Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Esaïe 49 v 1-6 (Louis HONNAY)



Texte : Esaïe 49/1-6
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 14.01.1990.



Mais qu'est-il donc, ce personnage qui se présente au début de ce chapitre quarante-neuf d'Esaïe ? Il nous dit un certain nombre de choses sur lui-même. Par exemple, il dit que Dieu l'a choisi même avant qu'il ne naisse, pour remplir la mission qu'il lui confierait plus tard. Il dit que Dieu lui a confié sa Parole, car la bouche signifie ici la parole, prononcée devant les autres. Il nous dit encore qu'il lui semble avoir travaillé pour rien, pour du vent. Mais que Dieu l'approuve et que c'est là son réconfort dans son échec apparent.

-o-

Je ne sais pas ce que vous en pensez… Ce texte fait l'effet d'une devinette. Comprendre quel est ce personnage, quel est son rôle exact, ressemble à une sorte de jeu de piste où on risque à chaque pas de s'engager sur une voie sans issue. Peut-être d'ailleurs n'y a-t-il pas une seule solution, mais plusieurs ? Essayons-en quelques-unes.

Voici d'abord l'interprétation la plus simple. Celui qui parle serait tout simplement le prophète lui-même, à qui on donne le nom d'Esaïe d'après l'ensemble des messages (soixante-six chapitres en tout) qui portent ce nom. En effet, le prophète a reçu la mission de dire la Parole de Dieu, signifiée ici par la bouche. Notre texte dit que cette mission est universelle : le personnage doit apporter le salut de Dieu jusqu’aux extrémités du monde. Ce qui correspond effectivement à la vision de la fin du livre d'Esaïe, qui voit les païens admis sans distinction à bénéficier de la bonté de Dieu, de son amour pour les hommes.

Une autre interprétation voit dans ce personnage, non pas un individu, mais une communauté. Elle se fonde sur un détail de l'un des versets, le verset 3, qui dit ceci : "Mon serviteur, c'est toi, Israël...". Le mot "Israël" figure dans tous les manuscrits hébreux sauf un seul. Ce personnage, ce serviteur, serait donc le peuple d'Israël tout entier. C'est naturellement l'interprétation juive. Elle ne manque pas de vraisemblance. Car Dieu a effectivement façonné le peuple des Israélites. Ce peuple entre dans les projets de Dieu ; on peut dire que Dieu a pensé à Israël avant même qu'il ne prenne naissance, pour ainsi dire officiellement, par l'alliance du Sinaï. Israël a reçu la révélation de Dieu, il l'a reçue en dépôt, il l'a gardée fidèlement tout au long des siècles, malgré des écarts vite censurés par les prophètes. Grâce à Israël et à son attachement à la Torah — la loi de Moïse — et aux commentaires multiples de la Torah, Israël est l'instrument par lequel le monde entier peut connaître la Parole de Dieu. Nous ne lui serons jamais assez reconnaissants pour cette fonction qu'il a remplie et qu'il continue de remplir, en dépit du mépris dont on a couvert les Juifs pendant des siècles.

Il y a aussi l'interprétation chrétienne. Si on en croit les théologiens chrétiens, le personnage dont parle Esaïe 49 ne serait pas un contemporain du retour d'exil au 6° siècle avant notre ère. Ce serait une figure, une préfiguration du Messie. Le Christ réalise parfaitement ce qui n'est qu'une annonce pour un futur alors inconnu. Et c'est vrai que Jésus-Christ est bien le porte-parole de Dieu. L'introduction de l'évangile de Jean dit même qu'il est la Parole de Dieu devenue homme. C'est vrai aussi que Jésus a subi un échec apparent au moment de la croix, alors que tout semblait perdu, mais que Dieu lui a rendu justice en le ressuscitant. L'auteur de l'Apocalypse va même jusqu'à décrire le Christ revenu à la vie avec une épée qui lui sort de la bouche, en reprenant l'image d'Esaïe : "Il a disposé ma bouche comme une épée pointue". La ressemblance paraît complète.

Mais alors, si toutes ces pistes ont l'air justes, si chacune de ces interprétations tient debout, la question se pose : devons-nous choisir entre elles ? Le personnage est-il un individu ou est-il une communauté ? Pourquoi ne serait-il pas à la fois individu et collectivité ? Pourquoi ne serait-il pas tout en même temps un prophète, Israël et le Christ ? On peut alors dire : pourquoi ne serait-il pas aussi l'Eglise ? Cette Eglise qui entre également dans le projet de Dieu, que Dieu a connue et appelée à être, longtemps avant sa formation. Cette Eglise aussi a reçu une vocation particulière, elle a une mission à remplir dans le prolongement de celle de Jésus-Christ.

