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Ésaïe 60 v 1 à 7 (Louis Honnay)
Dimanche 02 janvier 2005
Pasteur Louis Honnay, Celles sur Belle (79) Textes : Ésaïe 60, v. 1 à 7 Éphésiens 3, v. 1 à 6 Matthieu 2, v. 1 à 12 Notes bibliques Les chapitres 56 à 66 appartiennent à ce qu'on appelle le Troisième Ésaïe. Il est difficile de dire s'ils sont dus à un ou plusieurs auteurs. De toute façon, ils se situent dans le prolongement du prophète Ésaïe du 8ème siècle, qui a donné suite à une "école ésaïenne", avec des thèmes et des termes semblables aux siens. Ce 3ème Ésaïe date d'après l'exil. La situation en Israël est instable, comme le montre le texte qui comporte à la fois des promesses et des reproches correspondant aux attitudes contrastées de la population. Le texte de ce jour s'intéresse à Israël (v. 1 à 4), puis aux populations païennes (v. 5 à 7). Il est bâti sur un violent contraste. D'un côté Israël –et sans doute plus précisément Jérusalem comme le montre la mention du Temple au v. 7 – bénéficie de la lumière. Il est dit "ta" lumière, mais il ne s'agit pas de la lumière propre au pays ou à la ville. Car il est précisé : "La gloire du Seigneur s'est levée" (v. 1). Le verbe s'emploie pour un astre, le soleil, par exemple, qui se lève et qui brille. C'est donc la lumière de Dieu. Le texte précise "La gloire du Seigneur", un mot qui signifie littéralement le poids de Dieu, sa personne, son importance. Par extension, la gloire de Dieu en vient à exprimer sa présence avec tout ce que cela comporte pour celui, personne ou peuple, qui est ainsi visité. Le thème de la lumière est important dans le Premier Testament. Dieu crée la lumière. "Dieu dit et la lumière fut" (Gn 1/3). Suit la création des corps lumineux célestes. C'est la lumière physique. Mais la lumière a aussi un sens symbolique. Elle signale la présence de Dieu, par exemple lors de l'alliance du Sinaï (Ex 13/21, I Sa 3/2). Par la lumière Dieu guérit (Ps 27/1), sa lumière fait vivre (Ps 36/10). La lumière a toujours un sens positif. C'est pourquoi, de la part de Dieu, le prophète invite Jérusalem à se relever, ce qui est certainement ce qu'elle doit faire après le retour d'exil et cette longue période de captivité humiliante. Mais il y a plus. La ville (ou le pays) doit devenir lumière ("deviens lumière", TOB). Pourquoi ? En vue de quoi ? En opposition avec cette lumière qui vient sur Jérusalem, les autres peuples (la terre, les cités v.3) sont dans les ténèbres et le brouillard. Outre leur sens physique –les ténèbres d'avant la création (Gn 1/2)- elles sont aussi un sens symbolique. Curieusement, elles signalent parfois la présence de Dieu (Dt 4/11 ; 5/23, 2 Sa 22/14 // Ps 18/17), probablement parce que Dieu se cache aux humains avant de se révéler, de toute façon il ne se révèle qu'en partie. Mais dans la plupart des textes les ténèbres ont un sens négatif. En Proverbes 2/13, ceux qui commettent le mal sont sur des chemins obscurs. En Ésaïe 5/20(-24) elles sont synonymes de mal, d'injustice. Surtout on connaît le texte d'Ésaïe 8/21-9/2, qui évoque le paganisme apporté dans le Royaume du nord par les vainqueurs après la prise de Samarie en 721. Les ténèbres signifient le paganisme, la négation de Dieu, les idoles et tout ce qui s'ensuit. Ésaïe 60 ne fait pas de détail. Pour lui, les religions, la spiritualité, les philosophies … tout est ténèbres. Le retour à la lumière dans les provinces du nord devra coïncider avec le départ du paganisme et la ré-adhésion à la Parole de Dieu. À cause de cette opposition entre Israël et les païens, entre la lumière et les ténèbres, un mouvement se produit (4-7). D'abord les Israélites exilés ou dispersés reviennent dans leur pays. De nombreux Israélites dépotés en Babylonie y sont restés, s'y sont installés. Mais