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Esaïe 11/1-10 David Mitrani



Texte : Esaïe 11/1-10
Genre : Prédication
Auteur : David MITRANI
Source : Prédication pour le 09.12.2001 à Jarnac (16).



Chers amis, nous connaissons bien ces passages du prophète Esaïe que nous relisons quasiment chaque année à pareille époque, que ce soit le dimanche ou bien à la veillée de Noël. Ces récits sont à l'origine de l'imagerie et des symboles de Noël. Ils ont aidé les premiers chrétiens, qui lisaient les Ecritures d'Israël, à comprendre qui est Jésus. Ils leur ont permis ensuite de le dire, de raconter Jésus, de raconter aussi sa naissance, non pas comme un reportage, mais comme une parabole, comme une prédication imagée du salut que Dieu accordait ainsi en celui que nous confessons être son Fils.

Bien sûr, un esprit critique démontrera sans peine que certains éléments de la prophétie ne correspondent pas à Jésus. Il vous expliquera quel roi, descendant de David, était visé par cette annonce dans la réalité historique du prophète Esaïe lorsque celui-ci vivait. Il vous dira aussi tout l'effort des disciples, des continuateurs du prophète, jusqu'après le retour d'Exil, pour garder un caractère d'actualité à ce message, un caractère du coup plus intemporel, une histoire reportée à une autre actualité, voire à la fin des temps.

Entre la récupération et la mise à distance, que ferons-nous de ce texte ? La monarchie judéenne du VII° siècle ne nous concerne guère, les péripéties de la réinstallation des Juifs babyloniens au V° pas beaucoup plus. Certes, nous approchons de Noël, mais même l'image du Fils de David est bien lointaine, quasi obsolète. Rêvez-vous donc de la restauration d'un davidide sur le trône de Jérusalem ? Les derniers rois en furent Francs, il n'y avait plus de Juifs, et c'était il y a 800 ans… Oui, cette prophétie est bien lointaine pour nous…

Mais combien proche aussi. Dans son inactualité, elle est proche. Oubliez pour ce matin, pour ce moment, le "vieux tronc d'Isaï". Croyez, comme nos ancêtres dans la foi, croyez que ce texte parle de Jésus et d'une royauté qui est d'une autre nature que celle de David, comme Jésus lui-même le dira un jour (Matthieu 22/42-45 et //). Croyez enfin que cette royauté de Jésus vous concerne, vous son Eglise, vous le troupeau de ce berger-là. Attachez-vous à reconnaître cette royauté et à la servir. Voyons donc comment elle se manifeste…

On pourrait la caractériser de plusieurs manières, selon le passage de notre extrait qui serait retenu. Je vous propose de le reprendre au début, et de considérer ce qui est dit dans ce premier verset comme le plus important, la marque principale de cette royauté ici prophétisée. Et même si j'enlève Isaï, ou Jessé, prononcez-le comme vous voulez, il reste, incontournable, l'insistance du prophète sur la nouveauté, l'inattendu. Le trône de David est fatigué, incapable de plus rien produire de bon. Et pourtant, dit le prophète, il va surgir là de la nouveauté. Pas d'ailleurs, d'un lieu inconnu. Pas d'un nouveau régime, d'une nouvelle famille, et pourquoi pas d'une nouvelle planète.

Non. Là. Là où vous êtes. Dans ce qui n'est plus capable de rien. Dans ce qui s'est épuisé, vidé. Dans ce qui n'a plus ni force ni vigueur ni imagination ni projet. Dans ce qui attend la mort. Du nouveau va surgir. Mes frères et sœurs, entendez-vous l'Evangile dans les mots du prophète ? Ici, pour vous, le règne du Christ, c'est du neuf, c'est de l'inattendu, ce n'est pas la table rase, mais c'est bel et bien un nouvel arbre sur la vieille racine.

Puisse l'Esprit qui inspira cette prophétie la faire retentir ce matin dans nos vies et dans notre Eglise. Car, la plupart du temps, nous côtoyons le pire qui puisse nous atteindre : nous sommes blasés ! Nous oublions que la royauté du Christ s'exerce sur nous et pour nous, et qu'elle est donc synonyme de nouveauté. Nous pensons — oui, combien souvent vous l'ai-je entendu dire, ou même seulement penser si fort…! —, nous pensons que nous sommes là pour maintenir, pour que l'édifice ne s'effondre pas encore, pas de notre temps. Mais surtout, pour maintenir, que la nouveauté ne s'approche pas de trop près.

Et pourtant, dans le même temps, nous souffrons de cela. Certes, nous sommes bien comme nous sommes, assez satisfaits finalement de nous et de notre maison ! Mais nous avons aussi conscience de nos limites, de nos manques, de nos handicaps, de nos inerties. Simplement, nous faisons avec, puisque nous ne pouvons rien changer, n'est-ce pas ? Continuons donc, tel le vieil arbre qui fait illusion tant qu'on ne s'aperçoit pas qu'il n'y a plus que l'écorce !…

Je suis injuste ? Pas si sûr… Nous n'aimons la nouveauté que lorsque nous sommes capables de l'éponger, de la ramener à ce que nous connaissons, à ce que nous gérons, nous maîtrisons. Or, le règne de Christ n'est pas de cet ordre. Il est une nouveauté radicale, il reste neuf, il reste surprenant, il reste difficile à encaisser, que ce soit dans notre foi personnelle, dans notre vie sociale, dans notre communion ecclésiale. Lorsque nous en prenons la mesure, nous sommes souvent effrayés, effrayés de ce qu'il faudrait changer, effrayés parce qu'il faudrait que nous changions !

