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Esaïe 55 v 1-3 Alphonse Maillot
Texte : Esaïe 55/1-3
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : …Sans rien payer — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Temps de l’Eglise, de juin à novembre jusqu’à la fête du Christ-Roi [25 dimanches et fêtes]). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 81-83 & 90). 18° dimanche ordinaire Esaïe 55/1-3 On commencera par s'étonner de la disparition, depuis la Septante au moins, d'une vive interjection au début du v. 1, interjection qui, dans le plus grand nombre de cas, signifie "malheur à..." (la Bible de la Pléiade met : "Ah !...") et qui, de toute manière, a un sens interpellatif très fort : "Hé là ! Attention!". C'est probablement (?) le cri du porteur d'eau passant dans les rues et qui avertit qu'il s'écoulera un bon moment avant qu'il ne revienne. Cependant ce porteur d'eau, cette fois, n'entend pas se faire payer. Mais il n'est pas que "porteur d'eau" — eau, pas tant symbole ici d'une liberté (perdue à Babylone) que du culte que les Israélites vont pouvoir célébrer à nouveau — il est aussi porteur de solides nourritures ; on pourrait presque traduire : "Venez casser la graine !" ; (la TOB apporte une inutile correction, en s'attachant à la Septante). L'eau, qui est la première nécessité pour ceux qui sortent du désert (cf. Exode 15/22 ; Esaïe 40/3), est suivie par le don de la nourriture : pain (cf. Exode 16), lait et même du vin. Tout cela est gratuit, destiné en priorité à ceux qui sont démunis, et plus particulièrement à ceux qui n'ont absolument rien à offrir en échange : "sans argent, sans troc" précise le texte (comprendre le : "même celui qui n'a pas d'argent", dans le sens : "surtout celui...") ; ce qui est le cas de la plupart de ceux qui rentrent d'exil et à qui est adressée cette si large invitation. Israël devra savoir, une fois pour toutes, qu'en fait, il est... "fauché". On remarquera une apparente contradiction dès le v. 2 : — "Pourquoi mettre en balance (avec un beau jeu de mots sur "manger") de l'argent pour ce qui n'est pas une nourriture, et vous "crever" pour ce qui ne rassasie pas" ? — Ce qui laisserait croire que certains ont ramené une "cagnotte" de leur long exil, ou plutôt qu'à peine rentrés, ils songent déjà au commerce. Mais le prophète veut surtout insister sur les temps nouveaux qui s'ouvrent avec le retour des exilés. Il leur annonce une ère où tout (ce qui lui semble capital) sera gratuit, et où le premier et principal souci de l'homme ne sera plus de manger ni de commercer (Deutéronome 8/3). D'autres prophètes (Malachie par exemple, Aggée...) montreront que ce temps de gratuité où les hommes ne songèrent plus qu'à l'essentiel : écouter (v. 3) et rechercher le Seigneur (55/6), fut fort bref si tant est qu'il dura plus qu'un éclair (on retrouverait aussi pas mal d'allusions à la "faillite" d'Israël dans les chapitres 55-66). Je relèverai cependant : a) cette liaison profonde entre Dieu, son Royaume (Jésus-Christ pour les chrétiens) et la gratuité. Si une pleine gratuité dans tous les rapports humains n'aura lieu qu'au Royaume, au moins pouvons-nous dès maintenant, dans la prédication comme dans le reste de la vie de l'Eglise, annoncer et faire quasiment toucher du doigt cette gratuité : je pense ici, comme exemple mineur, à ceux qui croient bon de tarifer les mariages ou les enterrements ou...[Je me suis jadis "battu" avec un neveu qui venait de faire un héritage de milliardaire — en francs anciens — en refusant de lui donner un chiffre autre que zéro pour les obsèques de sa tante. De rage, il n'a rien donné ! Tant pis pour lui !]. Vous n'annoncerez jamais assez la gratuité, et sans arrière-pensée, mais sans en oublier le sérieux, cf. le premier mot du v. 1 : "Attention !" ; b) le v. 3 "mérite" un bon moment... d'attention : "L'Alliance éternelle" surtout ; cf. Esaïe 61/8 ; on la retrouve en Genèse 9/16 (Noé) ; 17/7 et autres (Abraham) ; Exode 31/16 (Moïse) ; 2 Samuel 23/5 (David) ; et plusieurs autres fois pour les exilés (comme ici). On aura remarqué comme cette expression scande, en quelque sorte, les grandes étapes de l'histoire du salut. Une autre commence donc ici (cf. Hébreux 13/20). Et c'est le vocabulaire traditionnel, et probablement le plus ancien, qui est ici employé : "Trancher (allusion à la victime-gage) l'Alliance". Mais la suite est claire, c'est l'alliance faite avec David qui va être reprise et définitivement scellée, que l'on traduise le dernier vers du v. 3 : - "Les fidélités de David, celles qui ont persisté (racine "Amen" identique à "foi") ; - ou "La Fidélité (de Dieu) envers David, celle qui est intangible" (idem). Si (malgré André Caquot) la deuxième interprétation (plutôt que traduction) me semble la meilleure (Psaume 89/50), elle ne doit cependant pas exclure la première (cf. Psaume 132/1-2 & 10-11 ; même si le v. 11 de ce Psaume fait pencher la balance à nouveau vers le deuxième) ; dans une alliance véritable, la fidélité de l'un (le Seigneur) suscite immédiatement la fidélité de l'autre. "Plan" de prédication Bien entendu, si le dimanche où ces textes doivent être lus, le "repas du Seigneur" y est célébré, on prendra le texte de l'évangile (même s'il n'y a pas... 5000 paroissiens au culte). On s'efforcera de l'actualiser, en montrant bien qu'il s'agit de la même cérémonie du partage des douze corbeilles restantes, et que c'est encore Jésus, présent parmi nous, qui nous ordonne de partager ce qu'il a fait pour tous. C'est Jésus lui-même qui nous y donne sa vie et y partage son sacrifice (au passage, on évitera les mots "piégés" de "répétition", "symboles", "commémoration", etc…). On relèvera aussi la redoutable actualité de "donnez-leur vous-mêmes à manger" ; et sans oublier la priorité contemporaine (qui était aussi celle de l'époque du Christ) de la nourriture dite matérielle, on songera à toutes les autres nourritures dont nous sommes repus, et qui font souvent cruellement défaut ailleurs. Le "repas du Seigneur" est le moment le plus évident où le dilemme dans lequel on veut souvent nous enfermer (l'Eglise introvertie et sacramentelle, contre l'Eglise extravertie et diaconale) est stupide autant que néfaste ; on s'approche de la table (ce mouvement est d'une grande symbolique) pour repartir (idem) partager ce qu'on vient d'y recevoir. Mais cependant, on l'aura deviné, c'est le texte de Romains 8/35-39 (sans oublier la grande invitation d'Esaïe 55) qui me "tente" le plus, afin d'insister en particulier sur le fait que moi-même je ne puis plus m'accuser (et encore moins me condamner), cf. 1 Corinthiens 4/3-4. Autres textes de la même catégorie
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