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Esaïe 66 v 10-14 (Louis HONNAY)
Texte : Esaïe 66/10-14
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 09.07.1995. (Eventuellement, on peut lire le texte d’Esaïe au début de la deuxième partie). Vous connaissez le dicton : "Tout nouveau, tout beau". Ce qui est nouveau attire. On espère que tout ira mieux quand quelque chose de neuf apparaît. Le neuf suscite une attente, on y voit des perspectives flatteuses, on croit que l'avenir sera meilleur. La publicité utilise cette impression : on met le mot "Nouveau" en grosses lettres à côté d'un produit, en pensant que cela le fera vendre. Malheureusement les résultats ne correspondent pas forcément à l'attente et on est souvent déçu à plus ou moins brève échéance. -o- Le monde moderne ne manque pas d'exemples de ce type. Quand la mécanisation de l'industrie est apparue, on a pensé que tout le monde allait être heureux, puisque l'effort pour produire serait moindre. Travailler avec moins de fatigue pour produire beaucoup plus, quel bonheur et quelles perspectives pour la consommation ! Quand on a découvert l'énergie atomique, qui multiplie la puissance presque indéfiniment, on a cru que les centrales nucléaires fourniraient de l'électricité moins chère. Ce qui arrangerait le budget des ménages. On s'est servi de cet argument pour prôner le tout électrique. Quand, après la fin de la seconde guerre mondiale, on a fondé l'O.N.U., on a pensé : voilà enfin un organisme qui va rendre le monde plus juste et qui va assurer la paix, en évitant les sources de conflits entre les pays. Quand un parti politique arrive au pouvoir, on se dit parfois : voilà des hommes neufs, ils vont apporter du changement. Voilà un projet nouveau, il va rendre le pays plus équilibré, plus prospère. Tout nouveau, tout beau. Mais à cette période d'enthousiasme succède bien souvent un temps de déception et d'amertume. A l'expérience, on s'aperçoit que le nouveau n'était pas aussi prometteur qu'on le croyait. On déchante après avoir chanté. Les usines mécanisées, les usines informatisées qui marchent presque toutes seules, produisent en fait du chômage. L'état actuel de l'économie, le désordre social et la misère des sans-travail proviennent du développement anarchique d'une production qu'on n'arrive plus à contrôler. Au lieu d'amener le bonheur des gens, la mécanisation provoque le malheur et la faillite de la société. Même chose pour l'énergie nucléaire. Elle a servi, en premier lieu, à fabriquer la bombe atomique et à tuer des centaines de personnes. On sait que même le nucléaire civil produit des déchets qui restent dangereux pendant des centaines ou des milliers d'années. On ne sait plus quoi en faire. On cherche à les enfouir dans le sol. Mais les habitants des lieux où l'enfouissement est projeté s'y opposent avec juste raison. Quant à l'O.N.U., on a vu ce qu'elle peut donner. On mesure combien l'O.N.U. est impuissante à résoudre des conflits. Regardez ce qui se passe en Bosnie ou au Rwanda. Les troupes onusiennes, les casques bleus, s'avèrent incapables de ramener un peu d'ordre et d'assurer des conditions durables de sécurité pour la population. -o- (Lecture, éventuellement, d'Esaïe 66). C'est ici que nous nous laissons rejoindre par le textte biblique de ce dimanche, le chapitre 66 du livre d'Esaïe. Ce texte fait ressortir un très net contraste entre deux situations opposées. Au point de départ, c'est le deuil. C'est le deuil de ceux qui aiment Jérusalem et qui se désolent de l'état de la ville au moment où le prophète parle. A l'arrivée, c'est l'enthousiasme. La population est invitée à se réjouir de tout son cœur et de tout son être à cause de ce qui vient de se passer. Entre les deux, il s'est produit un événement, qui a changé complètement la situation et qui invite à la joie pour ce qui se passe maintenant. Pour être plus précis, on doit se rappeler dans quel état se trouve Jérusalem au moment où un prophète transmet ce message de Dieu. Il y avait eu le retour d'exil, vers 536 avant notre ère, après le grand désastre de la défaite de 587 et de la déportation. On avait commencé la reconstruction, d'abord du Temple de Jérusalem, puis de la ville et du pays alentour. Le culte avait repris normalement, un semblant de timide prospérité s'était manifesté. Mais une période de relâchement apparaît. La mentalité évolue. Elle n'est plus ce qu'elle était. A l'enthousiasme des débuts succède un refroidissement. Quand le prophète que nous mettons sous le nom d'Esaïe, faute de mieux, apparaît, c'est le désordre social. On méprise les pauvres, on les maltraite. Les riches exploitent les petites gens, les commerçants trompent sur la marchandise. Plus grave, le culte et la foi ne sont plus ce qu'ils devraient être. Les prières et les sacrifices ont repris, mais on pratique ce culte par intérêt, on n'y met plus une foi véritable. L'abandon de la foi dans le Seigneur conduit à l'idolâtrie. On se prosterne devant des idoles et des faux dieux. On va même jusqu'à sacrifier des enfants, à la manière des Cananéens d'autrefois, ce qui est sévèrement interdit par la Parole de Dieu. C'est