Qu'est-ce qui doit changer ? En quoi la nouveauté de ce règne se manifeste-t-elle, d'après la prophétie d'Esaïe ?

La première chose qui est notée dans notre extrait, c'est la justice. Christ est un juste juge, qui ne juge pas au hasard ni par intérêt ni par idéologie, qui défend les petits. Faut-il le souligner, cette justice-ci n'est pas la nôtre. Nous sommes partiaux, quelle qu'en soit la raison. Nous sommes toujours partiaux. Nous sommes le critère de notre jugement, le but de notre justice. Tout notre comportement est centré sur notre propre intérêt, même par personnes interposées. Nous construisons notre vie, nos relations, nos engagements, dans ce seul but : nous.

Le règne de Christ est une totale nouveauté par rapport à cela. Il est juste. C'est le règne de la justice. Il ne vient pas nous juger. Il vient nous justifier. C'est-à-dire nous rendre justes. Sous le règne de Christ, nous sommes justes devant Dieu. Il faut que nous le manifestions devant les hommes : soyons donc aussi justes dans ce sens ! Que la juste justice de Christ devienne le critère de notre jugement, de notre comportement, de notre relation aux autres. Sinon, si les gens n'ont que le choix entre la justice dont nous sommes capables par nos bons sentiments (soi-disant bons) et la chari'a, ne nous étonnons pas qu'ils choisissent parfois celle-ci ! Mais je ne suis pas musulman, je ne le souhaite pas. Et pour qu'ils choisissent la justice de Christ, il faut qu'ils la voient… chez nous !

Deuxième note nouvelle, radicalement nouvelle elle aussi, de ce règne de Christ : la parole qui agit. Dieu nous le dit depuis la première page de la Bible : sa parole agit, elle n'est pas un discours, mais un engagement de sa personne, un engagement efficace. Ce n'est pourtant pas une parole magique : elle ne manipule pas ni ne se laisse manipuler. C'est une parole d'autorité. Elle dit, et cela est. Là encore, c'est le contraire de nos propres paroles. Mais ici, je crois bien que la nouveauté radicale serait de se laisser modifier par cette parole étrange, celle de Dieu, Christ lui-même, tel que nous le recevons dans ces quelques mots et dans le pain et le vin de la cène.

Laissons-nous modifier, laissons-nous déranger, laissons la Parole de Dieu nous faire éventuellement changer de chemin, changer de comportement, changer de piété, changer d'amis, changer de tout ce qui ne vient pas de lui. Mes chers paroissiens, ne nous contentons pas de trouver que Mitrani prêche bien de temps en temps… Il faut que nous obéissions à la Parole de Dieu : elle est de Dieu ! Et plus que ça : notre bonheur est dans cette obéissance, dans ce changement, dans cette nouveauté. N'attendez pas que les autres changent d'abord. Laissez-vous changer par Dieu !

Troisième note encore plus nouvelle : la paix. La paix entre les contraires. La paix inaccessible. Arafat et Sharon mangeant du foin ensemble ! Hélas, paix si étrangère à notre monde. Pourquoi, malgré tous nos efforts ? C'est, nous dit le prophète, que "la connaissance de l'Eternel remplira le pays". La connaissance du règne de Christ à la place de nos guerres, à la place de nos violences où c'est, bien sûr, toujours la faute de l'autre… On ne fait pas la paix d'abord, ça ne marche pas. On s'attache d'abord à connaître Christ, et c'est là qu'il n'y a plus de place pour autre chose, plus de place pour tuer ou manger l'autre.

La paix. "Demandez la paix de Jérusalem", chantait le psaume 122. Connaissez l'Eternel. La paix ne se fait pas, ne se reçoit pas, autrement que par ce biais incontournable, cette nouveauté radicale qu'avaient reçue nos Pères et que nous avons oubliée presque tout le temps : la relation avec Dieu, la lecture de la Bible et la prière, sont nécessaires et incontournables. On ne peut pas en faire l'économie. Sans cela, la foi n'est qu'une vague conviction pas même assurée, elle n'a pas d'intérêt.

Alors, dit le prophète, alors le monde changera. Alors les gens s'approcheront de Dieu. Alors sa gloire se verra. Vous, vous n'êtes pas "les gens". Vous êtes le royaume sur lequel Christ règne, vous êtes le peuple nouveau, où la connaissance de Dieu prend toute la place, où la Parole de Dieu opère des miracles, où la justice de Dieu règne. Vous l'êtes, en Christ. Soyez-le dans ce monde.

Amen !



Autres lectures : Matthieu 3/1-12
Romains 15/4-13

Cantiques :
* NCTC 167 = ARC 351 D’un arbre séculaire
* NCTC 280 = ARC 607 Seigneur, accorde-moi d’aimer




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