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Exode 16 v 2-7, 13-15, 31-35 (Jean-daniel Wohlfahrt)
06/08/00
Si je vous demandais quelle est la grande peur des prisonniers au moment de leur libération et dans les jours qui suivent vous me direz certainement la peur du gendarme. Hé bien la peur du prisonnier libéré c'est celle de ne plus savoir se prendre en charge, s'assumer. Pendant sa captivité c'était lever, petit déjeuner, repas à telle heure, ballade dans la cour à telle heure, sport à telle autre heure, douche, enfermement, ouverture des portes. Tout à heure fixe! Quand enfin il est libéré, il doit assurer lui-même, trouver à se loger, faire sa cuisine, entretenir ses affai-res, prendre des décisions. Moi ça ne m'étonne pas du tout que nombre d'entre ceux reviennent souvent bien vite, car comme me le confiait ce prisonnier, en fin de compte on finit par s'habituer, par avoir peur de la liberté, par en perdre le goût. Nous avons joué dimanche dernier au petit jeu du qui es-tu toi dans cette histoire? Appliqué à notre texte du livre de l'exode, je dois dire que je me reconnais assez bien dans ce peuple qui crie vers Dieu parce qu'il ne peut plus assumer sa liberté et les charges qu'elle lui impose D'abord il supplie Dieu de le délivrer de la férule égyptienne. Une fois libéré, l'ennemi défait, noyé dans la mer, une fois passé le temps de la grande fête rythmée par le tambourin de Myriam. Il se retrouve confronté à la réalité du désert et en vien-dra à regretter et à accuser. Le Dieu qui a séparé en deux la mer, il le rejettera en découvrant que l'eau de Mara est amère. Le Dieu qui l'a gardé pendant déjà un mois et 15 jours, il l'accusera à la première faim. Ah, ce regard en arrière, il eût pu rappeler bien des bénédictions, par exemple la présence chaque jour et chaque nuit répétée du Dieu de leurs pères. Mais ventre affamé n'a point d'oreille. Oubliés les travaux forcés, le fouet, les mau-vais traitements; oublié le massacre des enfants. Ma liberté pour une marmite de viande et un quignon de pain! Alors là, j'ai envie de dire chapeau. Chapeau à Dieu qui ne les envoie pas pleurer ailleurs. Dieu écoute leurs cris et leurs réclamations. Il va faire pleuvoir du pain. Pleuvoir? enfin pas tout à fait. Du pain? Enfin pas tout à fait non plus mais va apparaître quelque chose qu'ils n'avaient jamais vu: Man hou disent-ils l'un après l'autre, en hébreu cela signifie qu'est-ce que c'est. Et cela continuera à s'appeler ainsi: Mann hou, ce qui a donné en français: manne. Et cette manne continue à apparaître à la surface du sol, sur les troncs et les branches d'arbres. Les bontés de l'Eternel dit Jérémie, c'est qu'elles ne sont point finies. Chaque année le Sinaï produit quelque 3 tonnes de manne. Encore de nos jours. Mademoiselle Letz me disait qu'elle en vendait autrefois en pharmacie. La manne avait même une vertu thérapeutique. Mais plutôt que de m'attarder sur les vertus de la manne j'aimerai vous proposer de mettre ce texte en parallèle avec celui de la semaine dernière, le récit de la multiplication des pains. Différences et ressemblances, il y a les deux. Un travail d'étude biblique comparant ces deux textes pour-rait être intéressant. La grande ressemblance est dans l'attitude de Dieu qui se révèle comme tel aussi dans ces moments là. Que de fois n'avons-nous pas lu ou entendu ou cru que Dieu a d'autres soucis, que de fois ne nous a-t-on pas dit: ta demande n'est pas assez importante pour Dieu, ne le mobilise pas alors qu'il y a des nécessités tellement plus grandes. Pourtant, comme nous l'avons largement relevé la semaine dernière, il n'est aucun souci trop humain pour que Dieu ou Jésus Christ ne l'écoute. Il est une constante pour l'homme qui traverse les temps et les lieux: il n'a que trop tendance à placer son Dieu bien haut, si haut souvent que pour s'adresser à lui il lui faut des intermédiaires, placés de préférence hiérarchiquement comme sur une échelle. Un Dieu si haut placé a du mal a descendre vers nous aussi parce que nous ne lui concédons qu'un domaine