il y eut aussi une diaspora vers le sud, en particulier, mais pas seulement, en Égypte. Or justement, les populations mentionnées aux v. 6-7 viennent du sud. "Les richesses de la mer sont les richesses des nations riveraines de la Méditerranée … Eypha est rattachée à la descendance de Madian par Gn 25/4. Les Madianites sont éleveurs de chameaux, Juges 6/5 … Contribution des tribus d'éleveurs, Qédar et Nabayoth, Gn 25/13" (Bible de Dhorme, note sur ce texte). Ces païens se mettent en route. Ils vont vers la lumière, parce qu'ils se rendent compte que leur civilisation n'est que ténèbres, absence d connaissance de Dieu. Ils comprennent que la lumière, la vérité sur leur vie, leur est proposée à Jérusalem. Paul dira (2 Co 4/6) que la conversion est un passage des ténèbres à la lumière. En hébreu le mot traduit par conversion signifie aussi un changement de direction, un retournement. Ce que font effectivement ces populations : elles se tournent vers Jérusalem, vers le nord. Importance de ce parcours. On ne leur propose pas une nouvelle religion, de nouvelles divinités –elles en ont suffisamment ! -, mais de venir à l'endroit choisi par Dieu pour y "habiter" (Dt 12). Renoncer à leurs religions pour faire confiance au Seigneur et suivre sa Parole : c'est la nouveauté qui leur est offerte. Le but ; c'est le culte, qui comporte ce qu'on appelle faussement les "sacrifices", indiqués par la mention de la maison (= le Temple) au v. 7. Cette arrivée de païens, cette conversion, feront la joie d'Israël (v. 4-5). Car Israël ne se replie pas sur lui-même, il est ouvert aux païens. Plusieurs textes d'Ésaïe l'indiquent, par exemple le chapitre 56/1-8, qui mentionne aussi l'ouverture du culte aux païens. Israël reste le témoin de Dieu dans le monde. Les autres textes du jour. Matthieu 2/-12 utilise Ésaïe 60 en mentionnant l'or et l'encens. Mais il détourne le sens de Jérusalem vers Jésus, ce qui trahit le texte. Dans Éphésiens 2/1-6, Paul met aussi le Christ à la place de Jérusalem. C'est un tout autre message. Pour la prédication On peut toujours, à la manière traditionnelle, dire que Dieu se révèle dans le Christ et que c'est en celui-ci qu'il faut croire. Mais on peut également expliquer comment Matthieu et Paul apportent une toute autre parole. Pour montrer que Jérusalem est et reste le témoin de Dieu, rappeler en conséquence le respect indispensable d'Israël en tant que peuple (définitif et unique) de Dieu. Et inviter à la confiance en ce Dieu-là ; qui se révèle dans ce peuple-là et par lui. Cantiques Ps 72 Str 1, 2, 4, 5 : Revêts, Seigneur, de ta justice 230(AEC), 299(NCTC) en entier : Oh ! parle-moi, Seigneur 310(AEC), 162(NCTC) en entier : Oh ! viens, Seigneur Prédication "Lève-toi, sois illuminée !" C'est le message que Dieu adresse à Jérusalem par l'intermédiaire d'un prophète. Ce message est aussi un ordre ? Nous sommes après le retour d'exil. Les déportés sont revenus de Babylonie, d'un pays qui s'appelle maintenant l'Irak. Israël a été humilié pendant plusieurs dizaines d'années par ses ennemis. Maintenant c'est le temps de la réparation. Dieu ordonne à Jérusalem –et sans doute à tout le pays- de se redresser, de ne plus restés courbés sous la poigne des envahisseurs. Une époque nouvelle commence. Deuxième ordre de Dieu : "Sois éclairée." Ou bien "illumine-toi !" comme le traduit Chouraqui, et il poursuit : "Ta lumière vient." Ce n'est surtout pas la lumière propre de Jérusalem, ni celle des Israélites. Le prophète explique : "La gloire du Seigneur brille sur toi." Dans le texte hébreu, le verbe employé signifie qu'un astre se lève, par exemple que le soleil se lève le matin sur la terre. Cette lumière est celle de Dieu. La gloire du Seigneur, c'est littéralement son poids, son importance pour celui qui le