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Ephésiens 5 v 18 (Jacques Dubois)
Texte : Ephésiens 5/18
Genre : Etude biblique Auteur : Jacques DUBOIS Source : Ichthus, n° 105, mars 1982 (p. 22-25). Ivresse du vin ou plénitude de l'Esprit selon Ephésiens 5/18 L'apôtre Paul ne nous a pas tellement habitués aux formules lapidaires et contrastées. Nous nous attendons plutôt à les rencontrer chez Jean. Une lecture attentive de l'épître aux Ephésiens dégage pourtant de nombreux éléments tranchés. Paul procède par formules opposées. Pour en citer quelques-unes, relevons : la mort et la vie, la grâce et les œuvres, les étrangers et les concitoyens des saints (chapitre 2), les enfants flottants et les hommes faits, la vieille nature et la nouvelle (chapitre 4), les ténèbres et la lumière, la vie corrompue et celle qui est sainte (chapitre 5). Dans ce mouvement général, s'inscrit alors très naturellement l'ivresse du vin opposée à la plénitude de l'Esprit. Nous ne nous étonnerons plus de trouver ainsi réunies dans un même verset deux propositions aussi dissemblables. Elles marquent précisément le choix de deux mondes, la frontière entre deux vies dont l'une est d'en bas et l'autre d'en haut. 1 — L'association contrastée du vin et de l'Esprit, n'est-elle pas réminiscence d'une confusion fâcheuse, peut-être volontaire de quelques-uns qui, le jour de la Pentecôte, étant les témoins des phénomènes miraculeux de la glossolalie, ont eu ce mmot railleur pour désigner les disciples : ils sont pleins de vin doux ! (Actes 2/13) ? Justement ils ne l'étaient pas. Mais peut-être que, dans un premier temps, au jugement superficiel de ceux qui restent en deçà, la confusion était-elle possible. Singulière méprise de ceux qui ne comprennent rien aux choses de Dieu, parce que c'est spirituellement qu'on en juge (1 Corinthiens 2/14). Bien sûr qu'un homme ivre de vin comme celui qui est rempli de l'Esprit sont sous une influence dont ils manifestent les effets, sans pouvoir le cacher. Mais le rapport s'arrête là. Le texte nous oblige à établir l'opposition irréductible entre les deux. En quoi se manifeste-t-elle ? 2 — L'ivrogne n'est plus maître de lui-même. Son comportement devient incohérent et insensé. Qu'il ait le vin rieur ou méchant, qu'il soit triste ou agressif, il dit des paroles qu'il ne contrôle plus. Il ne sait plus en juger les effets sur son entourage. Il a des gestes, une attitude dont il aura honte une fois revenu à son bon sens (Proverbes 23/29-35). Tout autre est la situation de l'homme rempli d'Esprit Saint. A vrai dire, il n'est pas soumis à une influence aveugle comme le précédent, mais à celui que l'Ecriture appelle le Consolateur (Jean 14/16-17). Merveilleuse présence qui, tout en soumettant l'homme à sa volonté souveraine, lui permet de rester maître de lui-même, c'est-à-dire de dompter sa langue, de régler sa conduite et d'entrer ainsi dans une qualité de vie qui honore le Seigneur et sert le prochain. C'est la glorieuse liberté promise par le Fils (Jean 8/36). D'ailleurs, la maîtrise de soi, une des composantes du fruit de l'Esprit (Galates 5/22), se manifeste jusque dans l'exercice des charismes. N'est-il pas dit que l'esprit des prophètes est soumis aux prophètes (1 Corinthiens 14/32) ? De cette vie de plénitude jamais l'homme ne rougira. 3 — Le contraste est aussi l'alternative qui s'offre à l'homme. Si l'ivresse du vin, considérée ici comme le type de l'esclavage parmi beaucoup d'autres, est signe du chemin qui conduit à la perdition, comment s'en dégager sinon par l'action de l'Esprit ? Il agit au nom du Christ et par l'efficacité de la parole révélée (Jean 16/13-15). Notre volonté ne suffit pas pour nous libérer de l'emprise du péché. La complicité est trop grande entre lui et notre cœur naturel. Non seulement nous n'avons pas les forces de rompre le fatal enchaînement, mais nous ne le désirons même pas durablement. Nous aurons peut-être, sur les débris d'un échec, la volonté provisoire de nous amender. Mais, voulant chasser le naturel, il sera revenu au galop. Paul avait raison de crier sa désespérance : Misérable que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? (Romains 7/24). Pour lier un homme fort, il en faut un plus fort, a dit le Seigneur (Luc 11/21-22). Nous ne saurions être le second si nous sommes asservis au premier. 