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Exode 3 v 1-15 (Flemming Fleinert-Jensen)
Texte : Exode 3/1-15
Genre : Prédication Auteur : Flemming FLEINERT-JENSEN Source : Prédication du 24.11.2002, à Versailles (Centre Huit), trouvée sur le site de l’Eglise réformée de Versailles. Un des livres les plus célèbres de la Grèce antique, attribué à Homère, s’intitule l’Odyssée. Ce récit d’un voyage fabuleux raconte comment le héros, Ulysse, doit surmonter obstacle après obstacle avant de pouvoir rentrer chez lui à la suite de la guerre de Troie. A un moment donné, Ulysse arrive avec douze de ses compagnons sur une île habitée par des géants monstrueux, les cyclopes, qui se distinguent notamment par le fait de n’avoir qu’un seul œil au milieu du front (9° chant). Après s’être installés dans une caverne qui appartient au cyclope Polyfème, Ulysse et ses amis attendent le retour du propriétaire. Or, celui-ci ne se montre pas particulièrement hospitalier. Après s’être occupé de son troupeau, il prend deux hommes, les écrase par terre — je vous fais grâce des détails — et les mange sans rien laisser. Le matin et le soir du lendemain, il agit de même. Ensuite, il demande à Ulysse comment il s’appelle, et Ulysse lui répond : « Personne ». C’est alors qu’Ulysse continue d’avoir recours à sa ruse. Il offre un vin merveilleux au cyclope qui s’enivre et tombe dans un profond sommeil. Avec quatre de ses compagnons, Ulysse prend alors un énorme bâton pointu et l’enfonce dans l’œil de Polyfème. Hurlant de douleur, celui-ci appelle les autres cyclopes au secours. Ils arrivent et, du dehors, parce que l’entrée de la caverne est bloquée par une très grosse pierre, ils lui demandent ce qui se passe. Et le cyclope leur répond : « Personne, ô mes amis, me tue par la ruse ». Ils ne comprennent rien et retournent chez eux. Ensuite, Ulysse et les six amis qui restent réussissent à sortir sains et saufs, mais c’est une autre histoire. Pourquoi raconter cette histoire qui n’a rien à voir avec l’univers de la Bible ? Parce qu’elle montre l’importance du nom. Chacun d’entre nous porte un nom. Aucun d’entre nous n’est anonyme. Grâce à notre nom, nous sommes tous des personnes identifiables. Aucun de nous ne s’appelle « Personne ». Ce serait affreux. Cela est vrai sur le plan civil, mais aussi sur le plan chrétien. Pour Dieu, aucun de nous n’est anonyme et ceux qui sont baptisés ont même, à côté de leur nom civil, reçu le nom du chrétien. Aux yeux de Dieu, aucun n’est « personne », chacun est toujours quelqu’un. Or, dans notre société occidentale, Dieu est souvent ressenti comme n’étant « personne ». C’est-à-dire Dieu ne correspond à rien. Tout au plus à une projection imaginaire de nos désirs, à une illusion inventée pour pallier nos manques. Toute religion est une espèce d’idolâtrie. Sans vouloir pousser la comparaison trop loin, on peut dire que Moïse était un peu dans la même situation que nous. Il avait connu les dieux de l’Egypte, toutes les statues des idoles sculptées dans la pierre. Comment distinguer le Dieu des Hébreux des autres dieux ? L’appel qu’il avait reçu correspondait-il vraiment à la réalité ? N’était-il pas plutôt l’écho de sa propre voix, de sa propre ambition ? Comment vérifier l’authenticité de cet appel au milieu du désert immense ? On comprend que Moïse a pu se sentir abandonné, saisi d’un épouvantable doute. Et pourtant, une chose étrange lui était arrivée. A un moment donné, lorsqu’il faisait paître le troupeau de son beau-père, il avait vu de loin un buisson qui brûlait sans être dévoré par les flammes. Il s’était approché et, tout à coup, il avait entendu une voix venant du milieu du feu qui l’appelait par son nom : « Moïse, Moïse », et il avait répondu comme autrefois Abraham avait répondu : « Me voici ! ». Et le dialogue avait continué : « Je suis le Dieu de ton père, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob », qui a vu la misère de son peuple en Egypte et qui a entendu ses cris de douleurs. « Je vous délivrerai des mains de vos oppresseurs et vous conduirai vers un pays ruisselant de lait et de miel. Je t’envoie vers le Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple ». A ces paroles, Moïse répondit : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d’Egypte les fils d’Israël ? ». Comment convaincre mes compatriotes ? S’ils me demandent : « Qui t’a envoyé, quel est son nom ? », que leur dirai-je ? Et la voix lui donna cette réponse énigmatique : « JE SUIS QUI JE SERAI ». Ce matin, ce n’est pas le moment de se lancer dans de grandes explications sur d’autres traductions possibles du texte hébreu et sur leurs significations. Il suffit de dire que la même racine du verbe être se trouve dans Yahvé, ce nom de Dieu que nous traduisons par le Seigneur ou l’Eternel et que les Juifs ne prononcent jamais. Ce qui me paraît plus important, c’est que ce nom de Dieu est composé de verbes. Un verbe est plus dynamique qu’un substantif. Dieu ne se révèle pas comme une notion qu’on peut définir, comme un être suprême que la raison doit reconnaître et adorer. Dieu se révèle comme une force qui agit dans l’histoire, qui accompagne l’homme là où il se trouve, qui le rencontre sous forme d’une parole ou d’une promesse, qui veut le délivrer de ses servitudes. C’est pourquoi le dernier verbe est au futur : JE SUIS QUI JE SERAI. Quoi qu’il t’arrive, je serai avec toi. C’est ce Dieu qui s’est manifesté à Moïse de façon complètement inattendue. Aucun d’entre nous n’est Moïse, mais ce qui lui arriva peut aussi nous arriver dans d’autres circonstances. En effet, Dieu adresse encore son appel, à toi comme à moi, mais toujours de façon inattendue. Un appel renouvelé qui n’est pas toujours entendu. Mais, une ou plusieurs fois dans ta vie, tu peux soudainement te sentir touché par une parole qui change ton regard et la direction de ta vie. Une parole qui fait te brûler le cœur au milieu de ton désert intérieur. Une parole qui ne détruit pas ton humanité, mais qui l’agrandit. Alors s’ouvre au fond de toi non pas l’abîme du néant, mais l’abîme d’un amour libérateur, la certitude d’une présence inaltérable. Le buisson ardent est le symbole magnifique de cette pulsation de l’amour qui donne un sens renouvelé à ton existence. Dieu t’envahit de sa lumière, un souffle brûlant te traverse et atteint le fond de ton cœur. Tu te sens relié à Dieu, parce que Dieu s’est lié à toi. Ce sentiment a porté Israël à travers son histoire tourmentée, avec ses hauts et ses bas, ses déchirures et ses réconciliations. Mais à partir d’Israël, ce même sentiment s’est répandu ailleurs et, pour le chrétien, il a trouvé sa confirmation finale avec ce Christ, dont nous portons le nom. Pour nous, le Christ est devenu l’expression concentrée d’une fidélité plus grande que nos infidélités, la caution suprême de l’amour de Dieu qui ne se réduit pas à une notion théologiquement correcte, mais qui traduit une réalité qui se donne et qui porte ses fruits dans nos vies. Moïse fit un détour pour s’approcher du buisson ardent. De même, Dieu nous rencontre au détour de nos vies quotidiennes, nous surprend à travers une parole, un événement, une rencontre. Le tout est d’y prêter attention. Sinon, il n’y a « personne ». |
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