|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Exode 17/1-7 ; Jean 4/1-15 & 20-26 Flemming FLEINERT-JENSEN
Textes : Exode 17/1-7 ; Jean 4/1-15 & 20-26
Genre : Prédication Auteur : Flemming FLEINERT-JENSEN Source : Prédication à Versailles (78), Eglise réformée de Versailles et Yvelines-Sud. Quand Théodore Monod, protestant bien connu et « savant tous terrains », faisait ses méharées dans le Sahara, il pouvait y avoir jusqu’à 900 km entre les points d’eau. Ceux qui ont vraiment fait l’expérience du désert savent que c’est l’eau qui fait la différence entre la vie et la mort. A la rigueur on peut se passer de dattes et de riz, mais pas de liquide — aussi parce que l’eau représente environ 85 % de notre poids (l’écart entre un humain et une méduse n’est donc pas très grand – au moins à cet égard !). Etant donné l’importance de l’eau, on aurait donc aussi bien pu dire, en lieu et place du pain quotidien : « Donne-nous aujourd’hui notre eau de ce jour ». On ne le dit pas, mais il n’en reste pas moins que le pain et l’eau sont les éléments de base qui nous font vivre. Rien d’étonnant que l’eau et le pain soient entourés d’une riche symbolique qui se traduit dans beaucoup d’expressions quotidiennes : apporter de l’eau à son moulin, avoir du pain sur la planche, et j’en passe. Et dans l’Eglise, c’est le baptême et la cène qui, à la suite de la Bible, utilisent la force suggestive de ces deux éléments. Un exemple de cet usage se trouve dans le récit de l’Exode que nous venons d’entendre. Sous le soleil écrasant du désert, les Israélites souffrent de la soif, à tel point qu’ils reprochent violemment à Moïse de les avoir fait sortir d’Egypte. Est-ce que le Seigneur peut être au milieu d’eux, s’ils sont en train de mourir de soif ? Ensuite, il y a l’histoire du bâton avec lequel Moïse frappe le rocher d’où sortira suffisamment d’eau pour que tout le peuple puisse boire. Ce récit existe en deux versions (le second se trouve dans le livre des Nombres, au chapitre 20) qui situent l’événement à deux endroits différents, ce qui explique que les rabbins pensaient que ce rocher s’était déplacé avec les Israélites pendant leur marche dans le désert, comme une image de Dieu, souvent appelé « mon rocher » dans les Psaumes, accompagnant son peuple. Saint Paul, pharisien de formation, connaissait cette tradition, car, en pensant à la cène, il écrit aux Corinthiens que, dans le désert, les Israélites « mangèrent la même nourriture spirituelle (allusion à la manne) et tous burent le même breuvage spirituel ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait : ce rocher, c’était le Christ » (1 Corinthiens 10/3-4). Voilà ce qu’on appelle une interprétation allégorique : un élément d’un texte est pris dans un sens figuré (le rocher = le Christ) qui, en l’espèce, sert aussi d’exemple ou de prototype pour les générations à venir (c’est pourquoi on peut, ici aussi, parler d’une interprétation typologique, selon laquelle un événement du passé est considéré comme une préfiguration de quelque chose qui arrivera plus tard). Je cite cet exemple pour son intérêt historique et biblique, bien qu’il soit tout à fait étrange pour notre manière de lire et de comprendre un texte. Dans le Nouveau Testament, l’interprétation symbolique est particulièrement visible dans l’évangile selon Jean. C’est là, par exemple, que Jésus parle de lui-même comme le pain de vie descendu du ciel — allusion à la fois à la manne du désert et à la cène — et c’est là, et seulement là, que nous trouvons le récit de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine au bord du puits de Jacob près de Samarie, aujourd’hui en Cisjordanie — récit plein de quiproquos autour du thème de l’eau. En allant au puits, il s’agissait pour cette femme anonyme de satisfaire un besoin. Comme tout le monde, elle avait besoin d’eau pour survivre, comme on a besoin de manger ou de dormir. Ce sont des exigences cycliques liées au rythme de notre corps. Pour Jésus, l’eau prend une signification plus profonde. Elle est le moyen d’assouvir un désir qui pointe au delà de la satisfaction immédiate d’un besoin. Désir que le Psaume 42, dont nous venons de chanter quelques strophes, exprime ainsi : « Comme un cerf altéré brame, pourchassant le frais des eaux, ô Seigneur, ainsi mon âme soupire après tes ruisseaux. Elle a soif du Dieu vivant et s’écrie en le cherchant : O mon Dieu, quand donc sera-ce que mes yeux verront ta face ? ». Ce désir ne sera pas assouvi par l’eau du puits, par l’eau venant de la