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Esaïe 35/1-10 Louis HONNAY
Texte : Esaïe 35/1-10
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 17.12.1995 (3° dimanche de l’Avent). Demandez le programme ! On a envie de donner ce titre à ce chapitre trente-cinq du prophète Esaïe. C'est bien un programme qu'il nous trace ici. C'est le programme de Dieu. Voyons plutôt. Esaïe annonce que les aveugles verront, que les sourds entendront, que les boiteux marcheront et sauteront, que les muets parleront. Tous les handicapés seront guéris. On peut ajouter qu'il n'y aura plus de malades. Donc, plus besoin d'hôpitaux ni de médecins. Evidemment, ce sera la ruine des laboratoires pharmaceutiques. Mais la Sécurité Sociale française, qui ne sait pas comment boucher son déficit, sera tirée d'affaire, puisqu'inutile. Esaïe annonce que le courage sera rendu aux craintifs. La peur sera surmontée. Le prophète emploie une jolie image. Pour parler des gens qui ont peur, il dit ceux qui ont le cœur battant. Autrement dit : plus d'angoisse rentrée, plus de cauchemar la nuit, plus d'angoisse source de troubles psychique et de folie. Plus de vertige des hauteurs et plus de recul ni d'hésitation devant les choses à entreprendre. Donc, fini les asiles psychiatriques et les psychanalyses ruineuses. Esaïe annonce une transformation complète de l'environnement. Il y aura de l'eau dans le désert et des ruisseaux dans le Sahara. Dans les endroits jusque là secs pousseront le roseau et le papyrus. Il n'y aura plus de lion dévoreur, ni aucune bête féroce sur la route. Conséquence : ce sera la fin de la pollution. Les gaz des voitures rendent irrespirable l'air de Paris et d'Athènes, les déchets toxiques ont fait disparaître la Mer d'Aral. Eh bien, il n'y aura plus rien de tous ces inconvénients provoqués par les techniques modernes et par le mépris de la création de Dieu. Si la nature est préservée, c'est que la mentalité des hommes est changée et qu'il existe de nouveau l'harmonie entre les hommes et l'environnement. -o- Voilà donc un magnifique programme, le programme de Dieu. Oh, je sais, ce programme-là va rencontrer le scepticisme de beaucoup de gens. Autrefois on y aurait cru tout de suite. On pensait que Dieu était capable de provoquer cette transformation totale de sa création et de renouveler la pensée des hommes. Mais maintenant on ne croit plus au Père Noël, même si le Père Noël s'appelle le Seigneur, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus. Aujourd'hui, on a supporté bien des déceptions. On a connu la chute des idéologies qui, voici peu de temps encore, faisaient courir les foules. Il y avait de formidables programmes de rénovation de la société, qui devaient procurer le bonheur universel. Mais on a perdu l'enthousiasme des époques héroïques. Les mythes des lendemains qui chantent ne convainquent plus personnes. Il ne reste que le désenchantement des illusions perdues. Il y a bien encore les programmes des partis politiques. Certains y adhèrent encore, surtout quand ils prennent la forme violente de l'exaltation de la race et de la purification ethnique, et pas seulement dans l'ex-Yougoslavie. Mais les partis rassemblent de moins en moins de militants. On se désintéresse de la politique. Au fil des élections, on constate un nombre croissant d'abstentionnistes. Il y a bien eu au mois d'octobre en Allemagne une poussée des Verts. Mais ce succès reste exceptionnel dans une société fatiguée, vieillissante et qui déconnecte de plus en plus des problèmes réels. La société n'a plus de passé. Hitler, connais pas ! disait un jeune qu'on interrogeait sur la seconde guerre mondiale. La mobilité de la population active fait perdre le contact avec le terroir des ancêtres. Tout le monde n'a pas la chance, comme les Suisses, d'être obligatoirement rattaché au canton d'origine. On n'a plus d'enracinement dans la terre, ni dans une histoire. On n'a pas non plus d'avenir. On n'ose plus faire de projet à long terme, parce qu'on n'est jamais sûr du lendemain. Tout au plus se prépare-t-on un caveau dans quelque cimetière de province. Il ne reste plus que le présent, comme un petit espace entre un passé inexistant et un futur qui fait peur. On se replie sur soi-même, dans sa maison bien confortable et bien chauffée l'hiver, où il fait bon vivre en famille. On a trouvé un mot pour caractériser ce genre de vie : on l'appelle le cocooning. Un mot qui dit bien ce qu'il veut dire, la situation du ver dans le cocon qu'il s'est tissé pour achever sa mue en insecte. Avec la différence qu'on ne pense pas s'extraire de la maison-cocon, qui abrite des agressions extérieures. -o- Dans cette ambiance frileuse, on ne croit plus aux programmes. Même si c'est le programme de Dieu présenté par quelqu'un d'aussi compétent que le prophète Esaïe. Mais savez-vous que nous sommes devancés dans ce domaine par un homme bien connu, par Jean-Baptiste ? C'est ce que nous raconte le début du chapitre onze de l'évangile de Matthieu. Jean est en prison pour avoir fait des reproches au roi Hérode de la part de Dieu. Là, il entend parler de ce que Jésus réalise à l'extérieur, lui qui est libre. Et il lui envoie de ses disciples pour lui faire demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?". On