reçoit. Jérusalem n'est pas lumineuse par elle-même. Sa lumière, son unique lumière, c'est quand Dieu se montre, c'est quand il vient habiter à cet endroit, comme il l'a promis. Dans un violent contraste avec cette merveilleuse lumière, le prophète continue en disant que la ténèbre couvre la terre et le brouillard couvre les cités. La lumière habite en Israël, mais les populations tout autour sont dans le noir. Ésaïe ne fait pas de détail. Il ne dit pas que certains pays sont dans le noir et d'autres dans la lumière. Il englobe tous les pays, toutes les populations. Ésaïe ne dit pas non plus qu'il y a certaines valeurs chez les gens en dehors d'Israël. Nos systèmes de pensée, notre science humaine, nos philosophies et nos religions, tout ça c'est du noir, c'est de la ténèbre –le mot est toujours au singulier en hébreu, comme pour bien marquer que cette ténèbre est universelle. Il n'y a rien à faire pour en sortir. Ésaïe ne nous invite pas à sublimer notre philosophie, à purifier nos religions. Non, tout ça ne vaut rien. Tel est le message de Dieu à travers ce prophète qu'on appelle Ésaïe. Mais d'après ce message, quelque chose de nouveau se passe, sans doute vers le cinquième siècle avant l'ère chrétienne. Des populations païennes se mettent en route pour Jérusalem. Ce sont des populations qui habitent au sud d'Israël. Madian, Eipha, Qédar, Nabayot : ce sont des gens d'Arabie, Éthiopie, de ces régions où certains Israélites avaient émigré volontairement. Et justement ces émigrés reviennent dans leur pays, accompagnés par ces païens, des païens qui se convertissent au sens propre, qui se retournent, qui changeant de direction. Ils quittent leur pays ténébreux, ils se dirigent vers Jérusalem, parce qu'ils ont compris que là ils trouveront la lumière. * * * Ces étrangers préfigurent peut-être les païens qui adhèreront à la manière juive d'avoir confiance en Dieu. Ils apporteront avec eux ce qu'ils ont de plus précieux. Parmi ces richesses, on mentionne l'or et l'encens, qui est un parfum précieux. De l'or et de l'encens, ça nous dit quelque chose. Ce sont les trésors que, d'après le récit de Matthieu, las mages apportent en cadeau à Jésus qui vient de naître. Matthieu ajoute un troisième cadeau : de la myrrhe. À l'époque, la myrrhe servait à embaumer les cadavres avant de les enterrer. Matthieu, dès la naissance de Jésus, fait déjà allusion à sa mort et à son ensevelissement. En mentionnant l'or et de l'encens, Matthieu reprend le thème de notre texte. Il raconte que des mages –des païens venus de l'Est- viennent à Jérusalem pour voir Jésus. Mais ils se trompent : on les envoie à Bethléhem, le lieu de naissance de Jésus. Tout en évoquant Ésaïe, Matthieu lui fait subir une belle entorse. Pour lui le centre n'est plus Jérusalem, mais Bethléhem et Jésus. On se détourne du message du prophète, on prêche un tout autre message, une autre bonne nouvelle, un autre évangile. On remarque le même déplacement chez l'apôtre Paul. Un fragment de la lettre aux Éphésiens nous est proposé aujourd'hui. Dans cette lettre, Paul déclare que l'évangile s'adresse aussi aux non-Juifs et que lui, Paul, est chargé de le leur annoncer. Mais cette Bonne Nouvelle, il la voit, non plus venant de Jérusalem, mais attachée à la personne du Christ. Mais le Christ est ressuscité ; il est donc universel. Il n'est plus d'aucun lieu et surtout pas de Jérusalem. Ésaïe –sans doute en espérance- voit des païens accourir à Jérusalem. Paul les presse d'avoir foi en Jésus-Christ. Paul désincarne la Bonne Nouvelle proclamée par le prophète. Il ne l'attache plus à une ville –la capitale d'Israël- mais à une personne. Là aussi on constate un changement par rapport au message d'Ésaïe. Paul, comme Matthieu, détourne le message. Ce n'est plus la Bonne Nouvelle de Dieu