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Esaïe 66 v 10-14 (Alphonse MAILLOT)
Texte : Esaïe 66/10-14
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [juillet-août]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1992 (p. 27-29). 4° dimanche après la Pentecôte ou 14° dimanche ordinaire Esaïe 66/10-14 Il est désagréable, aussi bien pour le lecteur que pour le commentateur, d'avoir à contester une traduction, au lieu d'apporter ce qui pourra servir à la rédaction d'un sermon ou d'une méditation, mais la TOB est ici (comme dans toute la deuxième partie d'Esaïe : chapitres 40ss) fort discutable. Par exemple, j'ai déjà dit dans un fascicule précédent combien la traduction "enthousiasme" (v. 10) est loin de... m'enthousiasmer ! L'étymologie de ce terme est "endieusement" ; il appartient au vocabulaire religieux extatique, que ne pratique pas particulièrement l'Ancien Testament, méfiant envers toutes ces religions dont le sommet consiste à se noyer en Dieu. Le sommet de l'Ancien Testament, lui, est de simplement vivre la Torah parmi les hommes. D'ailleurs, le Lectionnaire catholique traduira de manière très traditionnelle : "Soyez pleins d'allégresse !". De même, il a évité, au début du v. 10, le verbe (technique) "jubiler". Et au v. 11, il a aussi écarté cette phrase (TOB) pour le moins curieuse : "Que vous tiriez le maximum et jouissiez de sa mamelle glorieuse" (sic !), alors que le texte, si direct par ailleurs, porte : "Ainsi vous goûterez (téterez ?) avec volupté (avec délices) à la luxuriance de sa gloire" (allusion à la lourde abondance qui règnera alors à Jérusalem). De toute manière, il faut (pour le prédicateur au moins) remonter au v. 7 : "Jérusalem est (re)devenue mère", et cette fois de manière soudaine, sans travail, voire sans temps de grossesse. Cette maternité de Jérusalem est une tradition ancienne, cf. le Psaume 87 (v. 5 ; Septante), mais dans ce dernier Psaume, il s'agissait d'une maternité universelle, présage d'une réconciliation de tous les peuples convergeant un jour vers elle, réconciliation sans doute fêtée chaque année, sans qu'il soit possible de savoir avec quelle autre fête (Nouvel An ? ?) elle était couplée. Mais avec l'exil, Jérusalem-mère a été privée de tous (ou presque) ses enfants et elle semble à jamais stérile (on relira les "Lamentations" dans cette optique, cf. Lamentations 2 ou 4/10), d'autant plus que ses murs sont ravagés par d'immenses brèches. Le génie du prophète est de voir dans ces brèches, jadis faites par les ennemis, comme l'ouverture nouvelle du "sein" de Jérusalem, fente par laquelle vont déferler sans retenue (v. 9) une multitude d'enfants (v. 8). Ce qui a été signe de mort pour Jérusalem, va être signe d'une vie nouvelle. Ce qui a causé le deuil (v. 10) va chanter la renaissance miraculeuse. Car Sion va retrouver, sans douleurs aucune, sa maternité. Après les images de l'accouchement, vient celle de l'allaitement (v. 11) surabondant. Puis une incise (v. 12c) concernant la réhabilitation de Jérusalem comme mère. Les nations viendront la submerger sous leurs trésors (mais plus en serviteurs qu'en fils, puisqu'elles se sont permis de saccager leur mère) ; on n'oubliera pas le parallèle d'Apocalypse 21/26 (et autres promesses semblables contenues dans l'Ancien Testament). Et la paix (cf. la note TOB de 1 Rois 5/26) inondera la ville. Mais on revient à l'image des enfants rassasiés, repus (Psaume 131/2) qu'on fait jouer sur les genoux ; et là, très curieusement, le Seigneur prend la place de la mère. Il y a un glissement de Sion-Mère à YHWH-Père, mais jouant un rôle maternel (il y a un "comme") très rare dans l'Ancien Testament et qui n'est pas sans évoquer quelque arrière-plan mythologique, probablement atténué par des scribes sourcilleux. De toute manière, on retiendra le retour du verbe capital pour cette deuxième partie d'Esaïe (40/1ss) : "Consoler, réconforter, réhabiliter", mais dont le sujet est désormais Dieu lui-même (3 fois au v. 13). Mais (pour finir comme nous avons commencé) la traduction TOB : "Les os revigorés comme un gazon" est peu heureuse, car trop littérale. Les "os" = les membres = le corps entier = la force = la personne dans sa vitalité = parfois... un pronom personnel : mes os = (parfois) moi ! Traduire le v. 14 : "Vous allez retrouver votre sève et rajeunir (redevenir verts !)". Autres textes de la même catégorie
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