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Ephésiens 5 v 1-2 & 15 - 21 (David MITRANI)



Texte : Ephésiens 5/1-2 & 15-21
Genre : Prédication
Auteur : David MITRANI
Source : Prédication pour le 28.05.2000 à Châteauneuf & Jarnac (17).



Chers amis, vous vous en doutez bien, c'est sur ce dernier verset (Ephésiens 5/21) que je voudrais prêcher ce matin. En effet, parmi tous les autres que vous venez d'entendre ou de réentendre – car ces textes sont connus –, il en est peu qui posent problème.

"Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jean 15/12)… N'est-ce pas la forme chrétienne du commandement d'amour ? Il est vrai que la manière dont nous préférons le citer est juive, conjoignant un verset du Deutéronome (6/5) avec un autre du Lévitique (19/18b), selon ce que le Seigneur fit lui-même pour répondre aux Juifs qui le questionnaient (Marc 12/29-31). Mais, dans l'un ou l'autre cas, il n'y a à première vue aucun problème. On résume même facilement tout ceci dans la formule lapidaire, qui vient encore de saint Jean : "Dieu est amour" (1 Jean 4/8).

Quand je dis "on résume facilement", cela veut sans doute dire "trop facilement"… On oublie – ce que ne fait pas Jean –, on oublie qu'il s'agit là d'un commandement, d'une exigence de Dieu. On s'imagine un Dieu "papa-gâteau", et on est d'ailleurs très content de ça. Pour beaucoup de gens, dire que "Dieu est amour", c'est un peu, finalement, être agnostique : ça laisse Dieu dans son coin sans qu'il me dérange. Or, vous l'avez entendu, la présence du commandement est pourtant très forte, du commandement chrétien, s'entend, c'est-à-dire référé à Jésus-Christ. Aimer, c'est aimer comme lui a aimé…

Et c'est là que j'en reviens à "mon" dernier verset : "Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte de Christ"… Tant il est vrai que l'amour pour Dieu ne se manifeste que dans l'amour pour les frères, comme l'épître de Jean le souligne. Et c'est bien toujours d'amour qu'il est ici question. Mais voilà, saint Paul ne parle pas le "politiquement correct" dont nous sommes imbibés, nous les protestants peut-être encore plus que les autres. Comme Jean d'ailleurs, mais avec d'autres mots, il nous laisse entendre que l'amour chrétien, l'obéissance chrétienne, le fait d'être disciple de Jésus-Christ, cela passe par quelque chose qui n'est pas agréable à nos oreilles : la soumission aux autres !

Nous, protestants réformés, nous nous réclamons de n'être soumis qu'à Dieu seul ! Et je ne vous dirai pas que nous avons tort, loin de là. Mais nous ne le pratiquons pas ! Nous ne sommes pas fidèles à ce que nous professons, nous trahissons nous-mêmes le slogan que nous opposons aux autres chrétiens. Car Dieu lui-même nous demande d'être soumis aux autres : se soumettre à lui, c'est pratiquer aussi cela. A moins que nous ne considérions plus que la Bible est la Parole de Dieu ? Mais alors, il n'y a plus rien de notre protestantisme, il n'y a plus que du subjectivisme et de l'affectif, et la Réforme est close.

Mais non. Nous sommes protestants, et il faut donc assumer ce verset. Soumis à Dieu et à sa Parole, il nous faut donc nous soumettre les uns aux autres, manifestant ainsi notre amour les uns pour les autres. Pas par des cadeaux. Pas par le respect de bons usages de politesse et de bienséance. Pas par le simple fait de se supporter en public et de ne pas trop se rencontrer autrement. Tout ceci se fait. Et pourquoi pas, d'ailleurs ? Cadeaux et savoir-vivre entretiennent les choses, et ne pas se donner trop d'occasions d'avoir envie de se taper dessus ne peut pas faire de mal, si ça ne fait pas de bien. Mais au-delà de tout ceci, il y a l'exhortation de l'apôtre !

Pourquoi aujourd'hui ? C'est que nos deux premiers textes sont dans la liste habituelle pour ce matin. Mais c'est surtout que le Conseil presbytéral de Châteauneuf est maintenant installé, et que celui de Jarnac va l'être dans un mois. Or, dans les engagements pris par les Conseillers selon la liturgie officielle de notre Eglise, il y a, justement, cette exhortation à la soumission mutuelle. Et cela pose question, et cela suscite parfois des débats – ce qui n'est pas une mauvaise chose, au contraire !

Mais par-delà le mot de "soumission", qui peut ne pas plaire, après tout…, il y a la réalité, et on aura beau faire et déployer des circonvolutions et des trésors d'imagination et de rhétorique, la réalité sera toujours là. La réalité de l'amour, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit, n'est-ce pas ? Nous ne sommes pas en train de faire de la science politique ou je ne sais quoi d'autre. Les apôtres Paul et Jean nous parlent d'amour, aujourd'hui. Et ils nous disent deux choses absolument incontournables et liées : c'est que l'amour engage, et que cet engagement est de l'ordre de la soumission.