proclamée par son prophète, c'est l'évangile selon l'apôtre Paul. * * * Paul et Matthieu –et Marc, Luc et Jean- parlent de Jésus. C'est le moment de nous rappeler que Jésus est un Juif. D'après ce que nous savons de lui –justement par les évangiles- Jésus vit comme un Juif ; il suit les coutumes juives, il parle et il pense comme un Juif. D'après Matthieu, Jésus déclare qu'il ne vient pas abolir la Torah, c'est à dire les commandements de Dieu ; ni les prophètes. Dans ce qu'on appelle le Sermon sur la Montagne, nous avons quelques exemples de la façon dont il comprend le Premier Testament. "Vous avez entendu qu'il a été dit…Alors moi je vous dis…" non pas "mais moi je vous dis", comme si Jésus voulait dire le contraire de ce qu'on avait dit avant lui. Il dit "alors je vous dis…" Nous devons comprendre : "C'est là mon interprétation, c'est ma façon de comprendre le Premier Testament." Jésus nous renvoie au Premier Testament. Il le commente, il dit comment il le comprend. Il fait le même travail que les rabbins de tous les temps jusqu'à maintenant. Si nous voulons comprendre ce que Jésus explique, nous devons impérativement revenir au Premier Testament, ce Premier Testament que nous avons tendances à oublier ou à mettre de côté sous prétexte qu'il ne serait que l'annonce du Nouveau et qu'il aurait moins de valeur. Jésus, lui, au contraire, le prend au sérieux. Il y voit la Parole de Dieu. Il nous invite à y recevoir, nous aussi, cette Parole de Dieu. Nous, les Protestants, nous avons l'habitude de nous reporter à cette Parole de Dieu, nous y voyons le fondement de notre foi. Alors, faisons comme Jésus, allons chercher cette Parole où elle se trouve, là où nous avons toutes les chances de l'entendre et de la comprendre. En même temps que nous oublions la valeur du Premier Testament, nous tenons moins compte –ou nous rejetons complètement- le rôle de Jérusalem. Pourtant c'est là que Dieu avait décidé d'habiter. C'est là que les Israélites se rassemblaient pour le culte du Seigneur. Le prophète Ésaïe proclame que la lumière de Dieu se lève, comme le soleil, à Jérusalem. C'est à Jérusalem que Jésus a donné une partie de ses enseignements, c'est là que les soldats romains l'ont crucifié. Mais nous avons réussi à nous détourner de cette ville d'où était sortie la Parole de Dieu. Les Juifs nous ont transmis cette Parole, mais, en croyant recevoir cette Parole, mais nous avons détesté ces Juifs de qui nous l'avions reçue. On accuse Israël de tous les maux, de tous les crimes. Le prophète décrit la joie de Jérusalem qui voit revenir ses enfants et accourir las païens vers la lumière. Mais les persécutions des Juifs ont changé cette joie en larmes. À la place de cette lumière porteuse de vie, nous avons semé la mort et répandu des souffrances. * * * Aujourd'hui, c'est le dimanche de l'Épiphanie. D'après le sens de ce mot, c'est le moment où Dieu se montre, où il se fait connaître. La tradition veut que ce dimanche-là, on relise le récit de la venue des mages à Bethléhem. Ces mages sont des païens. Nous aussi, nous sommes des païens, nous venons du paganisme, puisque nous ne sommes pas Juifs. Nous pouvons reconnaître dans cette foule qu'Ésaïe voit se diriger vers Jérusalem, parce qu'ils savent que là ils trouveront la lumière. À nous aussi Dieu propose sa lumière, la lumière de sa Parole pour éclairer notre vie. Cette Parole, cette lumière, nous la rencontrons chez le prophète Ésaïe, nous les rencontrons dans tout le Premier Testament. En réponse à la bonté de Dieu, nous réapprendrons à lire et relire ce Premier Testament. C'est là qu'il nous parle, comme il parle à Israël. Nous l'entendrons si nous savons ouvrir nos oreilles. Amen ! Autres textes de la même catégorie
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