4 — Le contraste est aussi dans la rupture qui débouche sur la promesse d'une vie de plénitude. Etre chrétien, ce n'est pas devoir renoncer, hélas, aux joies de la vie présente pour espérer retrouver des béatitudes plus tard. L'Evangile n'est pas cet opium que certains l'ont accusé d'être. L'Evangile de Jésus-Christ nous affranchit bien plutôt d'un terrible esclavage, et nous vivons enfin ! La promesse de la plénitude de l'Esprit est celle de toutes les plénitudes, dès ici-bas. Il n'y a aucun domaine de l'existence qui puisse et qui doive lui échapper. Gardons-nous d'interpréter la promesse comme étant réservée au seul domaine religieux dans le sens où l'entendent les hommes en général. D'ailleurs la plénitude remplit tout (Colossiens 2/10)... ou elle n'est pas. C'est maintenant que l'Esprit nous est donné et c'est aujourd'hui qu'il veut nous remplir pour que nous disions : et ma coupe déborde (Psaume 23/5). 5 — Le verbe est au pluriel. L'apôtre écrit à l'église entière. D'abord à celle d'Ephèse, mais, au-delà, à toute l'Eglise dans le temps et l'espace. Il ne s'adresse pas seulement à une élite, à des responsables. La plénitude n'est pas liée aux ministères, mais à la vie. Elle concerne chacun. Le verbe est au présent. Dans la langue originale, cette remarque signifie que l'action est permanente. Non pas une fois pour toutes, mais constamment. On pourrait traduire : Soyez sans cesse remplis de l'Esprit. Le verbe est au passif. Tout en restant un ordre qui nous contraint, nous ne pouvons pas nous remplir nous-mêmes. Nous devons être remplis. Le Seigneur seul, par l'Esprit, peut le faire. Le verbe est un impératif. L'offre n'est pas à bien plaire. En parlant d'alternative, tout à l'heure, nous n'entendions pas avoir impunément la liberté de choix entre deux propositions. Dans ce sens, il n'y a pas de choix. En nous parlant de la plénitude de l'Esprit, Dieu exprime sa volonté pour nous : pas d'ivresse de vin, mais plénitude de l'Esprit. Les deux éléments ne sont pas offerts sur l'étal du même magasin. L'un est le fruit défendu (non pas le vin, mais l'ivresse et ce qu'elle représente), l'autre est déjà celui de l'arbre de vie (Genèse 3/11 & 24), et quelle vie ! C'est la vie même du Seigneur qui se communique à nous par la vertu de l'Esprit. La plénitude de l'Esprit est pour le chrétien la vie tout à fait normale. Tout ce qui se jauge en dessous d'elle est insuffisant et, si nous devions nous en contenter, il faudrait bien que nous nous en expliquions un jour, d'autant plus que la provision aura été à portée de foi. 6 — L'homme souvent boit pour oublier, pour échapper à sa misérable condition, pour fuir, s'il était possible, dans un autre monde. Mais, nous le savons, et lui aussi ne le sait que trop bien, cette fuite est un mirage trompeur. En réalité, il s'enfonce. Le chrétien, lui, est déjà d'un autre monde. Et ceci n'est pas un mirage. Il est citoyen des cieux, étranger et voyageur sur la terre (1 Pierre 2/11). Pourtant, jamais il n'aura été si bien impliqué dans le monde que depuis sa rencontre avec le Christ. La plénitude de l'Esprit ne nous est pas donnée pour échapper à la condition terrestre en nous réfugiant dans l'extase mystique, mais pour être présents, efficaces dans un monde perdu qui a besoin de témoins authentiques. Jésus parlant de ses disciples, disait : « ...Eux sont dans le monde... Père saint, garde-les en ton nom... Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal » (Jean 17/11 & 15). L'intention du Seigneur est de nous investir de sa force au sein même de notre faiblesse (2 Corinthiens 12/9) pour que nous puissions accomplir ces œuvres bonnes préparées d'avance (Ephésiens 2/10). Les grâces de Dieu accordées en son Fils ne nous rendent pas remarquables, mais responsables. 7 — Il est possible que les circonstances adverses ne changent guère, que les difficultés s'accroissent, que les épreuves se multiplient. La plénitude de l'Esprit n'est point donnée pour nous permettre de parader en remontant les Champs Elysées, mais pour relever et combattre victorieusement les défis de ce monde, par la force et dans la joie que Dieu donne. Un dernier mot. A cet égard, ayons le sens de notre mesure... même remplie du Saint-Esprit. Ne voyons pas trop loin ; ce serait un piège. Il suffira, pour la plupart d'entre nous, de tendre la main et d'ouvrir son cœur à celui qui est si proche, non seulement dans le verset médité aujourd'hui, mais dans la vie de tous les jours. Autres textes de la même catégorie
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