Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Exode 32 v 7-14 Alphonse Maillot



Texte : Exode 32/7-14
Genre : Notes homilétiques
Auteur : MAILLOT Alphonse
Source : « …Des serviteurs inutiles ! » — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C (septembre-octobre-novembre). Mission intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1994 (p. 15-17).



24° dimanche ordinaire

Exode 32/7-14

(Ne pas respecter l'incompréhensible soustraction du verset 12).

On remarquera tout d'abord qu'au verset 1, on peut aussi bien traduire la demande du peuple : "Fais-nous un Dieu qui aille devant nous..." que "Fais-nous des dieux qui aillent devant nous !". Personnellement, à cause de l'unicité du "veau" d'or, je préfère la première traduction.

J'ajouterais ensuite que le texte n'est intelligible que si on lit les versets 1-6 (qui ne sont jamais donnés à lire, durant les trois années liturgiques) ; et qu'alors, si on veut prêcher sur le texte du jour, il est capital de lire (ou résumer) ces versets 1-6.

Enfin, attention à ne pas vous méprendre sur ce désir du peuple (la TOB le précise bien) : car ce n'est pas une volonté ou un désir d'avoir un (ou des) autre(s) dieu(x) que le SEIGNEUR ; c'est surtout que :

a) Israël ne sait pas vivre sans dieu(x), sans religiosité ;

b) qu'il a besoin de se représenter le Dieu qui l'a fait sortir d'Egypte ; le peuple a besoin "d'objectiver" Dieu pour mieux savoir où il est, où lui parler, où le prier, etc… Et il est aussi bien clair que ceux qui font cette demande ne sont pas des gens qui confondent l'image avec le Dieu qu'elle est censée représenter (cf. encore TOB qui a bien raison de renvoyer au Décalogue qui n'interdit pas simplement l'adoration des statues ou des images "divines", mais bel et bien la représentation du Dieu in-imaginable : le Seigneur-qui-a-délivré-son-peuple. Le Deutéronome sera encore plus explicite : chapitres 4, 5 et 6. Bien entendu, se pose ici le "problème" des images et des icônes dans l'Eglise (simplement on n'oubliera pas que l'image n'est pas du seul domaine du dessin).

On comprend mieux l'attitude d'Aaron : non seulement il est "démagogue" (ce qui n'est pas obligatoirement péjoratif), mais lui aussi a besoin de voir. Il veut bien marcher, mais au moins partiellement par la vue. D'ailleurs, il demande aux Israélites le sacrifice de ce qu'ils ont de plus précieux : leur or (pour ceux qui se demanderaient d'où vient cet or, je recommande la lecture d'Exode 12/35s, et d'en tirer une leçon) pour construire cette image-de-YHWH (cf. 32/5). Et la fête décrétée est... la fête-du-SEIGNEUR (ou : en l'honneur du Seigneur) et de nul autre dieu. On remarquera donc qu'il ne suffit pas de dire qu'on adore et fête le seul Seigneur pour qu'en fait on ne soit pas idolâtre.

Par ailleurs, ce n'est pas un veau qui est ici fondu avec l'or offert, mais un jeune taureau (lire encore les notes TOB) ; cependant ce sont les scribes qui, par dérision, en ont fait un veau : "Votre taureau n'est qu'un veau" (Ba'al était ainsi représenté sous la forme d'un taureau, et Paul, par dérision supplémentaire, en fera une "vachette" : Romains 11/4 où il y a le féminin !).

Le vrai Dieu s'oppose à cette religiosité exacerbée qui exige des dieux visibles, accessibles à nos sens, et il prend à témoin Moïse pour lui faire part de sa résolution d'abandonner Israël, et de détruire définitivement ce peuple, incapable de rester sans dieu visible ou "sensible", incapable de marcher par la foi et par la seule Parole.

Vient alors la superbe intercession de Moïse, qui se conduit en véritable médiateur entre le Seigneur et Israël. On remarquera l'articulation de sa prière, qui montre qu'il n'est pas interdit de prier de manière construite :

a) Tu (Seigneur) as commencé une œuvre de délivrance (sous-entendu : pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ?) ; la misère des hommes ne doit pas interrompre ton plan de salut (v. 11) ;

b) Que vont en dire ceux qui ne te connaissent pas (les Egyptiens) ? Que tu délivres pour mieux faire périr et que tu es un Dieu capricieux (donc inférieur aux autres dieux, égyptiens en particulier, v. 12) ;

c) Oublierais-tu ceux par qui tu t'es révélé et même défini (Exode 3/6) ? Et à qui tu as fait un serment irréversible (v. 13), selon lequel tu les multiplierais à l'infini, pour leur donner une terre (v. 13) ? Serais-tu parjure ?

C'est alors la merveilleuse conclusion : "Dieu (se dédit, se renia) renonça au mal qu'il avait décidé de faire à son peuple". On en tirera deux conséquences :

a) que l'immutabilité de Dieu, chère aux vieux chrétiens, est à revoir. C'est bien plutôt de l’immutabilité de la miséricorde divine qu'il faut parler ;

b) que la prière est parfois vraiment efficace.



"Plan" de prédication

Vous avouerez que traiter ces trois merveilleuses paraboles (plus leur terrible introduction) en un seul dimanche est une réduction très regrettable.

Bien entendu, si vous tenez à prêcher sur Luc 15, ce sera soit pour y relever les contresens habituellement commis (titres, etc…) soit pour choisir l'une des quatre directions indiquées plus haut, même si rien ne vous interdit d'en préférer une autre.

Mais, quant à moi, je me précipiterais sur Exode 32, le veau d'or appelé YHWH, la dénonciation de l'image et des esquives de ceux qui prétendent faire dans leur culte une soigneuse différence entre l'image et celui qu'elle représente. Surtout, j'insisterais sur l'intercession de Moïse pour songer à celle du Christ en notre faveur (Romains 8/34 ; Hébreux 4/14-16, 7/25-27,...).




Inscription à la newsletter

Sondage
Quelles rubriques devraient être développées prioritairement ?