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Esaïe 2 1-5 Matthias HELMLINGER



Texte : Esaïe 2/1-5
Genre : Prédication
Auteur : Matthias HELMLINGER
Source : Prédication.



Esaïe a prophétisé au 8° siècle av. J.C. dans une période de prospérité relative pour les deux royaumes séparés : Israël et Juda.
Israël et Juda avaient chacun une armée assez forte et Esaïe a vu défiler à Jérusalem successivement des ambassades assyriennes et égyptiennes venues pour rallier le roi de Jérusalem à leur coalition.
Devant ce défilé des nations à Jérusalem, où les discussions et les conseils portaient surtout sur la force militaire, Esaïe a toujours tenu un discours clair et net :
« toute cette force ne vous servira à rien. Votre force, vous l’avez construite sur l’injustice, sur le culte des idoles. Revenez au Seigneur qui est votre véritable sécurité, pour Israël, pour Juda, pour les Assyriens, pour les Egyptiens.»
Malheureusement le discours d’Esaïe n’a pas été écouté, et tous ces peuples ont sombré dans les guerres qu’ils ont provoquées.
Mais Esaïe, qui avait prophétisé ces catastrophes, a toujours vu plus loin : les nations viendront à Jérusalem et y recevront un enseignement directement de la bouche du Seigneur.
Cet enseignement les conduira à transformer leurs armes pour tuer en outils pour faire vivre, les épées en socs de charrue et les lances en sécateurs pour tailler la vigne par exemple, ou les arbres fruitiers.
Esaïe raconte cette vision au début de son livre.
Certains exégètes pensent que ce chapitre deux constituait en fait la prophétie inaugurale d’Esaïe, celle qui donne le ton à tout le livre.

Esaïe annonce ces événements pour plus tard, sans préciser le temps.
Les traditions juive et chrétienne considèrent que cette vision concerne la fin des temps, quand les exilés juifs seront revenus sur leur terre, quand le Messie sera là.
Il est difficile d’avoir une seule image pour ce que nous appelons « la fin des temps ». Dans l’évangile d’aujourd’hui (Mat.24/37-44), Jésus annonce que sa venue dans la gloire se fera subitement, quand on n’y pensera pas, et ceux qui lui appartiennent seront enlevés de ce monde. Comment concilier cette image avec celle d’Esaïe qui parle de nations venant chercher à Jérusalem l’enseignement du Seigneur ?

Il y a plusieurs images dans la Bible pour parler des événements futurs. Nous ne pouvons donc avoir une représentation unique de l’avenir.
Mais que cette vision d’Esaïe nous donne de l’espérance, car elle est vraiment écrite pour nous donner une espérance invincible !

Sion, d’après la vision d’Esaïe sera au-dessus des montagnes.
Le salut, la force, la bénédiction, la résurrection, la vie pour toujours, le soutien du Seigneur, l’enseignement et la parole du Seigneur, tout cela vient de Sion, d’après plusieurs textes bibliques. Tout cela sera bien supérieur aux systèmes religieux, idéologiques par lesquels les nations se sont structurées.
Voilà ce que signifie cette image de Sion, colline si petite, qui sera au-dessus des montagnes.

Les nations d’abord hostiles à Jérusalem y viendront par la suite pour y trouver le seul enseignement qui puisse les sauver de la spirale infernale des guerres.

Le texte dit : « les nations afflueront, couleront comme des fleuves en direction de la montagne de Sion, surélevée sur toute montagne ».
L’image est contradictoire : les fleuves ne coulent pas vers le haut d’une montagne. Que cela nous permette de saisir qu’il n’y a pas ici une grandeur, une hauteur à la manière du monde ; il s’agit de cette grandeur qui réside dans la vraie humilité, de cette puissance de l’Esprit Saint qui provient du Messie crucifié à Jérusalem.
Jésus, abaissé sur la croix, est désormais élevé au plus haut point, ayant reçu le nom même du Seigneur, du Dieu d’Israël.
C’est cette humilité-grandeur, cette faiblesse-puissance qui attirent les nations.

