parce qu’il n’appartenait pas à Moïse de décider qui serait puni, et comment. En fait, Dieu ne peut pas rayer de son livre un innocent. Ce qui montre bien qu’en matière de salut, on ne peut pas demander n’importe quoi à Dieu. Par contre, la première demande de Moïse sera exaucée : — “Pardonne complètement en rendant à ce peuple sa dignité de peuple élu”. Mais le pardon de Dieu ne sera pas un simple coup d’éponge, comme s’il disait : “Pour cette fois, ça va, n’en parlons plus”. Non, la désobéissance avait été trop grave pour que Dieu laisse passer la chose sans rien dire. Ainsi, la justice de Dieu réclamait une punition ; et l’amour de Dieu exigeait son pardon. La contradiction n’est qu’apparente et ne se situe que dans nos esprits humains. Tout ceci me conduit à un certain nombre de réflexions sur notre propre prière : — Lorsque nous prions, nous pouvons penser à ce que Dieu a fait dans le passé ; c’est d’ailleurs un des rôles de la Bible que de nous inviter à la foi et à la prière, compte tenu de son témoignage sur l’action de Dieu dans le monde et dans la vie des hommes. — Lorsque nous prions, nous pouvons également avoir à l’esprit les promesses de Dieu et ne pas oublier que, fondamentalement, ce que Dieu veut, c’est notre bien. — Comme Moïse, nous avons à nous tenir devant Dieu pour intercéder, pour prier pour ceux qui se perdent sans lui et pour ceux qui se sont éloignés de lui ; c’est en général beaucoup plus efficace que de les montrer du doigt. — Mais une telle prière nous engage vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis des hommes. Sommes-nous prêts à payer de notre personne quand nous prions ? Je prends un exemple : il est bon de prier pour les torturés dans le monde ; mais cette prière ne risque-t-elle pas d’être un simple discours humanitaire sans engagement de notre part ? Ou alors sommes-nous prêts à entendre Dieu nous dire : “Que fais-tu pour eux ?” ? — D’autre part, jusqu’où va notre amour pour les autres ? A quelles solidarités sommes-nous prêts ? Que le Seigneur nous soit en aide pour réaliser l’importance de la prière dans notre vie de chrétiens. Qu’il nous aide à dépasser la prière pour soi pour apprendre la prière pour les autres. Amen. Autres textes de la même catégorie
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