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Exode 3 v 1-15 (Louis Honnay)
Texte : Exode 3/1-15
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 19.03.1995 (3° dimanche de Carême). Vous le voyez, les évangiles sont très proches de nous. Des gens racontent à Jésus comment le gouverneur romain Pilate a fait tuer par ses soldats des Juifs qui venaient offrir leurs sacrifices au Temple de Jérusalem. Jésus répond par ce que les journalistes appelleraient un fait divers. Une tour s'effondre et tue dix-huit personnes. Aujourd'hui, nous penserions aux morts du tremblement de terre du mois de janvier au Japon ou aux personnes disparues pendant les inondations en France. Sans parler des victimes toujours trop nombreuses des accidents de la route. Ces catastrophes ne sont pas toujours évitables. On ne peut pas empêcher un tremblement de terre. Un bâtiment qui tombe, c'est imprévu. Encore qu'il serait peut-être resté debout, si on l'avait entretenu. D'autres désastres sont dus à la violence des hommes. Les guerres, les meurtres ne sont pas le fait du hasard, mais le résultat de la volonté mauvaise des individus ou des gouvernements. De toute façon, la question se pose : et Dieu là-dedans ? Quelle est sa réponse ? Que dit-il de ces massacres, de ces accidents, de ces tortures ? Qu'est-ce qu'il en dit pour nous ? et pour les victimes ? -o- Il y a des réponses. Nous découvrons l'une de ces réponses dans le chapitre trois de l'Exode, sur lequel nous nous arrêterons particulièrement maintenant. Rappelons-nous d'abord la situation. Nous la connaissons déjà. Les Hébreux sont venus en Egypte du temps de Jacob, parce que la nourriture manquait en Israël. Ils se sont multipliés. Ils sont devenus tellement nombreux que les Egyptiens décident de les condamner aux travaux forcés avant de les supprimer. Déjà, on tue les garçons à la naissance, pour empêcher la population des Hébreux de s'étendre davantage. C'est déjà le génocide. Hitler ne fera que reprendre ce programme du pharaon, le roi d'Egypte. Mais Dieu ne laisse pas faire. Il réagit. Notre récit montre quelle est sa réponse. Il nous est dit que Dieu voit la misère de son peuple. Dieu n'est pas aveugle. Il regarde ce qui se passe sur la terre, il perçoit les malheurs des hommes, il sait tout ce qu'ils doivent subir. Le récit nous dit aussi que Dieu entend les cris que la sauvagerie des Egyptiens fait pousser aux ouvriers hébreux et aux mères qui voient leurs enfants tués. Un célèbre commentateur juif explique cela en faisant dire à Dieu : "J'ai mis mon cœur à comprendre et à connaître les souffrances de mon peuple. Je ne me suis pas caché les yeux. Je ne me suis pas bouché les oreilles pour ne pas entendre leurs cris". Le récit nous dit encore que Dieu connaît les souffrances des Hébreux. Il faut prendre ce verbe connaître dans son sens fort, dans son sens biblique. Dieu fait l'expérience de nos souffrances, il les ressent comme si c'était les siennes. Il compatit, c'est-à-dire qu'il souffre-avec, comme si c'était à lui qu'on fait mal. Ces quelques versets nous permettent de rectifier une fausse image de Dieu qu'on se fait souvent et que nous nous faisons peut-être aussi. Non, le Seigneur n'est pas indifférent à ce qui se passe sur la terre. Non, Dieu ne provoque pas les guerres et les catastrophes. Non, il ne laisse pas faire le mal. Il reste proche de nous, proche de tous ceux qui subissent le mal, proche de toutes les victimes. Non pas pour les enfoncer davantage, mais pour les arracher au mal. -o- Le récit de l'Exode nous dit, en effet, que le Seigneur a un plan pour sauver les Hébreux de l'enfer égyptien, de ce qu'on appellera plus tard une fournaise de fer et de feu. Il nous est dit, en effet, que Dieu descend pour être au même niveau que les gens qui souffrent. Il ne reste pas là-haut, tout seul dans un ciel inaccessible et lointain. Il descend, il vient nous rejoindre, il vient partager la misère des Hébreux, il partage notre misère et nos douleurs. Il se rend présent à notre sort. Il n'est pas là seulement pour accompagner les gens de son peuple. Il descend pour les délivrer, pour les sauver de la servitude, il descend pour empêcher que se réalise le projet de mort du pharaon. Dieu vient les enlever à leurs tortionnaires. Il vient libérer les Hébreux. Il va les faire sortir du pays de la violence et de la haine. Il va les conduire dans un pays où ils seront enfin libres, où ils pourront avoir leur propre vie et leur propre histoire, où ils seront enfin chez eux. Bien sûr, des gens habitent déjà dans ce pays-là ; notre récit énumère six populations différentes qui sont là. Mais la densité de la population n'est pas élevée, il y a de la place pour un peuple supplémentaire, pourvu simplement que les habitants ne viennent pas ennuyer les nouveaux arrivants. Ce qui, d'ailleurs, se produira quelquefois. Mais cette histoire est aussi un récit de vocation. Le premier personnage qui apparaît, c'est Moïse. Moïse, l'Hébreu qui s'est enfui d'Egypte, passe par là en conduisant le troupeau de son beau-père au pâturage et se trouve tout à coup devant un buisson qui semble brûler sans se consumer. Spectacle étrange ! Moïse se détourne, pour voir de près ce curieux phénomène. C'est alors que