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Ephésiens 05 v 02ss Jean-Daniel Wohlfahrt



Ephésiens 5/2 4/1/98 mot d'ordre 1998
L'effet de la drogue, des drogues, quelles qu'elles soient est de faire sortir celui qui en prend de la réalité dans laquelle il vit pour le faire "planer' comme on dit dans le langage de ces milieux. Planer au dessus de ses misères, loin de ses soucis et surtout les oublier. Que le monde s'écroule, celui qui s'adonne à la drogue, lui, s'en fiche éperdument, autour de lui tout est pastels et délices. La religion disait Marx est l'opium du peuple.
Le commencement de notre verset: "Marchez dans l'amour pourrait lui donner raison si du moins je comprenais cette invitation comme l'ordre de marquer sa différence, comme une invitation à se désolidariser de tous ceux qui vivent autrement, d'atteindre le splendide isolement des moines et ermites contre lesquels s'irritaient nos réformateurs. Marchez dans l'amour en d'autres termes: laissez les autres marcher comme et où ils le souhaitent, pour eux ce ne sera que perdition et ténèbres, vous, marchez dans la lumière!
D'autres traductions, tout aussi pertinentes d'ailleurs, vont plus précisément encore dans ce sens: c'est le: Vivez dans l'amour de la Traduction Oecuménique de la Bible qui laisse une plus grande place à la méditation, à l'intériorisation de l'Amour.
Vivez ou Marchez, la juste traduction du terme grec serait à chercher entre les deux. Marchez entendu comme 'mise en mouvement', est très lourd d'une connotation évangélique qui prétend que la seule chose qui importe c'est que le chrétien soit et reste en marche vers Dieu; que, j'exagère à peine, peu importe l'état du monde et les conditions de vie des hommes, le chrétien marche dans l'amour de Dieu attitude insoutenable, ça va de soi; Marchez entendu comme 'mise en mouvement' est aussi marqué et c'est assez paradoxal, par une tendance sociale voire moralisante qui dirait que le chrétien est en marche vers les autres: si je suis à l'écoute de la misère humaine, si je m'efforce d'y répondre alors je marche dans l'amour. Marchez, Vivez dans l'Amour.
Il y a quelques années encore sévissaient les Enfants de Dieu, dont le nom anglais Family of love était tout un programme à lui seul. Cette secte qui a fait de grands dégâts parmi les jeunes dans pratiquement tous les pays insistait plus que toute autre sur la rupture d'avec le milieu familial. On ne pouvait marcher, on ne pouvait vivre dans l'amour qu'entre jeunes et moins jeunes totalement isolés du monde et de leur famille, vivant en parfaite dépendance les uns des autres et ensemble de la hiérarchie du groupe et ne sortant de leur autarcie que pour aller à la pèche aux nouveaux membres par les moyens que l'on connaît.
Si je rappelle ceci, c'est pour insister sur le danger d'une lecture partielle. Notre texte ne s'arrête pas à, Marchez, Vivez dans l'Amour L'auteur ajoute à l'exemple du Christ Marchez, Vivez dans l'amour à l'exemple du Christ
Là, nos réflexes de protestants nous font sortir nos défenses. Comment ne penserions-nous pas à tous ces versets qui nous disent que le Christ a donné sa vie par amour pour les hommes pécheurs: Par exemple à ce passage de l'Évangile de Jean qui dit que le Christ a aimé les siens jusqu'à l'extrême, ce qui signifie sans discussion possible: jusqu'à mourir pour eux.
Devrions-nous donc donner notre vie pour vivre, pour marcher vraiment dans l'amour? Paradoxe: mourir pour vivre, à moins qu'on ne le comprenne comme se référant déjà à la vie éternelle ce qui serait on ne peut plus juste mais là on est bien loin de notre texte qui nous parle de notre vie de notre engagement ici et maintenant.
Mourir était l'ardent désir des martyrs des premiers siècles. Mais si, indéniablement, leur sacrifice a souvent servi en témoignage à la cause de l'Évangile, leur souci premier n'était pas de transmettre quelque chose par leur mort. Ils ne voulaient qu'être plus vite près de Dieu, ils voulaient par leur sacrifice acquérir une meilleure place dans la hiérarchie des élus, si cette attitude manquait quelque peu d'humilité cela ne m'étonnerait pas vraiment.
Un enfant, me rapportait-on un jour, qui souffrait d'un mal incurable fit cette déclaration à ses parents: "j'offre mon mal, j'accepte de mourir pour qu'un autre vive". Cette compréhension de la maladie a permis à cet enfant d'assumer son mal. Si elle est marque d'une rare maturité, ce n'est en tout cas pas, là encore, ce qui nous est demandé.
