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Esaïe 2 v 1-5 David Matrani
Texte : Esaïe 2/1-5
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 11.11.2003 à Mérignac (16). première partie : ci-dessous deuxième partie : frère Henri REVEREAU (curé de Jarnac) troisième partie : pasteur Georges DOUX (ADD) Chers amis, de quoi vous nourrissez-vous ?… Oh, je ne parle pas du repas de midi de ce jour ! Au regard de ce que nous commémorons, comme au regard de Celui que nous célébrons, cela a si peu d'importance, me direz-vous. Pourtant, je nous repose à tous la question : quelle est notre nourriture ? Quel est le pain que nous demandons à Dieu lorsque nous prions ? Qu'est-ce qui nous rend forts et nous permet de vivre ? Regardons le monde, ce sera plus facile… De quoi notre monde se nourrit-il ? Qu'est-ce qui fait grandir, qu'est-ce qui motive l'humanité ? Je ne suis pas un rêveur, et je suppose que vous, qui avez connu des horreurs, vous ne l'êtes pas non plus. Le monde ne se nourrit pas de petites fleurs ni de bons sentiments. Le monde se nourrit de guerres, de haines, de vengeances, d'intérêts monstrueux et donc de conflits d'intérêts. Les humains se nourrissent, se repaissent, du malheur d'autrui, parce que l'autre, mon ennemi, mon voisin, et parfois mon prochain, mon conjoint, l'autre est toujours mon concurrent. Le monde se nourrit de conflits, parce que le monde a peur, peur de lui-même, peur de ses capacités à se détruire. J'ai peur que l'autre me fasse ce que, moi, j'ai envie de lui faire ; j'ai peur que l'autre me fasse ce que je me sais capable de lui faire, s'il me cherche. Le monde, les hommes et les femmes de ce monde, sont malades d'indigestion, malades de ne consommer que ce qui vient d'eux-mêmes, malades de narcissisme, de peur de manquer. Alors ils se battent, ou bien ils font des murs entre eux, ou encore ils tentent de faire comme si l'autre n'existait pas. Ce qui est déjà catastrophique dans une famille pourrait-il être anodin à l'échelle de la planète ? Les images que notre prophète utilise, dans l'extrait que vous avez entendu, ne sont pas là par hasard. Les socs de charrue remplaceront les épées, les serpes remplaceront les lances… Certes, on ne se bat plus à l'épée ou à coups de lance ! Nous avons sophistiqué l'élimination de nos semblables, le développement technique et la folie extrémiste ont rendu illimitées nos possibilités ! Mais ce qu'écrivait Esaïe en son temps, c'était le remplacement des armes de guerre par des outils agricoles, le remplacement de la guerre par le pain. Plutôt que de massacrer des humains réduits à l'état de viande de boucherie, occupons-nous plutôt de nous nourrir de choses qui sont bonnes – bonnes pour nous, et bonnes pour d'autres. Mais comment les trouver, ces nourritures-ci ? Nous, nous ne sommes capables de nous préoccuper chacun que de nous-mêmes, et donc nous fabriquons des épées et des lances… Qui nous donnera le pain dont nous avons besoin, le pain qui ôtera la peur – et donc la haine – de nos cœurs ? Il y a un appel qui retentit, mais mes frères vont vous en parler dans quelques minutes ! Il y a un jeu de mots, aussi, dans la Bible, une chose intraduisible. C'est le nom d'un endroit, un village, où vous n'êtes sans doute jamais allés, mais que vous connaissez : Beth-léhem. Ce nom veut dire "maison de la guerre". Ou bien "maison du pain". Il peut vouloir dire les deux choses. Etrange, non ? Beth-léhem, c'est notre monde. Vous êtes des habitants de Beth-léhem. Habitez-vous la maison de guerre, ou bien la maison de nourriture ? Etes-vous là pour vous battre, ou bien pour vous aimer ? Ne me dites pas que l'un n'empêche pas l'autre : vous savez bien que si ! A Beth-léhem, il est arrivé quelque chose un jour. Dans une mangeoire… Ce n'est pas une jolie histoire pour enfants, ça s'est passé au milieu des horreurs dont les humains sont capables : occupation, guerre, meurtre, injustice. Là, au milieu des épées et des lances, il y avait une nourriture nouvelle, une raison de vivre nouvelle, une force nouvelle pour vivre mieux, pour vivre autrement. Chers amis, le Dieu de chair et de sang qui est venu ce jour-là dans notre monde, s'est aussi fait chair et sang pour nous nourrir, nous, aujourd'hui. C'est de nos peurs, de nos rancunes, de notre mal-vivre, qu'il est venu nous libérer. De notre besoin de dépasser les autres, ou de les contenir. S'il nous nourrit, il n'y a plus de raisons que nous cherchions ailleurs. Il est le meilleur remède contre la guerre et contre la bêtise. Il est la meilleure défense lorsque le malheur nous agresse. Il n'est pas efficace contre les armes, ce n'est pas son rôle. Il a préféré donner sa vie que prendre celle des autres, que prendre la nôtre. Il est un repas de fête au milieu des deuils. Simplement, réjouissez-vous en lui, afin que le monde sache où il est – et vienne manger ! Amen. |
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