nappe phréatique, mais par l’eau vive, par l’eau intarissable venant du ciel. Ou, comme Jésus le dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle ». En parlant ainsi, Jésus évoque indirectement certains passages du Premier Testament, par exemple Jérémie 2/13 : « Ils m’abandonnent, moi, la source d’eau vive, pour se creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ». En effet, pour une oreille juive, l’eau qui jaillit de la source, cet éternel recommencement, fait penser à Dieu. Pour l’évangéliste Jean, l’eau renvoie plus précisément à l’Esprit de Dieu. Il n’est pas le premier à faire ce rapprochement et ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’on dit aussi bien que l’eau est répandue que l’Esprit est répandu. L’eau est liée à la vie, à la fécondité. Avant de naître, nous sommes immergés dans l’eau et, sans l’eau du ciel, la terre ne portera pas de fruit. De même, l’Esprit représente la vie. Les morts n’ont plus de souffle, ils ne respirent plus, et l’Ecriture sainte reste lettre morte, si elle n’est pas vivifiée par l’Esprit. Bien d’autres exemples de la même idée mériteraient d’être mentionnés, mais, dans notre texte, tout cela conduit, en point d’orgue, à cette affirmation monumentale : « Dieu est Esprit ». Dieu est Esprit ! Ce n’est pas une définition de Dieu, car Dieu ne se laisse ni définir par notre pensée, ni délimiter par notre langage. Toute tentative d’identifier Dieu avec un mot de notre monde se solde par un échec. Est-ce voulu ou non, mais là où nous traduisons par « Dieu est Esprit », le texte grec dit seulement « Esprit Dieu », c’est-à-dire qu’il n’utilise pas le verbe être. C’est comme si la catégorie de l’être ne peut être appliquée à Dieu, comme si l’on ne peut dire que Dieu est ceci ou cela — de peur de confondre Dieu avec quelque chose qui appartient au monde créé. Pour exprimer que Dieu dépasse tout ce qui est, il est peut-être un peu osé mais toutefois possible de dire que Dieu n’est pas, que la réalité insondable de Dieu se trouve au delà de l’être et même, comme le disent certains spirituels orthodoxes, au delà de Dieu. C’est d’ailleurs la même ascèse verbale qui, dans le judaïsme, à partir des derniers siècles avant notre ère, a fait que le nom de YHWH, qui semble à peu près vouloir dire « Je suis qui je suis », fut considéré comme si saint et si élevé que le commun des mortels ne saurait l’énoncer. Dire que Dieu n’est pas, ou même que Dieu n’existe pas — étant entendu que les verbes être et exister ne s’appliquent qu’à ce qui est créé et non au Créateur — entraîne aussi comme conséquence que Dieu dépasse le temps et l’espace. C’est pourquoi Dieu est appelé éternel — et c’est pourquoi aussi Jésus dit à la Samaritaine que l’heure viendra où « ce n’est ni sur cette montagne (Mont Garizim) ni à Jérusalem que vous adorerez le Père ». Dorénavant, le culte offert à Dieu ne sera réservé à aucun endroit précis, à aucun espace sacré, à aucun temps spécial. L’essentiel, c’est que votre relation à Dieu soit vécue en Esprit et en vérité. En vérité : que vous reconnaissiez que Dieu attire tout homme, qu’il le sache ou non, que votre désir d’aller plus loin que la satisfaction de vos besoins immédiats est finalement un désir de vivre en communion avec Dieu et de boire de cette source intarissable. En Esprit : que vous reconnaissiez que personne ne peut retenir Dieu, que la présence de Dieu est comme le vent : il souffle où il veut, on entend sa voix sans savoir ni d’où il vient ni où il va. Dieu nous échappe, mais nous n’échappons pas à Dieu. Par sa Parole et par son Esprit, Dieu s’approche de nous, nous traverse, nous dépasse, et puis recommence — dans un rythme de vie qui permet à Paul de dire à ses Corinthiens : « Vous êtes le temple de Dieu ». Des temples vivants dans lesquels le nom de Dieu est évoqué, dans lesquels votre respiration est en unisson avec celle de Dieu. Dieu est-il au milieu de nous, oui ou non ? — Pour les Israélites, l’eau du rocher confirma la présence de Dieu, car cette eau leur sauva la vie. Pour nous, les signes sont différents, mais chaque fois que la parole du Christ nous remplit et nous fait vivre, c’est non pas une preuve, mais une confirmation de la présence insaisissable de ce Dieu qui n’existe pas comme les choses de ce monde existent, mais qui, néanmoins, comme il est écrit dans le Coran, est « plus proche de moi que la veine de mon cou ». Autres textes de la même catégorie
|
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Jean 04 v 1-42 Michel Bertrand