bien restreint dans nos vies. Et pourtant notre Dieu aide. Même dans les choses de tous les jours. Dieu assure la vie même matérielle à celui qui marche avec lui. Nous le savons, même si souvent le peuple rechigne et réclame, s'il oublie et revient, Dieu est toujours là. Ressemblance aussi dans ce souci si humain pour l'immédiat qui fait oublier l'enjeu à longue échéance: l'immédiat c'est la nourriture, c'est le vêtement, ce sont mes loisirs, mon repos etc., la longue échéance c'est mon salut, l'enjeu c'est la Vie éternelle, la réconciliation, la paix avec Dieu. Et Dieu donnera vous l'avez entendu à la fin de notre texte, la nourriture pendant 40 ans, jusqu'à ce que le peuple arrive en vue de Canaan, du pays coulant de lait et de miel, anticipation du royaume de Dieu vers lequel nous sommes en marche. Et même quand le peuple rejettera Jésus, le pain de la vie, Dieu sera encore là pour offrir le pardon et la vie éternelle à l'homme qui se repent et revient vers lui. Non, Dieu n'est pas loin. il n'est pas indifférent à notre souci et notre angoisse pour le lendemain: "il me donne chaque jour, libéralement le manger et le boire, dit Luther dans son explication des la Confession de foi. Dieu aide celui qui lui fait confiance, celui qui a quitté la sécurité aliénante de la domination du mal! Dieu aide le peuple qui a quitté la sécurité de la déportation. Celui qui construit sur Dieu fait l'expérience de sa bonté et cela malgré des murmures. "Vous saurez que je suis l'Eternel votre Dieu". Dieu donne et c'est la fête. On imagine la chasse aux cailles dans le camp, les appels, la fête. Dieu donne, la fête commence. Dieu donne, c'est Noël, c'est Pâques, c'est Pentecôte, c'est dimanche tout simplement. Notre prière même non exprimée est exaucée, c'est la fête, c'est la louange, la gloire de Dieu qui éclate. Et nous savons qu'il est l'Eternel, notre Dieu. Man hou, qu'est ce que c'est? chaque jour il devra récolter cette sève sur les arbustes du Sinaï. Chaque jour il refera l'expérience des dons de Dieu. Chaque matin se mettre en quête et se rendre compte que sans la grâce de Dieu il n'est pas de vie, de survie possible. Chaque matin le peuple découvrira la manne! Chaque soir il s'endormira heureux et inquiet. Oui, c'est chaque jour que nous sommes appelés à faire la découverte des l'amour de Dieu. Ne pensez-vous pas que la vraie foi du vrai chrétien est celle qui se nourrit chaque jour des dons de Dieu, qui chaque jour lit la parole et la médite, qui chaque jour s'incline au pied de la croix pour y déposer son fardeau de doutes et de fautes. On peut faire aussi peu réserve de foi que les hébreux n'ont pu faire réserve de manne. Au lendemain nous dit l'auteur du livre de l'Exode, au lendemain la manne ramassée en surplus dans la peur d'en manquer, était devenue insipide et immangeable. Insipide comme la foi quand la tradition et l'habitude prennent la place de la confiance et de la spontanéi-té. Le peuple aurait bien fait des réserves! Dieu ne le permet pas. L'homme doit recevoir dans la confiance. Si le judaïsme parle toujours de Dieu comme du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est bien pour ne jamais oublier les hauts faits de Dieu, qui parce qu'il a fait jadis refera. Ne pas faire de réserve, Ce que Dieu donne doit servir. Servir à la nourriture, au salut de l'homme et non à sa satisfaction de possédant. Cela doit surtout l'accompagner tout au long de sa vie et l'aider à parvenir au but que son créateur lui a fixé. 40 ans dans le désert autant de jours où le peuple a pu ramasser la manne, s'en nourrir comme d'un viatique, en vivre. Au bout de la marche, Canaan, la vie éternelle, la paix avec Dieu, la vie avec Dieu. N'est ce pas notre attente, notre but également? Pour nous soutenir à travers les épreuves et les diffi-cultés de la vie, pour nous donner la force et le courage le Christ nous dit: prenez et mangez, ceci est mon corps, prenez et buvez, ceci est mon sang. Amen Autres textes de la même catégorie
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