le Seigneur lui parle et qu'il lui apprend son projet de libérer les Hébreux. Et là, Moïse reçoit sa vocation et sa mission. C'est à lui que Dieu demande de faire sortir son peuple d'Egypte. Il devra se présenter au pharaon, le roi d'Egypte, pour lui demander de laisser partir les Hébreux. Oui, ces Hébreux qui lui servent d'ouvriers pour construire les bâtiments d'une ville neuve. Le pharaon devra se priver de cette main-d'œuvre promise à la mort. Moïse devra contribuer à réaliser le plan de Dieu et à faire échouer celui du pharaon. Ce ne sera pas une tâche facile. Le pharaon est une sorte de dictateur, on l'adore comme un dieu vivant, on lui obéit aveuglément. Ce sera dur de le faire céder. On comprend que Moïse hésite. Pour qu'il accepte sa mission, il faudra que Dieu lui dise : "Je serai avec toi". Alors il consentira à ce que Dieu l'envoie. Le Seigneur ne travaille pas tout seul. Oh, il lui arrive bien d'agir sans nous, sans nous demander ni notre avis ni notre collaboration ! Mais, parfois aussi, il emploie des hommes pour réaliser ses projets. Son projet de libérer les Hébreux se réalisera par l'intermédiaire de Moïse, nous pourrions dire : par son ministère. Moïse sera son instrument. Bien sûr, il aurait pu agir tout seul. Mais il juge bon d'employer quelqu'un. Il peut aussi nous employer pour ses projets de vie et de sauvetage. Moïse n'est pas son seul instrument. Par la suite, il y en aura beaucoup d'autres dans des situations différentes, mais toujours des situations périlleuses, où des vies humaines sont menacées, où il faut que quelqu'un devienne ouvrier avec Dieu pour sauver des gens frappés par le mal, que ce soit le fait des hommes ou le fait des conditions qu'on appelle naturelles. Devant le mal, notre position peut être la même que celle de Moïse. Nous avons d'abord à écouter ce que le Seigneur nous dit, ce qu'il dit à propos des malheurs qui frappent les hommes. Ce qui nous amènera peut-être à réviser nos positions et nos idées toutes faites, pour comprendre que Dieu ne tolère pas le mal, mais qu'il veut le stopper, le déraciner. Nous apprendrons à ne pas rester indifférents devant le malheur des autres, mais à être compatissants comme Dieu est compatissant. Nous apprendrons à ne plus être pessimistes, à ne plus dire que c'est la destinée ou la fatalité. Il n'y a pas de destin, il n'y a pas de fatalité. Si Moïse avait cru à la fatalité, il n'aurait pas accepté le plan de Dieu de sauver les Hébreux. Il n'y aurait pas cru. Et il aurait laissé ses frères disparaître, assassinés par la police égyptienne. C'est nous qui inventons la fatalité, c'est nous qui mettons la fatalité à la place de Dieu, c'est nous qui faisons de la fatalité un nouveau dieu, une nouvelle idole. Alors que justement toute la Révélation, toute la Bible, nous annonce que le fatum, la divinité aveugle des anciens latins ne tient pas devant la toute-puissance de Dieu et devant sa volonté de sauver les hommes du destin qui les condamne. Evoquer le destin, la fatalité, c'est une façon de tirer son épingle du jeu, une façon de ne pas vouloir s'engager. Moïse aurait pu refuser. Il aurait pu refuser d'entrer dans le plan de Dieu. Les Hébreux auraient tous été massacrés. On n'aurait jamais parlé de leurs descendants, les Juifs. Certains, aujourd'hui, s'en réjouiraient. Mais il n'y aurait eu personne pour recevoir et transmettre la révélation du Seigneur et nous serions dans l'ignorance de la vérité sur nous et sur Dieu. Mais Moïse a consenti à collaborer avec Dieu, malgré les difficultés de la tâche. Il a travaillé pour l'avenir, pour notre avenir. Devant le mal qui atteint les hommes, le mal sous des formes si diverses, nous devons parfois nous sentir, dans un certain sens, les successeurs de Moïse. Nous devons, quand la possibilité nous en est donnée, faire barrage au mal, essayer de le faire reculer, pour libérer des gens et les aider à reprendre la vie libre que Dieu veut pour eux. Devant le mal, nous posons la question : "Que fait Dieu ? Pourquoi laisse-t-il faire?". Mais Dieu pourrait nous retourner la question : "Et toi, que fais-tu ? Qu'est-ce que tu attends pour te mettre de mon côté, pour combattre le mal et libérer avec moi mes enfants ?". -o- Grâce à Moïse, les Hébreux sont sortis d'Egypte. Ils ont échappé à l'extermination. Ils ont pris le chemin de qu'on appellera le pays d'Israël. Mais avant d'y parvenir, pendant le séjour dans le désert, plusieurs tentations les ont assaillis et les ont fait parfois douter de Dieu. C'est ce que l'apôtre Paul rappelle dans un chapitre de sa première lettre aux chrétiens de Corinthe. Tentation d'oublier la volonté de Dieu, tentation d'idolâtrie, de critiquer le Seigneur, de l'éprouver par des récriminations continuelles. Et nous, quelles sont nos tentations ? Peut-être la tentation d'indifférence devant la peine des autres. Ou la tentation de l'inertie sous le prétexte que c'est trop compliqué d'intervenir. Ou tentation de la paresse et de l'égoïsme. Ces tentations sont peut-être là pour exercer notre fidélité. Moïse a su vaincre la tentation de penser que sa mission était trop lourde pour lui. Que le Seigneur nous aide à surmonter les nôtres ! Amen ! 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