-o-

Nous disons donc : comme le prophète, comme Israël et comme le Christ, l'Eglise — et donc chaque membre de l'Eglise, chacun de nous — a reçu en dépôt la révélation, la Parole de Dieu. Elle l'a reçue afin de la faire connaître. La Parole n'est pas seulement à usage interne. Elle ne doit pas être prêchée seulement à l'intérieur des murs des temples et des chapelles. La Parole doit être aussi proclamée au dehors. C'est ce qu'on appelle la mission ou l'évangélisation : deux mots qui, en fait, veulent dire la même chose. Etre missionnaire, évangéliser, faire connaître la Parole de Dieu, est une nécessité aussi urgente de notre temps qu'à l'époque de l'apôtre Paul. En ce temps-là, les populations étaient prisonnières des religions, qui subjuguaient les mentalités et les tenaient captives. Aujourd'hui, les gens sont captivés, ou plutôt capturés, par des formes modernes de religions tout aussi oppressives que les anciennes. Le paganisme moderne se fait parfois conquérant, voire agressif ; il cherche à gagner du terrain, et il en gagne souvent. Seule la Parole de Dieu apportant la vérité sur l'homme et sur la société peut libérer de cette emprise ceux qui ont eu le malheur d'y succomber. Il importe que l'Eglise, que les chrétiens, ne perdent pas de vue cette vocation de porte-parole de Dieu, de proclamateurs de la Parole. C'est alors que nous correspondrons à la description du personnage décrit dans Esaïe, à qui la Parole est confiée pour qu'il la transmette à d'autres.

Ce n'est certes pas facile... Les religions et les idéologies — anciennes et modernes — se défendent et se défendent bien, parfois par des moyens qui ne respectent pas la dignité de l'homme. La force est indispensable pour les contrer, pour les convaincre d'erreur et pour en venir à bout. On comprend alors pourquoi le personnage d'Esaïe compare sa bouche à une épée. Le combat s'impose si on veut affirmer la vérité contre tous les mensonges. Il y aura fatalement un affrontement, une lutte, un corps à corps souvent difficile avec tout ce qui asservit les hommes, avec tout ce qui leur enlève leur liberté. Libérer les hommes signifie qu'on repousse tout ce qui les écrase, tout ce qui les diminue. Ce combat est d'autant plus rude que souvent les hommes consentent à ce qui les rend esclaves, ils se plaisent à leur servitude, ils prennent pour vérité toutes les faussetés qu'on leur fait croire. Pensons à ces millions de personnes prisonnières du bouddhisme, prisonnières de l'Islam, prisonnières des sectes de toute espèce. Elles le resteront, si la puissance de Dieu n'agit pas avec nous, si notre bouche disant la Parole de Dieu ne ressemble pas à une épée.

Combattre ce qui sépare les hommes d’eux-mêmes, de leur véritable nature, c’est la même chose que de combattre ce qui les sépare de Dieu. Combattre ce qui les sépare de Dieu — le mal, le mensonge, la vie qui prend une mauvaise direction, les déviations physiques et psychiques de tout genre —, c'est la même chose que de combattre tout ce qui les sépare les uns des autres : l'orgueil, l'égoïsme, le mensonge qui entraîne la perte de confiance, l'absence d'amour pour le prochain. Ce n'est pas pour rien que le personnage décrit par Esaïe dit que Dieu lui confie la tâche de rassembler les gens d'Israël. C'est aussi une mission de rassemblement que le Christ remplit, c'est la mission de l'Eglise de rassembler. Non pas en obligeant tout le monde à obéir à ses doctrines, encore moins en leur imposant on ne sait quel pouvoir théocratique. Il y a rassemblement quand on est réconcilié avec Dieu et quand on est réconciliés les uns avec les autres, quand on entre ensemble dans une relation avec Dieu, pacifique parce que pacifiée. Si les Eglises ont été souvent cause de division, parce que divisées elles-mêmes, ce ne peut être qu'une infidélité à dépasser, pour retrouver leur véritable vocation de communication et de communion.

-o-

Ce travail est souvent bien décevant. Quand on regarde les siècles passés, on peut croire que les chrétiens n'ont pas eu beaucoup de succès, que leur influence a été bien mince et qu'il ne reste pas grand-chose de leurs efforts. L'échec apparent de l'Eglise ressemble à l'échec apparent de Jésus-Christ et à l'échec du serviteur énigmatique du Seigneur. Mais, si le découragement nous saisit, disons-nous, comme ce même serviteur : "Mon droit m'attend auprès du Seigneur". C'est lui qui justifie notre témoignage, qui sait que nous servons à quelque chose et que nous servirons encore à quelque chose. Comme celle du serviteur, comme celle de Jésus-Christ, notre mission est universelle. Il reste encore du travail à faire avant que le message réparateur de l'Evangile arrive jusqu'au bout de la terre.

Amen !



Autres lectures : Jean 1/29-34
Apocalypse 1/9-18

Cantiques :
* Psaume 97/1 à 4 Dieu, le Seigneur, est Roi
* NCTC 242/1 à 3 = ARC 204 Nous t’invoquons, ô Seigneur
ou LP 218/1 à 3 = ARC 263 Que toute la terre
* NCTC 241/1 à 3 = ARC 554 O Jésus-Christ, Seigneur ressuscité
ou LP 215/1 à 3 Toi qui, dans la nuit de la vie
ou ARC 229/1 à 3 Touche nos oreilles




Inscription à la newsletter