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Exode 16 & 17/1-7 ; 1 Corinthiens 10/1-4 Frédéric Trautmann



Textes : Exode 16 & 17/1-7 ; 1 Corinthiens 10/1-4
Genre : Prédication
Auteur : Frédéric TRAUTMANN
Source : Aumônerie du synode ERF Sud-Ouest, Périgueux



Une bonne partie de la réflexion de notre Synode porte sur les sacrements et les signes. A ma connaissance, il y a un seul texte biblique qui associe dans une même phrase nos deux sacrements du baptême et de la Sainte Cène, c'est 1 Corinthiens 10/1-4.

Dans ce passage, Paul situe clairement l'origine et les fondements de nos sacrements dans l'Ancien Testament et dans l'histoire d'Israël. Il m'a paru intéressant, à l'ouverture de notre Synode et avant de débattre de l'actualité des sacrements comme signes de l'amour et du projet de Dieu pour le monde, de remonter un peu à cette origine et de retrouver un peu ces fondements. Ne serait-ce que pour se rappeler que les sacrements ne sont pas une invention ni un gadget de Jésus, mais s'inscrivent dans l'histoire du salut, donc dans notre histoire personnelle et collective. C'est pourquoi les sacrements sont des actes et des événements qui nous parlent aujourd'hui encore et autrement que par des mots.

Alors voyons quels sont les traits marquants des événements fondateurs de nos deux sacrements, qui sont — Paul le rappelle — le passage de la Mer Rouge pour le baptême, la manne et l'eau du rocher d'Horeb pour la Sainte Cène.

A. Qu'est-ce qui est parlant, pour notre compréhension du baptême, dans le passage de la Mer Rouge ? (Exode 14/15-31)

1. C'est un commencement de quelque chose, le début d'une histoire et, comme tel, c'est un événement unique. De la même manière, on peut dire que le baptême est une entrée dans la vie chrétienne et, comme tel, c'est un événement unique. Par conséquent, pour moi, un re-baptême n'aurait pas de sens, quelles qu'en seraient les raisons.

2. C'est un passage, de l'esclavage à la liberté, de la mort à la vie. De la même manière, le baptême signifie que la mort n'est pas une fatalité, que l'être humain n'est pas livré à un déterminisme absolu forcément destructeur, mais qu'un renouvellement, un recommencement, une nouvelle vie, une libération de toute aliénation restent toujours possibles.

3. C'est une mise en route, c'est-à-dire une mise en mouvement, une dynamique, ce qui est l'inverse du conservatisme, de l'attentisme passif ou béat et de l'intégrisme rigide. C'est pourquoi le baptême engage toujours le baptisé et ceux qui en sont les témoins. Il est une mise au travail pour donner un contenu à cette nouvelle vie et à cette libération.

4. C'est l'acte fondateur d'un peuple et de son identité. Vous remarquerez que le passage de la Mer Rouge n'est pas un acte individuel, mais collectif. De même, le baptême ne peut pas être seulement un acte et une décision individuels, personnels, privés ; il l'est, certes, mais obligatoirement au milieu et avec une communauté. C'est pourquoi aussi le baptême signifie qu'on ne peut pas être chrétien tout seul et que notre appartenance à une communauté ecclésiale n'est pas un choix ou une option facultative, mais une nécessité de la foi.

B. Qu'est-ce qui est parlant, pour notre compréhension de la Sainte Cène, dans cette distribution de la manne et de l'eau dans le désert ? (Exode 16 & 17/1-7)

1. La manne et l'eau du rocher, c'est ce qui est nécessaire pour vivre, jour après jour et au jour le jour, c'est le minimum vital au sens fort de ce terme, sans pénurie mais sans superflu. Et ceci dans le désert, c'est-à-dire dans un monde dur, hostile, pas forcément bienveillant à l'égard des choses de Dieu, un monde où d'autres puissances et pouvoirs se manifestent, des pouvoirs de destruction, d'injustice, de violence.

Dans ce sens, la Sainte Cène est la mise en oeuvre du baptême ou, comme le disait Gaston Deluz, "la Sainte Cène maintient les chrétiens dans la grâce de leur baptême tout au long de leur vie". C'est pourquoi, contrairement au baptême, la Sainte Cène est un acte répétitif ; elle nourrit la vie et l'action du croyant ; on a besoin de la Sainte Cène comme on a besoin de manger et de boire tout au long de la vie. C'est pourquoi, n'était le risque de banalisation / routinisation, je verrais assez bien la Sainte Cène faire partie de chaque culte dominical.

2. La manne et l'eau sont données, elles ne sont pas le résultat du travail des Israélites, de la culture et du forage de puits, elles ne sont même pas méritées, elles sont pure grâce. Pour autant la manne ne tombe pas toute cuite dans la bouche ; il faut se lever tôt, sinon elle se gâte, il faut la ramasser, la partager, y travailler.

De même, la Sainte Cène signifie que Jésus-Christ veut se servir de nous et nous doter de ce dont nous avons besoin pour nous mettre à son service dans le monde. Autrement dit, la Sainte Cène est une sorte de contrat passé entre Dieu et son peuple, une alliance. Et ce n'est pas un contrat passé une fois pour toutes, ni imposé, mais il peut être renouvelé, même discuté avec Dieu et débattu entre nous comme le peuple l'a fait avec Moïse et Moïse avec Dieu.

En somme, la manne et l'eau du rocher, comme le pain et le vin de la Sainte Cène, veulent dire : maintenant une nouvelle vie est possible pour vous, vous avez de quoi vous mettre en marche vers la Terre Promise, vous avez une espérance, de quoi élaborer et mettre en oeuvre un projet de vie et d'Eglise.

3. Une dernière chose encore à propos de la Sainte Cène. A la fin, Paul dit : "Ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle et ils ont tous bu la même boisson spirituelle ; ils buvaient, en effet, au rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ". Paul parle des Israélites lors de la sortie d'Egypte ! Qu'est-ce que cela veut dire ? Que dans cette nourriture et dans cette boisson, le Christ était réellement présent. Pas matériellement, pas physiquement, mais spirituellement, ce qui n'est pas moins réel.

Cela veut dire aussi que ces signes-là, cette manne, cette eau, ce pain, ce vin, ce ne sont pas simplement des symboles, des simulations, des images virtuelles, mais qu'en les mangeant et en les buvant, le Christ était vraiment là, avec eux. Cela veut dire, pour nous, que Jésus-Christ, par les sacrements, a donné à ces événements historiques, puis à sa mort et à sa résurrection, un nouveau sens, un nouveau contenu, un sens spirituel mais terriblement réel et actuel.

Amen !




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