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Esaïe 42 v 1-4 ou 1-9 Jean Maertens



Texte : Esaïe 42/1-4 ou 1-9
Genre : Prédication
Auteur : Jean MERTENS
Source : Prédication


Le baptême de Jésus
1° dimanche après l'Epiphanie

La traduction en français courant est la plus compréhensible. Mais je préfère Segond quand il traduit : Mon élu en qui mon âme prend plaisir. J'ai mis mon esprit sur lui.

Pourquoi lire le texte d'Esaïe 42, le dimanche dont le thème est le baptême de Jésus ? Car ce texte est cité dans les différents récits évangéliques du baptême de Jésus. Pour bien saisir le sens de cette citation, nous allons resituer le texte d'Esaïe dans son époque et essayer de l'entendre avec les réactions d'un Israélite déporté du 6° siècle avant Jésus-Christ. Il a été déporté en 587 avant Jésus-Christ quand les Babyloniens ont envahi et détruit Jérusalem. Il a vécu avec les siens sur les bords du Tigre et de l'Euphrate. Il se demandait ce que faisait son Dieu, s'il était moins efficace que les dieux babyloniens, s'il ne les avait pas oubliés, ou encore si c'était pour les punir que tout cela leur arrivait.

Des années après, un nouveau prophète se lève parmi eux et leur parle de la part de Dieu. Il appartient au courant, à l'école du prophète Esaïe. Nous pouvons lire les discours de ce prophète à partir du chapitre 40 du livre d'Esaïe. C'est un ensemble que l'on appelle le livre de la Consolation. « Consolez ! Consolez mon peuple ! ». Car ce sont de bonnes nouvelles qu'il annonce au peuple en exil : Dieu va intervenir. Il va leur permettre de rentrer dans leur pays et de voir Jérusalem. C'est ce qui arriva en 538 avant Jésus-Christ grâce à l'arrivée des Perses au pouvoir et des décisions prises par leur roi, Cyrus. Dans cette partie du livre se trouvent quatre chants, où il est question d'un personnage quelque peu mystérieux, un serviteur de Dieu qui sera amené à souffrir pour son peuple à cause de la mission que Dieu lui a confiée.

Quelques indications rapides sur ces chants du Serviteur : ils se trouvent aux chapitres 42, 49, 50 et 53. On a pensé que ce Serviteur pouvait être le peuple d'Israël. Mais bien des passages évoquent une ou des personnes. Il est appelé par Dieu dès le sein de sa mère, formé par lui, rempli de son esprit. Ce serviteur apparaît comme un disciple à qui Dieu a ouvert l'oreille. Il apporte le droit sur la terre. Il instruit les hommes. Il accomplit sa mission sans éclat extérieur, dans la douceur. Il est en butte au mépris, aux outrages, mais ne faiblit point, car Dieu le soutient. Il s'est laissé maltraiter comme un agneau qu'on mène à l'abattoir... mais il subissait la souffrance que nous méritions. L'échec n'est qu'apparent. Il grandira et aura une postérité.

Ces textes prophétiques, après avoir été proclamés, ont ensuite été rassemblés, lus et relus et commentés, en particulier lors des offices de la synagogue. Et, nous aussi, nous les lisons et relisons et les commentons. Ainsi, nous nous situons dans une tradition, une transmission de textes qui, de cette manière, continuent à nourrir la foi, la réflexion, l'engagement. Mystérieuse fécondité et actualisation d'un héritage millénaire !

Mais, avant que nous ne le fassions, Jésus a relu ces textes pour définir sa mission. C'est ainsi que Jésus, étant entré dans la synagogue de Nazareth, fait la lecture du jour dans le rouleau d'Esaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi,
Il m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés... ».
Et l'évangéliste Luc d'ajouter les paroles de Jésus : Ce passage de l'Ecriture s'est réalisé aujourd'hui (Luc 4/21). Jésus cite Esaïe 61 et 42/7.

Les évangélistes citent Esaïe 42 dans les récits du baptême et de la transfiguration. Lorsque Jésus est baptisé, l'Esprit de Dieu descend sur lui comme une colombe. Une voix venue du ciel affirme : Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toute mon affection. Ces paroles sont les formules d'intronisation des rois d'Israël. En Esaïe 42, c'est sans doute l'empereur Cyrus qui est évoqué. Mais, lorsque les évangiles reprennent ces paroles à leur compte, c'est pour affirmer que Jésus est le Messie, le roi par excellence qui est au service de Dieu et des hommes. L'affirmation que toute fonction est d'abord un service reste percutante et continue de nous interroger. Tout ministère est un service. Le mot ministère signifie étymologiquement serviteur. La formule d'intronisation souligne l'importance de Jésus. Il est celui que préfère l'âme, la personne de Dieu. Notre âme prend-elle, de même, plaisir à le fréquenter, à le suivre et réjouir ainsi l'âme de Dieu ? La foi serait-elle un plaisir, une réjouissance ? Mais pourquoi pas !

L'Esprit de Dieu repose sur lui. L'Esprit est toujours associé à la création. Il est associé à tous les ministères que nécessitent la vie et la mission du peuple de Dieu. Il intervient au niveau de l'éthique comme le moteur de l'agapé, de l'amour-charité.

Revenons au serviteur d'Esaïe 42. Il ne crie pas. Il exerce sa mission avec douceur, dans le respect de l'autre. Son enseignement est transmis avec force et persévérance, mais dans la douceur.

Il apporte aux nations le droit. Dans la continuité, Matthieu nous présente Jésus comme un nouveau Moïse, un nouveau législateur, un nouveau maître. C'est l'amour de Dieu et du prochain qu'il met en avant et qui résume tout son enseignement. Il l'a pratiqué jusqu'à donner sa vie pour le salut des hommes, les libérer de la culpabilité et de la violence.

Cela rejoint la thématique du serviteur souffrant et du baptême. C'est en sa mort que nous avons été baptisés, dit l'apôtre Paul. L'eau du baptême évoque la mort de Jésus, qui nous lave de nos péchés. Mais c'est pour nous faire renaître à une nouvelle vie. Ainsi le serviteur souffrant aide à vivre. Il n'éteint pas la flamme qui vacille ni le roseau froissé. Certes, il s'agit du retour de l'exil, mais nous pouvons lire ce texte aujourd'hui comme une ouverture à l'espérance. C'est le service, c'est l'esprit de Dieu, c'est la douceur qui aplanit les chemins et ouvre une brèche à l'espérance. La foi redonne courage et vie. Le droit et la loi gardent leur importance. Elles permettent le respect de l'autre. Il n'y a pas de vie possible sans ce respect.

Dans la symbolique d'Esaïe 42, le roseau froissé désigne l'Egypte, un des pays écrasés par les Babyloniens qui, grâce à Cyrus, va pouvoir revivre. Dieu permet dans sa miséricorde à certains pays éprouvés par la guerre et la destruction de pouvoir revivre et de retrouver la paix. Telle est bien le sens de l'action du serviteur souffrant. C'est bien la paix et la réconciliation qui nous sont offertes par Jésus-Christ. A nous de l'accueillir encore plus pleinement dans nos vies. A nous de nous laisser inspirer par Dieu et par son serviteur plus largement encore.





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