Voilà deux énoncés que les couples modernes n'aiment pas ! Engagement et soumission n'ont pas bonne presse à notre époque, bien que je ne sois pas sûr que cela doive durer… Notre monde nous fait aspirer plutôt au "dégagement" et à l'autonomie, comme à des rêves qui sont à portée de main pourvu que "les autres" ne s'en mêlent pas, n'interfèrent pas. Or, dans l'amour, il y a "les autres", forcément. Lorsque Jean écrit que "Dieu est amour", c'est pour montrer qu'il "nous a aimés", nous. On n'aime pas dans le vide, en théorie, mais on aime toujours quelqu'un. En l'occurrence, il y a bel et bien eu engagement et soumission, et jusqu'à la mort !

"Soyez donc les imitateurs de Dieu", nous conseille Paul. Il rajoute "comme des enfants bien-aimés". Comme pour nous rappeler encore une fois que tout ce que nous pouvons vivre et faire, donner et recevoir, vient après : après le don de Dieu, après l'amour de Dieu, après l'engagement et la soumission volontaire de Dieu à son amour pour nous. Nous sommes déjà au bénéfice de ce don, Dieu s'est déjà lié à nous de manière irrévocable, dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Dans la soumission mutuelle, Dieu a fait le premier pas. Il a tissé le lien sur lequel nous n'avons plus qu'à nous laisser porter.

Et c'est là que nous rencontrons "les autres", et que se déploient tous les charmes du diable afin de nous les présenter, "les autres", comme des ennemis potentiels, ou bien comme des collaborateurs extérieurs, à utiliser quand on en a besoin, ou encore comme des éléments du décor de nos existences, bref : pas comme des frères et des sœurs à aimer… En fait (mais peut-être est-ce, là aussi, une astuce du diable qui parlerait par ma bouche), il y a deux cas de figure, deux situations assez différentes.

Il y a tous ceux qui ne sont pas des frères et des sœurs dans la foi, je veux dire : ceux et celles qui ne se savent pas aimés de Dieu, justifiés gratuitement par lui, libérés du péché et de la mort par la croix du Christ. Ils n'ont donc aucune raison spirituellement valable de vouloir entrer dans une relation du type "soumission mutuelle". Ils peuvent en avoir d'autres, mais qui en sera juge ? Ils peuvent aussi le vouloir ou le faire "comme ça", et c'est bien… Mais sinon, il n'y aura évidemment pas cette relation particulière de fraternité chrétienne, d'amour mutuel entre gens qui se savent aimés de Dieu.

Et c'est bien sûr là le second cas, celui même où nous sommes à court d'arguments sérieux, parce que nous nous sentons obligés et que nous n'aimons pas ça. Nous sommes au pied du mur : entre chrétiens, la relation à la fois surnaturelle et normale est la soumission réciproque, que ce soit dans le couple, dans la famille, dans les relations sociales ; ce sont d'ailleurs les trois exemples que Paul va prendre dès le verset suivant. Femme et mari, enfants et parents, serviteurs et maîtres… Au sein même de relations piégées, inégalitaires, ou bien qui ont d'autres fondements, il est possible de vivre la soumission mutuelle, nous dit l'apôtre.

Ce qui est possible, non par notre nature et nos efforts, ça nous le savons bien, mais par la grâce de l'amour de Dieu agissant en nous, ce qui est possible et qui arrive parfois (!) dans nos couples, nos familles, nos relations sociales, n'aurait donc pas droit de cité dans l'Eglise, dans une équipe, dans un Conseil ? Au contraire, mes frères et sœurs, au contraire ! C'est là que c'est le plus facile. Le plus facile de renoncer aux apparences du pouvoir sur l'autre. Le plus facile de renoncer aux distinctions fondées sur d'autres réalités que l'amour de Dieu, c'est-à-dire fondées sur du vent (oh, du vent parfois violent, c'est vrai…).

"Soumettez-vous les uns aux autres" : il nous faudrait plutôt mettre partout cette phrase en exergue, plutôt qu'aux oubliettes ! D'abord, certes, dans la confession de notre péché, d'autant plus présent dans l'Eglise qu'il ne devrait pas y avoir sa place. Mais phrase en exergue aussi dans le concret de nos relations humaines entre nous. Mettez des noms dessus : Untel, Unetelle, les catholiques, etc… Vous verrez alors, avec ces noms d'individus peut-être à quelques mètres de vous en ce moment, ou avec ces noms d'autres Eglises, vous verrez combien cela va être difficile et faire mal, de vous soumettre à eux, mais aussi, regardez bien, voyez combien cela va être exaltant à vivre, si nous nous lançons, si nous osons, si vous et moi nous y allons vraiment…

Non ? Amen !



Autres lectures : Jean 15/9-17
1 Jean 4/7-21

Cantiques :
* NCTC 296 = ARC 428 Comme un enfant
* NCTC 280 = ARC 607 Seigneur, accorde-moi d’aimer




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