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Esaïe 8.23 à 9.6 Jean-Luc Lutz
Prédication du 23 janvier 2005 de Jean-Luc Lutz, Directeur de la Maison de Retraite Protestante de Nanterre
Lectures: Esaïe 8.23 à 9.6 1 Corinthiens 1. 9-17 Matthieu 4.12-25 En cette semaine oecuménique de prière pour l’unité des Chrétiens à travers le monde les textes de ce matin nous invitent à nous rassembler et à oublier pour quelques jours les querelles et les divisions qui existent entre les différentes églises. Dans un premier temps nous analyserons les trois textes en rappelant le contexte historique dans lequel ils se situent et dans un deuxième temps nous analyserons de quelle façon ils nous invitent à rechercher cette unité spirituelle. Le 1er texte est tiré du livre du prophète Esaïe. Il se situe après une période très difficile pour le peuple d’Israël. La guerre fait rage et les armées assyriennes gagnent du terrain et voilà qu’Esaïe parle de la lumière tant attendue. L’obscurité s’éloigne. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu la lumière. Le peuple d’Israël ne s’attendait pas à une issue favorable, et voilà que la lumière jaillit, soudaine et inattendue. Alors qu’Israël est dans une situation désespérée, le prophète Esaïe garde la foi et sa conviction est celle de la venue du règne du Christ. Au regard de la foi, cette venue est une réalité présente. Aux versets 1 à 6, Esaïe relate la grande joie qui a habité le peuple d’Israël après l’annonce de la naissance d’un Sauveur. Esaïe s’adresse directement à Dieu et Lui fait part de l’allégresse qui entoure la venue de cet enfant. Dieu est sorti vainqueur des batailles, des divisions et des guerres. Dieu par l’intermédiaire de cet enfant a rassemblé et unifié le peuple d’Israël. Au travers de cet Oracle, Esaïe nous transmet la seule réalité qui soit, celle de la reprise en mains par Dieu lui-même de la marche de l’histoire, le triomphe de son règne. Au travers de sa foi, Esaïe nous prédit l’avènement définitif du règne de Dieu. « Il y aura une paix sans fin » nous promet Esaïe. Même au plus profond des ténèbres, même quand tout semble perdu il reste l’espoir d’une irruption de Dieu dans l’histoire. La lumière jaillira nous promet Esaïe. Matthieu reprend en partie le texte d’Esaïe pour introduire le récit du début du ministère de Jésus. Esaïe annonçait la délivrance aux habitants de Zabulon et de Nephtali. Matthieu la voit maintenant se réaliser au travers du ministère de Jésus. Il ne s’agissait pas seulement d’une délivrance militaire et politique, mais bien d’une délivrance spirituelle. Il faut se souvenir que ces anciennes tribus étaient complètement investies et pénétrées par des populations païennes. Jésus ne débute pas son ministère dans un petit village perdu, mais dans une des régions les plus peuplées de l’époque et qui, a priori, se trouve dans une situation très délicate. Le ministère de Jésus s’adresse en premier lieu aux brebis égarées de la maison d’Israël. Jésus se positionne dès le départ comme un rassembleur. L’image des brebis égarées sera repris à plusieurs reprises dans le récit de Matthieu : au Ch. 10 v.6 ou encore au Ch. 15 v.24, et c’est également la situation des habitants de Zabulon et de Nephtali. Matthieu poursuit son récit avec l’appel des premiers disciples. La période écoulée entre ses premières prédications et l’appel des premiers disciples n’est pas clairement mentionnée, mais le fait que ces deux récits se suivent immédiatement nous amène à penser que Jésus s’est entouré de disciples dès le début de son ministère. Il faut noter que Jésus ne choisit pas des auditeurs attentifs et déjà réceptifs à son message, mais il choisit des personnes sur leur lieu de travail. Certains commentaires bibliques pensent qu’il n’y a pas de valeur historique à ces récits mais que c’est uniquement à titre pédagogique que Marc et Matthieu présentent les premiers disciples comme pêcheurs. Néanmoins l’image est belle et forte. Jésus invite Simon et André à le suivre et à devenir pêcheurs d’hommes, eux les pêcheurs professionnels. «Venez à ma suite et je vous ferai pêcheur d’hommes ». Ce verset peut être compris de deux façons : 1. Suivez-moi et je vous apprendrai à devenir des pêcheurs d’hommes 2. Suivez-moi et vous serez automatiquement des pêcheurs d’hommes. La 1ère compréhension est la plus répandue. Les disciples ainsi choisi seront bientôt chargé de prêcher le Royaume et de guérir les malades (voir Ch. 10 : La Mission des Douze). Tous les disciples ne seront pas pêcheurs d’hommes, mais eux le seront, et c’est dans cette lecture que l’image des pêcheurs est très forte. Le filet de pêche permet de rassembler les poissons, alors que la parole de Jésus permet de rassembler les hommes pour le Royaume. La suite du texte lu ce matin, les v. 23 à 25 nous décrit les multiples activités de Jésus et surtout sa portée internationale. Tout d’abord le v.23 mentionne les activités principales de Jésus que sont la prédication, la guérison et l’enseignement. Matthieu précise ensuite que cette activité fait parcourir à Jésus toute la Galilée. Matthieu insiste bien sur le fait que le ministère de Jésus ne se résume pas à un lieu bien précis et ne s’adresse pas à un petit groupe de personnes, mais qu’il s’adresse à tout son peuple et dans tout le pays. De même il est précisé que Jésus guérit tous les malades qui viennent à Lui, ce qui ne veut pas dire qu’il veut faire profiter tout le monde de son pouvoir d’exorciste, la suite de l’Evangile le montre bien, mais cela prouve que le Royaume de Dieu est accessible à tous. Jésus secourt et sauve l’ensemble de ce peuple de ses péchés. A cette époque, maladie et pêché étaient très liés, au dire des rabbins de l’époque, la maladie expiait le pêché. Le pardon des pêchés allait de pair avec la guérison des maladies. Matthieu termine ce passage en insistant sur le fait que Jésus s’adressait à des foules dans tout le pays et même au-delà en Syrie. Jésus était un rassembleur et visait à cette unité entre les personnes. Il ne faisait aucune distinction, aucune division. Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, Paul insiste sur ce fait. Jésus était un rassembleur et il est important que les chrétiens aujourd’hui restent unis dans ce même esprit. Les divisions sont apparues très vite dans les premières communautés de chrétiens. Chacun voulant imposer son point de vue. Très vite se sont crées de petits groupes qui se rassemblaient au nom du Christ. Chaque peuple, chaque tribu, et souvent chaque famille, a voulu créer sa propre communauté, sa propre église. Des discordes et des disputes sont apparues, parfois très violentes. Paul a très rapidement voulu s’élever contre ses divisions et se présenter comme rassembleur. Il fait passer ce message dans plusieurs de ses lettres (1 Cor 12.12-31 parle de l’unité du corps : si un élément du corps est défectueux, c’est l’ensemble du corps qui souffre ; dans la lettre aux Galates il parle de l’unité de l’Eglise et dans l’Epître aux Ephésiens de l’unité en Christ). Malgré nos différences, nos origines ou nos cultures différentes Dieu veut qu’il y ait une unité spirituelle. Si vous assistez à un culte en Afrique ou en Amérique du Sud, vous serez surpris par l’atmosphère qui règnera dans le temple, vous vous croirez peut-être à une fête de village un 14 juillet, mais très vite vous vous rendrez compte qu’il existe une véritable union avec le Seigneur et le message qui y est proclamé est le même que dans votre Eglise d’origine, même si la forme est différente. Paul nous invite à cesser nos querelles et à retourner vers Jésus le rassembleur. Il nous invite à retourner vers l’essentiel du message de Jésus, l’annonce du Royaume. Dès le début du Christianisme, les hommes ont essayé de changer le message de Jésus et les nombreuses interprétations ont amené ces divisions. Aujourd’hui encore ces divisions existent. Les Catholiques ont le culte des saints et de la Vierge Marie ; les Baptistes sont partisans du baptême par immersion ; les Méthodistes ont mis en avant la doctrine de la sanctification et puis il y a les Adventistes, les Pentecôtistes, les Témoins de Jéhovah et tant d’autres encore. Pourquoi tant de divisions, pourquoi tant d’interprétations différentes du même Livre. Il est important qu’aujourd’hui les chrétiens de tous horizons se rassemblent et essayent de retrouver l’unité de l’Eglise. Il est important que les dialogues inter Eglises se poursuive, que les rencontrent oecuméniques se multiplient. Il faut que l’ensemble des Chrétiens se rassemblent et montrent la voie aux Eglises. Nous devons prier pour l’unité des Chrétiens dans la foi. Jésus a commencé son ministère sans faire de distinction entre les différentes tribus. Il a visité toutes les villes. Les divisions sont apparues plus tard. Jean au Ch. 11 v.52 nous dit que « Jésus est mort pour réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés » un seul corps fait référence ici à l’Eglise Universelle. « Je bâtirai une Eglise ». cette Eglise est une dans sa diversité. Jésus a dit qu’il y a un seul troupeau et un seul berger. Le berger c’est Lui, le troupeau c’est nous. Quand Paul écrit aux Eglises, il s’adresse à toutes les Eglises et à tous les croyants. Il nous invite à prier et au travers de la prière à nous retrouver en unité spirituelle en Jésus. Ce qui nous unit est plus fort que ce qui peut nous séparer. Il faut que nous apprenions à nous servir de nos différences et de nos spécificités pour nous enrichir et non pour nous diviser. Nous avons besoin des autres, de leurs chants, de leurs encouragements, de leurs prières, de leur amour pour Jésus. Nous sommes là pour être complémentaire les uns à l’égard des autres et former un seul corps comme l’écrit Paul. C’est cette unité spirituelle qui va au-delà de nos églises locales. Cette unité commence ici dans notre paroisse, dans notre ville, dans notre région. Paul nous écrit afin que nous nous réconcilions. Cette unité nous avons à la vivre et non à la recevoir parce que cette unité nous est donné dans la personne et le sacrifice de Jésus. Dans notre paroisse nous avons cette volonté d’unité et d’ouverture avec les autres églises en invitant régulièrement des membres d’autres églises. Continuons dans cette voie, allons vers les autres, sans esprit de controverse, mais pour prier ensemble et partager notre foi. Un formidable élan de solidarité est né dans le monde entier après la catastrophe qui a touché l’Asie. Malgré nos différences, malgré nos préoccupations du moment, les citoyens du monde entier ont su se mobiliser pour une cause commune. C’est exactement ce que Paul nous demande. Il veut que nous revenions vers le Seigneur. Le Seigneur nous encourage à aimer tous les hommes, à chercher à les comprendre, à les entourer, à prier pour eux. Donnons Lui la chance d’agir, ouvrons nos coeurs aux autres. Amen Jean Luc Lutz |
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