Elles se disent les unes aux autres : « allez, nous irons ». Cinq fois on retrouve ce verbe « aller » dans ces quelques versets.
Quand Abraham reçoit pour la première fois la parole de Dieu, il entend le même verbe : « va ». Il quittera ses origines, les fondements de son identité, pour recevoir sa véritable identité du Seigneur, et il se passe ici la même chose pour les nations. Toutes les nations ou presque, sont fondées sur des génocides, sur des principes contraires aux commandements de Dieu, sur des mensonges.
Nous voyons combien il est difficile pour la France de faire son examen de conscience au sujet de ce qu’elle a fait pendant la dernière guerre aux Juifs, en l’absence de tout soldat allemand, ou de ce qu’elle a fait pendant d’autres guerres. C’est difficile aussi pour d’autres pays. Chaque pays a un passé qu’il n’aime pas trop regarder au nom de la sacro-sainte « raison d’état ».
Dans la vision d’Esaïe, les peuples s’en iront, quitteront leurs fondements erronés pour recevoir une nouvelle identité du Seigneur.
Les nations ne deviendront pas juives en allant à Jérusalem, mais elles y découvriront chacune leur propre identité, leur propre vocation, c’est ce qu’enseigne la tradition juive. Nous pouvons prier pour que notre pays entre dans la vocation, dans l’identité que le Seigneur veut pour lui.

Le problème de la paix dans le monde est essentiellement un problème d’arbitrage : qui doit arbitrer les nations en conflit ? Qui a le pouvoir de faire respecter la décision de l’arbitre ?
L’Organisation des Nations Unies, depuis 50 ans, s’inspire de la vision d’Esaïe, puisqu’elle a fait sculpter cette vision devant son siège central : des hommes martelant une épée qui se transforme en soc de charrue. Mais l’O.N.U. n’a pu empêcher les génocides et les guerres depuis qu’elle existe. Parfois, au lieu d’être l’arbitre, elle est devenue elle-même une partie du problème, en prenant position en faveur de tel ou tel protagoniste.
La grande espérance que donne Esaïe nécessite l’intervention du Seigneur lui-même, qui viendra enseigner les nations à Sion, et les convaincra de détruire elles-mêmes leurs armes.


Cette vision d’Esaïe se retrouve presque mot pour mot dans le livre de Michée au chapitre 4. C’est rare dans la Bible, qu’un texte soit écrit deux fois. Cela prouve l’importance de cette vision. Dans toutes les autres prophéties – et elles sont nombreuses – c’est le Seigneur Lui-même qui détruira en Israël et dans les nations, les chars de combat et autres armes encore plus terribles. Mais ici, ce sont les nations elles-mêmes qui procèdent à cette destruction, ou plutôt à cette transformation des armes. L’enseignement du Seigneur à Sion les aura convaincues. Le Seigneur arbitrera les conflits entre nations.

Est-ce que tout cela est une vision idyllique, sans aucun rapport avec le présent ?
Je ne pense pas, puisque dans l’évangile nous voyons cette vision qui commence à se réaliser :
- quand Siméon reçoit le bébé Jésus dans ses bras il loue Dieu en disant que cet enfant sera « lumière pour la révélation aux nations et gloire d’Israël Ton peuple » (Luc 2/32)
- quand Jésus est né, les mages sont venus d’une des nations les plus éloignées d’Israël. Ils sont l’avant-garde des nations affluant à Jérusalem, dans l’avenir.
- quand Jésus enseigne le sermon sur la montagne, il élimine toute possibilité de recours à la violence pour ceux qui veulent le suivre. Il brise toutes les armes. Il sait ce que cela signifie pour Lui-même et pour nous : la croix, la mort, la résurrection
Jésus a échappé plusieurs fois à la mort par lapidation en Galilée, en Judée. Il y a échappé parfois miraculeusement, parce que c’est à Jérusalem, à Sion que devaient avoir lieu sa mort et sa résurrection. De cette résurrection à Sion les nations recevront une puissance de vie et de réconciliation qui rendra inutiles les armes
- Pour condamner Jésus à mort, Pilate, gouverneur romain, représentant des nations et Hérode, roi des Juifs, représentant d’Israël sont devenus amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant. Cette réconciliation sur le dos de Jésus est prophétique : dans cette hostilité, où nations et Israël portent la même culpabilité, le Messie Jésus apporte la réconciliation. Il prend sur Lui. Il descend au plus bas, à Sion. Et c’est Dieu qui l’élève au plus haut, à Sion. Son enseignement est une puissance de vie. Amen.




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