là que nous sommes concernés. Dans notre société moderne, le pire n'est pas les conditions matérielles que nous évoquions tout à l'heure. Le pire est l'état spirituel. Dire que la foi est en baisse est une banalité. On note un certain nombre de conversions un peu partout, il faut s'en réjouir. Mais dans beaucoup d'endroits, on abandonne les églises et la foi. Quand la libre pensée est apparue, on a cru que les mentalités ne seraient plus bridées, écrasées, par le dogmatisme des clercs. Quand le marxisme est né, on y a vu une pensée nouvelle, un programme de réformes politiques et mentales. On a cru à l'apparition d'une ère de bonheur et de liberté. On a cru que le communisme allait transformer le monde. C'étaient des nouveautés. Mais ces promesses n'ont pas été tenues. L'abandon de la foi chrétienne a conduit à l'apparition des religions modernes et de sectes, qui accaparent les esprits, qui procèdent à des lavages de cerveau et produisent des esclaves incapables de penser librement et par eux-mêmes. L'abandon de la foi conduit à pervertir les personnes, il crée des désordres et des déséquilibres psychiques. -o- C'est un peu dans cette situation-là que le prophète auquel on donne le nom d'Esaïe apporte son message. Ce prophète annonce ce que Dieu va faire. Il va faire en sorte que la vie revienne. Dans ce message, il y a cette image parlante du lait qui est donné, du lait qu'on donne à des enfants pour les faire grandir. Il y a, plus précisément, l'image du sein qu'on donne à des nourrissons. La paix est donnée. Elle est redonnée. La paix, le "shalom" en hébreu, c'est quand rien ne manque pour vivre normalement. Ici apparaît une image de Dieu qui n'est pas habituelle. Celle qui prend son enfant dans ses bras, celle qui le cajole, celle qui le porte sur sa hanche et qui le console, c'est la mère, c'est la femme. Dieu apparaît sous la forme de cette image féminine. C'est Dieu qui porte, qui cajole et qui console. Voilà un aspect de Dieu qui ne nous est pas familier. Nous pensons à Dieu comme à un être masculin, comme à un père. Mais Esaïe nous propose cette image féminine de Dieu. Il nous montre cet amour féminin de Dieu. Et cette comparaison nous parle. Car cette intervention du Seigneur va changer la situation. A la période de désespérance et de deuil va succéder une période de joie et d'enthousiasme. Mais le principal n'est pas la reconstruction matérielle du pays. Le plus important, c'est la reconstruction du point de vue spirituel. Le prophète veut ramener les gens au respect du Seigneur, il veut leur réapprendre à l'aimer et à vivre en accord avec lui. Le reste suivra de lui-même. Le désordre de la société disparaîtra, les mœurs se redresseront, le pauvre ne sera plus opprimé par le riche, il pourra vivre en paix. Parce que la foi sera revenue et mise en pratique. -o- La foi, c'est ce qui manque le plus au monde moderne. Non pas la croyance en une religion quelconque ni en une quelconque idéologie politique, mais la foi dans le Seigneur vivant, le Dieu d'Israël et de Jésus-Christ. Dans son intimité, le monde aspire à la foi. Il a envie de quelque chose ou de quelqu'un en qui il puisse croire. Ce quelque chose, on ne peut le trouver que dans la confiance dans le Seigneur. Le message d'Esaïe nous appelle à la foi. Il appelle une réponse de confiance et d'amour. Ce n'est pas vrai seulement pour les églises. Bien sûr, chaque église et chaque chrétien sont appelés à la foi. Il est indispensable de ranimer la foi quand elle baisse. Mais ce message d'Esaïe est valable aussi pour le monde. L'Evangile appelle chacun à cette confiance et, en conséquence, au bonheur. C'est pourquoi, d'après l'évangile de Luc, Jésus envoie soixante-douze disciples annoncer la Parole de Dieu, d'abord dans le pays d'Israël, puis partout dans le monde. Pourquoi ce chiffre soixante-douze ? Dans le chapitre onze de la Genèse figure une liste symbolique des peuples qui occupent la terre. On compte soixante-dix peuples. Dans la traduction grecque, il y en a deux de plus. Les soixante-douze envoyés de Jésus viennent de là. En envoyant soixante-douze disciples annoncer l'Evangile, Jésus vise le monde entier. Le monde entier est appelé à recevoir la Bonne Nouvelle, à la croire et à organiser sa vie en conséquence. Nous pouvons nous voir dans ces soixante-douze. Chacun de nous est un témoin de Dieu. Chacun de nous peut contribuer à provoquer un renouvellement. Pas seulement un renouvellement matériel, mais un renouvellement d'abord mental et spirituel. Nous avons pour vocation d'apporter cette Bonne Nouvelle, sans laquelle tous les progrès techniques et scientifiques restent inefficaces pour assurer le bonheur de l'humanité. Alors il y aura un espoir de relèvement et une espérance de paix. Amen ! Autres lectures : Galates 6/14-18 Luc 10/1-20 Cantiques : * Psaume 100/1 à 4 Vous qui sur la terre habitez * NCTC 159/1 à 3 = ARC 302 Après la longue attente ou ARC 312/1 à 3 Seigneur, que ton règne admirable * NCTC 195/1 à 4 = ARC 443 C’est toi, Jésus, qu’ils ont chanté ou ARC 309/1 à 4 Viens, ô Jésus Autres textes de la même catégorie
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