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Esaïe 6 v 1-8 (Alphonse Maillot)



Texte : Esaïe 6/1-8
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Mon âme magnifie le Seigneur — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C – Avent-Noël-Epiphanie. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 91-93).



5° dimanche ordinaire

Esaïe 6/1-8


Tout d'abord, renonçons à ce savant "charcutage" inutile auquel nous invite la liste des lectures.

Ensuite, sachons que si, longtemps, on a vu dans ce passage "la vocation d'Esaïe" (cf. la TOB) — et je suis moi-même persuadé qu'il s'agit bien de cela —, aujourd'hui cette façon de comprendre Esaïe 6 est remise en question.

De toute manière, on constatera que ce "récit biographique" n'a pas été (à l'inverse de Jérémie) considéré par le rédacteur final, comme primordial ou comme "prisme de lecture" pour le livre entier.

Si on en arrive au texte lui même, on constate tout d'abord que ce violent accusateur du culte, des rites et donc du Temple lui-même (par exemple, 1/10-20) qu'est Esaïe, n'en est pas moins dans le Temple quand survient sa vision (6/1). (Nous sommes aux environs de 740). Il n'accusera donc pas de l'extérieur, mais en restant un fidèle Israélite. D'ailleurs, c'est bien dans ce Temple lui-même que le Seigneur lui apparaît de manière si présente qu'Esaïe le voit (c'est le terme le plus banal pour "voir" ; on comprend alors sa réaction du v. 5 ; cf. Exode 3/6, 33/20, etc... et cf. plus bas).

En ce qui concerne les séraphins (tout comme les chérubins ! !), ce sont des créatures fantastiques et effrayantes (des sergents géants et... ailés).

Et ce qu'ils disent (v. 3, le triple "Sanctus") est probablement une formule liturgique déjà utilisée dans le culte israélite, et qui rappelle avant tout que Dieu le Seigneur est vraiment tout autre que toutes les divinités que les hommes ont imaginées ; ensuite c'est le rappel que ce SEIGNEUR-trois-fois-saint s'est, malgré cette distance infinie, choisi un peuple qu'il a sanctifié, pour qu'à la fois un culte soit rendu à ce Dieu unique, et le nom (et l'œuvre) de ce Seigneur soit annoncé à toutes les nations.

Mais ici, dans ce contexte, le "Dieu-trois-fois-saint" appelle un prophète pour témoigner contre un peuple qui oublie et la sainteté de son Dieu et sa propre sainteté.

A cette vision, Esaïe, solidaire de son peuple, se sent et se croit perdu, lui qui a dit souvent aux autres : "Malheur à vous..." (ce n'est pas tout à fait le même mot qu'en 5/8 et 5/11, 18, 20, 21 par exemple) et il se découvre sous la même condamnation (c'est capital pour un prédicateur de faire cette découverte) : v. 5 ; condamnation à mort ou au silence (il y a ici un beau jeu de mots sur "perdu" ou "réduit au silence").

En effet, les lèvres d'Esaïe sont impures, tout comme celles de ce peuple qui a invoqué des divinités étrangères (2/8 & 18) ou porté de faux témoignages ou colporté des mensonges contre des innocents (1/23 et 5/7 pétri de magnifiques jeux de mots : "Il attendait le Droit, ce furent des passe-droits ; il attendait la droiture, ce furent des injures" ; ou encore 5/23).

Esaïe se croit aussi condamné, non seulement par solidarité avec son peuple, mais parce qu'il a "vu" le Seigneur-des-Armées (1) dans sa gloire. Or, personne ne peut voir Dieu et continuer de vivre (Exode 3/6, 33/20... cf. notes TOB), contrairement aux idolâtres et surtout leurs prêtres, qui prétendaient avoir vu ou voir leur Dieu (cf. aussi Jean 1/18).

On remarquera que les péchés essentiels sont ici ceux des lèvres (idem dans toute la Bible). Et qu'il suffira que les lèvres d'Esaïe soient purifiées pour qu'il puisse à nouveau vivre et parler. Avec des lèvres purifiées, tout l'homme est pur, toute faute en a été écartée (v. 7). Cf. Marc 7/15-18 qui vise aussi les paroles, comparées à des excréments, quand elles sont nuisibles ; et Jacques 3/1ss, etc...

Le prophète va maintenant pouvoir délivrer une parole pure (mais dure : v. 9-10). Et contrairement à Jérémie qui, tout comme Moïse ou Jonas, essayait de se défiler, Esaïe, quand Dieu va l'interroger pour savoir qui envoyer dans ce pays idolâtre et rebelle, répondra simplement : "Me voici ! Envoie-moi".

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(1) C'est une supposition !




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