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Ésaïe 55 David Mitrani
textes : Ésaïe 55 ; Évangile selon Luc 12 / 22b-32
chant : 47-07 « Ne vous inquiétez pas… » Chers amis, j'aurais pu prendre aujourd'hui comme texte bibli-que le récit de la tentation de Jésus au désert, après son baptême par Jean. Car à nous aussi, le diable parle beaucoup ! Il nous en raconte, des choses ! Je sais bien : les adultes vont me dire : « Tu y crois, toi, au diable ? » en évitant soigneusement de se prononcer eux-mêmes. Les caté-chumènes vont dire entre eux : « Tout ça, c'est des c… ». Peut-être les enfants demanderont-ils : « À quoi il ressemble, le diable ? Comment on fait, pour l'entendre ? »… La réponse à la toute dernière question est facile : il suffit de s'enregistrer, soi, ou bien les autres, c'est pareil. Le diable ? Il a notre voix, notre visage… Il a deux sortes de paroles pour nous : celles qui nous flattent, et celles qui nous inquiètent. Parfois d'ailleurs, ce sont les mêmes. Il nous dit : « Vas-y, c'est à toi de faire. Tu dois le faire. Tu peux le faire. » Vous savez, c'est un bon coach. S'il entraînait une équipe comme, par exemple… tiens, un conseil presbytéral… il aurait du travail, certes, mais enfin, le challenge est important, à la hauteur de l'enjeu ! Il faut dire qu'il dispose d'un outil en or : les engagements que les conseils ont pris, tout-à-l'heure. Parole flatteuse : « tu peux… » ; parole pour inquiéter : « tu dois… ». C'est la même parole que les jeunes entendent sans cesse, dans la bouche des ensei-gnants, dans celle de leurs copains, dans celle de tout le monde. Quand on leur dit : « tu dois », ça les agace, mais quand on leur dit : « tu peux » et qu'ils ne flairent aucun piège, alors c'est l'occa-sion de montrer ce qu'ils valent ! Quelques dizaines d'années plus tard, le « tu dois » énerve tou-jours autant (surtout les protestants), mais on ne croit plus guère au « tu peux »… Il n'y a plus que le regret et l'inquiétude : j'aurais pu, je n'ai pas fait, je ne sais pas faire, je ne pourrai pas faire, je ne serai jamais à la hauteur… Là, le diable a réussi son coup : rien ne se fera ! Il a réussi son coup, s'il est arrivé à nous enfermer dans sa logique. S'il est arrivé à nous faire croire que nous sommes « comme des dieux » (Gen. 3 / 5), afin de nous faire tomber de plus haut. C'est lui qui énumère nos qualités, qui nous fait sauter dans le vide pour éprouver notre cou-rage ou notre confiance (Luc 4 / 9). Il pratique à l'envi la pédagogie de l'échec à notre égard : plus nous essayons et plus nous ratons et plus notre courage s'évanouit et moins nous faisons ce que nous avons à faire… Car tous, nous avons des choses à faire. Nous avons une mission, à laquelle Dieu nous appelle : une « vocation », comme on dit. Je souhaite aux plus jeunes de découvrir la leur, chacun, et à travers elle de découvrir aussi que quelqu'un qui les aime les appelle à quelque chose, les appelle à devenir ce qu'ils sont déjà à ses yeux. Je souhaite aux plus vieux de se rappeler de leur vocation, de se rappeler combien ils ont été aimés et secourus et parfois rattrapés au vol. Je sou-haite aux conseillers d'entendre à travers leur ministère, leur métier, leur foyer, l'appel de celui qui les porte, l'appel de leur Seigneur à le rejoindre à l'endroit de l'extrême impuissance : la croix. Car la parole de Dieu est l'inverse de celle du diable. Elle ne dit pas de faire. Elle prophé-tise : « tu feras ». Et pourquoi ferai-je ? Pas parce que je peux : je sais bien que je ne peux pas ! Impuissance…Pas parce que je dois : l'amour n'oblige pas les autres, il n'oblige que lui-même. Je ferai parce que celui qui m'aime, justement, celui qui a donné sa vie pour moi, va faire, il va me faire faire avec lui. Je ferai parce que « ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi », comme écrivait Paul (Gal. 2 / 20). Ça ne dépend pas de moi, mais de lui. Dans l'engagement que je prends, c'est Christ qui s'engage, pas moi. C'est sa croix… Mais je le savais bien. Si le diable n'avait pas obscurci mes pensées en ne me parlant sans arrêt que de moi, moi, moi… eh bien, je me serais souvenu de la parole que Dieu m'adresse de-puis toujours : « Venez, achetez sans rien payer ! » « Vous valez plus que les oiseaux. » « Votre Père sait que vous en avez besoin… » « Ne vous inquiétez pas… », dit le Seigneur. Dieu donne, Dieu nourrit, Dieu s'occupe de nous. La foi le sait, l'amour le sait, et l'espérance y aspire sans cesse : Dieu est Père, pas patron. Christ est notre frère, pas notre tentateur. L'Esprit nous soulève, comme le vent soulève les feuil-les : il arrache nos sécurités, oui, mais il nous permet ainsi d'accomplir des miracles. Ce que Dieu prépare pour chacun de nous, et pour nos Églises aussi d'ailleurs, c'est quelque chose de fort, d'exaltant, d'inattendu, de dérangeant. Tout ce qu'il nous demande, c'est de nous « lâcher » ! Lâcher nos certitudes sur Dieu, sur nous, sur l'Église, sur le monde. Lâcher nos prévisions, nos déceptions. Lâcher nos calculs, nos vanités. Être seulement nous-mêmes, nous-mêmes tels que l'Esprit de Dieu peut nous façonner encore aujourd'hui, à n'importe quel âge, à n'importe quel moment. Dieu n'est pas prisonnier des paroles du diable. Il ne fait pas parce qu'il peut, ni parce qu'il doit. Il fait parce qu'il aime, parce qu'il vous aime. Laissez l'Esprit vous apprendre à faire comme lui : à faire par amour. Rappelez-vous : « L’amour est patient, l’amour rend service, il n’a pas de passion jalouse ; l’amour ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil, il ne fait rien d’inconvenant, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il ne tient pas compte du mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit avec la vérité ; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. » (1 Cor. 13 / 4-7) Conseillers, si vous y tenez, on peut mettre ce texte à la place de vos engagements… mais c'est encore plus difficile, si vous ne comptez que sur vous-mêmes. Et ça, c'est vrai pour tout le monde. Comptez donc sur celui qui a vécu cela jusqu'au bout. Finalement, conduisez-vous comme ceux des enfants qui ont la chance de pouvoir le faire : faites confiance, abandonnez-vous dans les bras paternels, prenez la parole de Dieu qui vous est donnée en nourriture abondante, recevez les autres comme frères et soeurs, plutôt que comme collègues, administrés ou concurrents. Voilà l'Église : la famille de tous ceux qui ne peuvent ni ne doivent, mais qui se savent aimés, portés et supportés. « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. » (2 Cor. 3 / 17) Simplement, vivez-la ensemble ! Amen. Châteauneuf (catéchisme + installation des C.P.) - 26 mars 2006 Pasteur David Mitrani - erf.jarnac@free.fr Autres textes de la même catégorie
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