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Esaïe 42 ; Marc 1/7 Yves CRUVELLIER



Textes : Esaïe 42 ; Marc 1/7
Genre : Prédication
Auteur : Yves CRUVELLIER
Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 10.01.1982.



Amis,

Je ne pense pas souvent au baptême de Jésus, peut être pas plus que vous qui m'écoutez : en effet, quand nous parlons de lui, nous pensons plus souvent au crucifié et au ressuscité, au Seigneur et au Sauveur qu'au baptisé du Jourdain, venu de loin pour retrouver l'ascète fascinant du désert, son cousin vers qui les habitants de la capitale accourent et auxquels il dit :
"Moi, je vous ai immergés dans l'eau,
Lui, vous immergera dans le souffle de sainteté".

Voilà Jésus, venu de Nazareth, anonyme, au milieu de cette foule de baptisés :
— quel sens a ce baptême de Jésus, auquel nous pensons si peu souvent et qui est rappelé par les quatre évangélistes ?
— que dit-il à notre foi ?
— est-ce vraiment important ?

La réponse est OUI. Oui, ce baptême est important et je vais essayer de vous dire pourquoi.


1 - C'est l'investiture du libérateur.

Ce texte ne nous raconte pas un moment d'émotion de Jésus ou une vision accordée aux assistants : dans la simplicité du récit évangélique de Marc, il est une déclaration de Dieu sur Jésus.

Il est comme nous, il passe par le chemin de ce baptême de repentance et de pardon : dans cet abaissement, dans ce signe de conversion et d'espérance, il manifeste qu'il est le Serviteur dont parlait le prophète...

Et, en même temps, son baptême est l'occasion d'un événement unique : "A l'instant où il remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer". On entend comme en écho le cri lancé six cents ans plus tôt par Esaïe (63/19) : "Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais !".

Certes, notre vision du monde, du cosmos, de la terre et des cieux, est aujourd'hui bien différente de ce qu'elle était pour les Hébreux, mais le sens de cette expression est que Celui que nous appelons Dieu intervient ici de façon décisive, établit une communication avec les hommes.

La déchirure des cieux, ce n'est pas un événement catastrophique, c'est l'ouverture vers l'avenir de Dieu, un avenir de justice, d'amour et de paix.

Bien des commentateurs ont compris et interprété le baptême de Jésus comme un renouvellement symbolique de la grande aventure de l'Exode : il sort de l'eau comme le peuple sortit de la mer Rouge, quittant l'Egypte et la servitude pour se mettre en route vers la Terre Promise :

- si Moïse est, entre les mains de Dieu, le grand libérateur de son peuple dans l'Ancienne Alliance, Jésus comprend à son baptême qu'il est celui que Dieu a choisi pour effectuer la délivrance définitive de son peuple et de l'humanité ;

- il est le Serviteur attendu ;

- il est mis en possession de sa charge de libérateur : c'est bien d'une investiture qu'il s'agit !

Un autre aspect de ce texte insolite nous le rappelle et le confirme :

2 - Ce libérateur est appelé Fils.

Au plus profond de lui-même, une voix se fait entendre :
"C'est toi, mon fils aimé ;
en toi, je me plais".

C'est-à-dire : tu corresponds à ce que j'attends de l'homme ; tu es celui qui, dans son service de Dieu et des hommes, ira jusqu'au bout de l'amour et de la justice.

Et cette déclaration s'accompagne de la venue de l'Esprit, ce "souffle de sainteté", comme traduit André Chouraqui.

La venue de l'Esprit de Dieu sur le libérateur d'Israël faisait partie de l'attente messianique du temps de Jésus : c'est lui qui vous immergera dans le souffle de sainteté, disait le Baptiste ; avant d'immerger les autres dans ce souffle, il l'est lui-même, d'abord et en premier.

La colombe, cet oiseau des dieux de bien des mythologies, symbole de puissance et de paix, est la forme insolite par laquelle l'Esprit se manifeste à Jésus, venu de Nazareth et baptisé dans le Jourdain. La beauté de cet oiseau n'a d'égale que sa pureté et sa simplicité.

"Il ne criera point, disait le texte d'Esaïe que nous avons relu tout à l'heure, il n'élèvera point la voix, il ne brisera point le roseau cassé et n'éteindra point la mèche qui brûle encore".

Mais l'Esprit de Dieu, c'est aussi la puissance de la simplicité de Dieu. Etre immergé dans ce souffle de sainteté, se laisser envahir, posséder par lui, c'est pour Jésus la certitude d'une puissance pour lutter contre les forces du mal et les vaincre, la certitude d'une présence de Dieu en lui et avec lui. Etre immergé dans l'Esprit, c'est recevoir une impulsion décisive, se mettre en marche pour une mission.

3 - C'est la troisième réalité que j'aimerais relever en méditant avec vous ce texte difficile.

Si le baptême de Jésus est l'investiture du libérateur, si ce libérateur est déclaré Fils aimé et digne d'être aimé, le baptême de Jésus est aussi et enfin un départ, un ordre de mission. C'est le moment où l'on se recueille, où l'on se concentre, comme nous disons des athlètes qui se préparent à l'effort.

Le baptême de Jésus, c'est ce moment où l'on a l'impression que ce Dieu qu'il appellera son Père lui dit : "Maintenant, tu peux y aller ! Pars !".

Oui, il est parti et il est encore devant nous. Et comment exprimer mieux sa mission que ne le faisait le prophète en parlant du Serviteur : "Il ne se découragera point et ne se relâchera point, jusqu'à ce qu'il ait établi la justice sur la terre" ?

C'est lui, disons-nous, qui apporte le salut, c'est-à-dire le bonheur, le pardon et l'avenir de Dieu. C'est lui qui fait le trait d'union, l'alliance entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes. C'est lui, la lumière des nations, celle qui dévoile tout ce qui défigure l'homme créé à l'image de Dieu, à Varsovie ou à San Salvador, celle qui montre aussi de façon éblouissante que le chemin de Dieu a pour nom Justice, Amour et Espérance.

C'est lui qui peut ouvrir les yeux des aveugles que nous sommes. C'est lui qui peut élargir et briser les barreaux de la prison. C'est lui qui veut et peut nous faire sortir des ténèbres de notre égoïsme, de nos trahisons, de nos peurs et de nos lâchetés.

"Pars, dit Dieu au baptisé du Jourdain, ouvre la brèche de l'avenir".

Il est parti, nous montrant le chemin. A nous de le suivre, à nous de nous laisser immerger dans le souffle de sainteté, pour aller vers les autres et leur dire d'aimer.

Ainsi soit-il.



Cantiques :
* Psaume 24 La terre au Seigneur appartient
* NCTC 153 = ARC 172 Mon cœur rempli (Magnificat)
* NCTC 215 = ARC 509 Viens, Saint-Esprit
* NCTC 235 O Père qui es dans les cieux
* Psaume 68 Que Dieu se montre




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