peut voir dans cette question une manière de s'informer. Celui qui doit venir, cette expression désignait le Messie attendu. Mais on peut également sentir une déception. Jésus ne correspond pas, semble-t-il, à la figure du Messie tel que Jean se le représente. Et puis, ce n'est pas la première fois qu'un homme se donne pour le Messie. Il y avait eu des exemples avant la naissance de Jésus. Il y en aura encore beaucoup d'autres après lui et pendant plusieurs siècles. Jésus répond à la question de Jean. Il ne développe pas des arguments pour démontrer qu'il est bien celui qu'on attendait. D'habitude les beaux raisonnements ne convainquent personne. On entend trop de paroles, souvent des paroles creuses, des promesses non tenues, des discours qui sonnent le vide. Jésus le sait. C'est pourquoi il ne raisonne pas avec Jean le Baptiste. Il rappelle ce qu'il fait : "Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les sourds entendent". Jésus cite textuellement le passage du prophète Esaïe, que nous lisions tout à l'heure. Il renvoie à des actes, à ce qu'il fait. Les paroles s'envolent, mais les actes se voient, ils se constatent. On peut contester des raisonnements, on ne peut pas nier des faits qu'on voit de ses yeux. Les actes de Jésus, les guérisons qu'il opère, sont les signes d'un monde autre. Ils sont les signes que quelque chose de nouveau est apparu. Que le déterminisme qui provoque maladies et infirmités est brisé. Ils sont les signes de la puissance de Dieu. Ces guérisons réalisent une partie du programme de Dieu annoncé par Esaïe. C'est bien la preuve que ce programme n'est pas une illusion de plus, mais qu'il est bel et bien réalisable. Là-dessus, Jésus renvoie les disciples de Jean. Avec la mission de lui raconter ce qui se passe. Il n'en dit pas plus. Maintenant c'est à Jean de jouer. C'est à lui de décider et de se décider. Il doit comprendre si Jésus est celui qu'il attendait ou s'il ne l'est pas. Jean le Baptiste doit interpréter les gestes de Jésus. Ces gestes ne sont rien par eux-mêmes. Ils sont valables si on les comprend, si la foi les regarde comme des signes de Dieu, si la foi sait discerner en eux la présence et la puissance de Dieu, la réalisation de son programme. -o- Nous sommes dans la même situation que Jean. Nous n'avons aucune preuve que le programme de Dieu se réalisera. Nous n'avons même aucune preuve que les paroles de Dieu ne sont pas des paroles en l'air. Mais nous sommes invités à discerner les signes de Dieu. Dieu laisse des traces dans notre monde et dans notre vie personnelle. C'est à nous de les voir et de les comprendre. Ces signes, ces traces, ne sont pas évidents par eux-mêmes. Mais la foi peut les saisir. La foi peut comprendre, à travers eux, que Dieu n'abandonne pas le monde à lui-même, mais qu'il s'en occupe. Le combat de certains pour la paix, la lutte contre la pauvreté, le travail des médecins et des infirmières dans les pays ravagés par la guerre et par les maladies sont autant de signes de Dieu, donnés parfois à travers des gens qui ne le connaissent pas, mais qui sont pourtant ses instruments. A travers ces exemples — on en trouverait d'autres, cherchez-les ! — on voit se réaliser le programme de Dieu, annoncé par le prophète Esaïe et manifesté par Jésus. Ce programme devient visible à qui sait lire les signes. Alors, peut-être aurons-nous envie d'y collaborer, nous aussi, de devenir les instruments du Seigneur là où il voudra nous employer, peut-être sans avoir besoin de sortir de chez nous. Le doute et les questions font place aux actes, le scepticisme est dépassé, remplacé par l'enthousiasme de l'engagement personnel. Bien sûr, on peut toujours penser que ce qu'on fait est peu de chose et que les choses ne vont pas vite. Le monde ne change pas beaucoup dans le sens de la volonté de Dieu. C'est vrai et on peut y trouver une excuse à la paresse. Mais ici la lettre de Jacques nous vient en aide. Jacques emploie une image parlante pour expliquer ce délai de Dieu : l'image du cultivateur. Le cultivateur sème sa semence dans la terre. Puis il s'en va et il attend. Il attend, parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. Nous sommes habitués à obtenir des résultats immédiats. Il suffit d'appuyer sur un bouton pour avoir des billets ou un chewing-gum au distributeur. Nous n'aimons pas attendre et la technique nous apprend à ne pas attendre. Mais le cultivateur, lui, attend. Il sait attendre. Après que nous ayons fait ce qu'il fallait, ce que nous pouvions faire, il ne nous reste plus qu'à patienter pour voir le fruit de nos efforts, le fruit que Dieu fera porter à nos efforts. Il faut du temps pour que tout mûrisse. Amen ! Autres lectures : Matthieu 11/2-11 Jacques 5/7-10 Cantiques : * Psaume 92/1 à 3 Oh, que c’est chose belle ou Psautier Français 85/1 & 2 Seigneur, ton peuple a connu ta bonté * NCTC 257/1 à 3 = ARC 242 Dieu des louanges ou LP 216/1 à 3 = ARC 312 Seigneur, que ton règne adorable * NCTC 160/1 à 3 Veillez, enfants des hommes (air du NCTC 159 = ARC 302) ou LP 178/1 à 4 = ARC 228 Qu’aujourd’hui toute la terre ou ARC 408/1 à 4 Ouvre mes yeux, Seigneur Autres textes de la même catégorie
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