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Esaïe 66 v 10-14 (Marie Noëlle Thabut)



Dimanche 4 Juillet 2004
Quatrozième dimanche du temps ordinaire
Par Marie Noëlle Thabut
PREMIERE LECTURE - Isaïe 66, 10-14

Nous sommes tout à la fin du livre d'Isaïe, dans les chapitres 55 à 66, c'est-à-dire ce qu'on appelle le livre du Troisième Isaïe. Le prophète nous projette par avance à la fin des temps et nous donne à contempler la création renouvelée : Dieu va tout refaire à neuf. "Exultez, réjouissez-vous... vous serez nourris et rassasiés... vos membres comme l'herbe nouvelle, seront rajeunis." Le livre d'Isaïe se termine sur ces promesses de bonheur : plus de deuil, plus de larmes, plus de vieillesse, plus de faim, plus de soif. Nous retrouverons les mêmes promesses à la fin de l'Apocalypse de Jean. De tout temps, c'est le rêve de l'homme... et, dans la foi, il sait qu'il ne s'agit pas seulement d'un rêve, mais d'une promesse. Et Dieu tient toujours ses promesses. Le prophète n'oublie pas pour autant les retards de l'histoire et les difficultés du temps présent, et il a des paroles de mise en garde contre tous ceux qui s'opposent à l'oeuvre de Dieu ; mais la liturgie de ce dimanche a sélectionné uniquement les paroles de réconfort.
"Je vous consolerai" : c'est la phrase qui résume le mieux ce texte ; ce qui veut dire que tout allait mal et qu'on avait grand besoin d'être consolés ! "De même qu'une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai, dans Jérusalem vous serez consolés" : trois fois de suite, ce même mot "consoler". Nous avons vu souvent que le prophète est celui qui, dans les moments de détresse, sait réveiller l'espoir. Or ce texte que nous lisons ici a été écrit dans un moment difficile : l'auteur (que nous appelons le Troisième Isaïe), est un des lointains disciples du grand Isaïe, (ses paroles ont été annexées plus tard au livre du grand prophète Isaïe). Il prêche juste au retour de l'Exil à Babylone, vers 535 av. J.C. Les exilés sont revenus au pays, mais ce retour tant espéré n'a pas reçu l'accueil triomphal qu'ils avaient imaginé de loin. Ils sont bien rentrés à Jérusalem et pourtant le prophète dit qu'ils portent son deuil : "Avec Jérusalem, soyez pleins d'allégresse, vous tous qui portiez son deuil " : oui, parce que la Jérusalem qu'ils ont retrouvée n'est pas celle qu'ils ont quittée. Le Temple est encore en ruines, vingt ans après le retour, une partie de la ville aussi ; et comme toujours dans ces circonstances, ceux qui sont partis ont bien souvent été oubliés, remplacés... surtout pour une captivité de cinquante ans ! L'annonce d'Isaïe, c'est précisément Jérusalem va revivre, vous pouvez quitter le deuil. C'est pour cela qu'il précise bien : "Dans Jérusalem vous serez consolés."
"De même qu'une mère console son enfant" : n'en déduisons pas que Dieu serait féminin ! Vouloir dire que Dieu est masculin ou féminin, c'est certainement un abus de langage, c'est concevoir un Dieu à notre image. Or Dieu n'est pas à notre image, c'est nous qui sommes à son image et ressemblance. Mais la tendresse du Dieu créateur est souvent comparée au frémissement des entrailles maternelles : c'est la plus belle image que l'humanité ait trouvée dans son expérience pour parler de l'amour de Dieu pour ses enfants.
"Moi-même, JE vous consolerai" : ce sera l'oeuvre de Dieu, pas la nôtre ; et, comme toujours, l'oeuvre de Dieu sera synonyme de paix : "Je dirigerai vers Jérusalem la paix comme un fleuve " ; Jérusalem méritera enfin son nom de "ville de la paix" ; elle deviendra le lieu du rassemblement des nations : "Je dirigerai vers elle la gloire des nations comme un torrent qui déborde" .. . Dieu seul peut accomplir cette oeuvre de rénovation du monde. Mais, au fait, Dieu lui-même y peut-il quelque chose ? Nombreux sont ceux qui commencent à en douter : dans la période de désespérance que traversent les contemporains d'Isaïe, ils ont bien besoin de se rappeler que rien n'est impossible à Dieu ; comme l'Ange du Seigneur l'avait dit à Abraham et Sara : "Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le Seigneur ?" (Gn 18, 14) ; comme le Seigneur lui-même l'avait dit à Moïse, un jour de découragement, pendant l'Exode : "Crois-tu que j'aie le bras trop court ?" (Nb 11, 23) ; de même Isaïe affirme : "Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs" . Le prophète se refuse à écouter les voix découragées qui s'élèvent pour dire que Dieu lui-même ne peut rien contre la mauvaise volonté, l'instinct de puissance, les rivalités, les guerres... C'est donc un appel à l'espérance, celui-là même dont ce peuple a besoin dans cette période de découragement. Dieu a libéré son peuple à maintes reprises dans le passé, il ne l'abandonnera pas.
L'expression "Vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations" est, elle aussi, un rappel de l'Exode : au cours de sa marche au désert, le peuple avait connu la faim et la soif et cela avait été pour lui une terrible épreuve pour sa foi. Et Dieu lui a toujours procuré le nécessaire. Désormais, ce sera la surabondance : "Vous puiserez avec délices à l'abondance de sa gloire".
Très certainement les Juifs du temps de Jésus connaissaient bien Isaïe car on est frappés des résonances entre ces textes et le Nouveau Testament : par exemple entre cette phrase "Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs" (sous-entendu "la main du Seigneur n'est pas trop courte") et la deuxième lettre de Saint Pierre (2 P 3, 8-14) : "Non, le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu'il a du retard, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent, mais que tous parviennent à la conversion". Et souvenez-vous, ajoute Pierre : "Il y a une chose en tout cas que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour". Pierre continue : "Nous attendons selon sa promesse des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habitera." Isaïe ne disait pas autre chose !



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