La mort de Jésus c'est la réconciliation avec Dieu acquise par le Christ et offerte à celui qui croit. Cette mort-là, ce sacrifice-là; n'est pas à notre portée. Nous ne pouvons ni le refaire sur l'autel au moment de la Sainte Cène, ni le vivre dans notre chair par le bénéfice d'une souffrance ou d'une mort quelconque. C'est la mort, c'est le sacrifice unique et parfait du Christ Jésus.
Vivez, marchez dans l'amour à l'exemple du Christ qui nous a aimés. Je crois que la mort du Christ en tant qu'acte d'amour pour l'homme pécheur ne peut se comprendre que comme le couronnement de toute une vie dominée par et consacrée à l'amour de ceux que le Père lui a confiés.
Et là nous ne pouvons que revenir aux sources et relire le témoignage de tout l'Évangile et de tous les Évangiles qui n'ont d'autre but, d'autre raison d'être que de nous dire que nous sommes aimés.
Marcher, vivre dans l'amour signifiera donc d'abord recevoir cet amour que Dieu nous donne en Jésus Christ. Le recevoir et s'en abreuver comme d'une source fraîche.
Il y a une trentaine d'années Salvador Dali avait crée la couverture d'une Bible monumentale écrite à la main par un homme handicapé moteur et illustrée par plusieurs artistes parmi les plus grands de cette époque. Cette couverture présentait 4 fourchettes disposées en croix. Aux journalistes surpris il répondît dans son accent inimitable: que l'Évangile doit être consommé pour devenir notre chair car il est aussi indispensable que la nourriture de chaque jour. Il ne s'agit pas de jouissance esthétique seulement mais d'une nécessité de premier ordre. Salvador Dali n'a fait qu'actualiser ce récit d'Ezéchiel à qui Dieu dit: "Fils d'homme, mange ce rouleau et ensuite tu iras parler à la maison d'Israël Savoir que Dieu nous aime ne veut pas être seulement le résultat d'une connaissance intellectuelle. Ce savoir veut passer au niveau du Lebenswichtig, du vital encore une fois, comme cette eau fraîche qui coule de la source. Il suffit de tendre les mains pour recevoir cette eau et vivre. Mais Si nous pouvons fermer nos mains sur une pièce d'argent ou sur une poignée de blé nous ne le pouvons pas sur l'eau de la source qui fuit par tous les interstices pour être recueillie par les autres, par ceux qui ont aussi soif, soif d'Amour, soif de Vie.
L Évangile deviendra vie en nous lorsque comme le Christ nous l'a appris nous irons vers ces exclus que notre société fabrique en nombre croissant. Pour Jésus c'étaient la femme adultère, c'était Zachée le douanier ou Nicodème le théologien, c'étaient aussi l'officier Romain et tant d'autres dont nous ne savons rien. Pour nous ce sera le Kurde ou l'Indien, l'Africain ou l'Albanais que, sous la promesses de jours meilleurs sous d'autres cieux, les mafieux ont délesté de sommes énormes et qui ont abouti par exemple au Schallematteli. Combien sont-ils à croupir dans les prisons de France, d'Allemagne ou de Suisse dans l'attente de l'octroi hypothétique d'un droit de séjour. Ils ne sont pas chrétiens? La belle affaire... Jésus n'est-il pas allé au devant de l'officier Romain, au devant des Samaritains aussi et de tant d'autres auxquels la synagogue était interdite? Vivez, Marchez dans l'amour à l'exemple du Christ qui nous a aimés.

Pour nous ce sera aussi, et de plus en plus les demandeurs d'emplois, les pauvres et démunis, celles et ceux pour qui l'avenir n'existe que comme angoisse au jour le jour. Leur nombre est en constante augmentation et pas seulement au delà de nos frontières. Aller vers eux dans un esprit de partage. Voilà entre autres ce que peut signifier pour nous aujourd'hui ce verset: Vivez, Marchez dans l'amour.
J'aimerai vous proposer une autre lecture encore. Alors que le no future reste le mot d'ordre d'une jeunesse sans espoir, l'Évangile que nous avons à leur transmettre de la part du Christ est qu'une porte est ouverte devant eux aussi bien que devant nous, une possibilité de vie nous est donnée parce que promise par Dieu. Quelle porte, quel avenir ici et maintenant nul ne peut le dire mais celui qui vit dans l'amour de Dieu découvrira tôt ou tard que Dieu ne l'abandonne pas. C'est l'invitation à une confiance totale pour Dieu.
Dernière lecture pour aujourd'hui: marchez, vivez dans l'amour. La Vie est possible. Au risque de susciter quelques sourires entendus je vous donne le verbe grec traduit par 'vivez' ou par 'marchez', c'est le verbe 'peripateiv' qui induit l'idée de marcher dans un certain espace. Ce qui me fait dire que l'amour de Dieu ne doit être pris seulement dans un sens mobilisateur mais aussi dans celui d'un espace disons protecteur. La sphère de l'amour de Dieu ne doit en aucune façon me séparer des autres mais il me faut rester dans cette sphère, me laisser imprégner de l'amour de Dieu alors les choses changeront.