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Ephésiens 05 v 08 b-14 Christian Schmidt



Texte : Ephésiens 5/8b-14
Genre : Prédication
Auteur : Christian SCHMIDT
Source : Méditation radiodiffusée. FPF, 01.08.1982.



"Vivez en enfants de lumière. Le fruit de la lumière
s'appelle bonté, justice, vérité" (Ephésiens 5/9)

Cette exhortation apostolique est le mot d'ordre de la semaine de nos Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine, une parole reçue comme une consigne appelant à vivre, à espérer, à entreprendre, autre chose donc qu'un slogan propagandiste ou séducteur, une parole que je me réjouis de pouvoir partager ce matin avec vous, auditeurs disséminés à travers toute la France et même au delà des frontières de notre pays.

Paul s’adresse ici aux Ephésiens, à des hommes et à des femmes qui ne sont pas chrétiens de naissance, qui ont, au contraire, un passé plutôt obscur et douteux du point de vue chrétien. Le dénominateur commun de leur vie a été, en effet, le culte des idoles. Les forces agissantes et les centres d'intérêt de leur vie ont été la satisfaction sans limite des besoins et des joies de la vie, le zèle sans scrupule d'acquérir, avec le minimum d'effort et de peine, le maximum de biens et de richesses, la cupidité sans retenue aucune, même au prix du malheur et de l'exploitation des autres.

Dans une telle ambiance, la foi ne peut pas s'épanouir, elle étouffe. La louange de Dieu est condamnée au silence, l'incroyance pousse comme des mauvaises herbes, le langage des hommes s'alourdit de méchanceté et d'impudicité.

Je pense que cette description d'Ephèse, résumée dans l'affirmation : "Autrefois vous étiez ténèbres", suffit (d'Ephèse qui n'a pas encore entendu et reçu l'Evangile) pour nous interpeller quant à notre situation générale d'aujourd'hui : celle-ci est-elle tellement différente, alors que les idoles modernes sont, comme à Ephèse, l'argent, le sexe et l'exploitation ? On peut vraiment se demander si le triomphe manifeste de ces idoles n'a pas contribué, comme une conséquence inéluctable, à susciter et à augmenter la crise de la communauté chrétienne contemporaine et même à la faire douter de sa mission.

Que peuvent encore signifier, en effet, la bonté, dans un monde dont le cours est uniquement dicté par des luttes d'intérêt sans merci, à tous les niveaux de la vie, aux plans national et international ; la justice, dans un monde où seuls comptent la loi du plus fort, la rentabilité, l'ordre établi ; la vérité, dans un monde où chaque idéologie prétend être la seule à posséder la vérité, quelles que soient les questions de vie concernées ?

Cette question est dure, car elle se réfère à de cruelles réalités. Mais l'avenir de Dieu pour le monde est conditionné par d'autres pouvoirs, par d'autres puissances : la bonté, la justice, la vérité. Il s'agit bien de l'avenir de Dieu et non de celui qu'auraient imaginé les politiciens, les idéologues, les économistes. C'est parce qu'il nous aime comme ses enfants que Dieu a un avenir pour nous, qu'il nous invite, qu'il nous presse à vivre en enfants de lumière. Il voudrait, en effet, placer ce monde dans lequel vous vivons, il voudrait nous placer, nous, dans la lumière de son amour qui n'entreprend rien par intérêt et avec arrière-pensée. C'est pourquoi la bonté ne se laisse pas provoquer. Elle ne s'impose pas. Elle a une réponse claire là où il y a un manque, une souffrance, un échec : elle se manifeste par l'aide, la patience, l'amour. La justice ne pèse pas (ignorant le vénérable symbole de la balance) le poids de la faute et ne mesure pas la lourdeur de la condamnation. La justice de Dieu ne veut pas condamner, elle veut sauver. Tout le poids accablant et empoisonnant du passé doit être réduit à néant. La vérité n'est pas le fruit de la réflexion de l'homme. Elle est là où Dieu parle et se fait entendre, là où Jésus appelle et se voit suivi par des hommes qui, ayant entendu sa voix, deviennent capables de marcher dans la lumière, de vivre en enfants de lumière. La vérité est là où l'Esprit de Dieu nous ébranle en mettant à nu sans pitié, il est vrai, la perversion de notre pensée et de notre action. Elle est là où nous ne nous laissons pas prendre au jeu et au bavardage des résolutions, des protestations et des déclarations, mais où il nous arrive d'accomplir sans bruit, comme allant de soi, ce que l'amour de Dieu nous dit de faire.

C'est cela la vérité… et la justice... et la bonté ! Des fruits de la lumière qui surgissent non pas par l'effort des hommes, mais par l'action du Saint-Esprit ; non pas par la volonté de forcer les choses, mais sous la poussée du Saint-Esprit. Cette mobilisation, maintenue vivante et constante par le feu de l'Esprit, exige un engagement total, une démarche physique, intellectuelle et spirituelle. Toute notre personne est impliquée. Il s'agit de vivre.

"Vivez en enfants de lumière. Le fruit de la lumière s'appelle bonté, justice, vérité" est donc plus qu'un beau mot d'ordre de la semaine, une parole de la liturgie. En fait, il s'agit d'une règle de vie qui s'enracine dans l'affirmation étonnante de Jésus-Christ quant à la vocation de ses disciples : "Vous êtes la lumière du monde". Jésus n'aurait pas dit cela si les disciples avaient eu à faire briller leur propre lumière. Celle-ci n'aurait certainement pas été très éclairante. Mais il devenait possible pour eux, ses disciples, il devient possible pour nous, ses disciples aujourd'hui, d'être "lumière du monde", parce qu'il est, lui, le Christ, la lumière du monde !

Recevons donc ensemble avec une foule innombrable de croyants, aujourd'hui, ce mot d'ordre comme une parole d'espérance, alors que nous avons parfois l'impression de n'être plus qu'un "roseau cassé" ou un ''lumignon qui fume". Laissons-nous libérer, par le Christ lui-même, du laisser-aller, de la résignation, de l'indifférence et du découragement. Ce lumignon qui fume encore peut devenir lumière ardente et éclairante pour les autres. Croyants d'aujourd'hui, hommes et femmes en recherche de foi et de certitude, tous ensemble confrontés aux réalités de la vie et aux conflits ouverts ou larvés du monde, nous pouvons croire encore qu'il y a un avenir pour l'homme et le monde, un avenir pour nous, parce que la bonté, la justice et la vérité nous libèrent de l'emprise de toutes les idéologies dominantes et de l'enfermement que peut devenir pour nous l'opinion publique, nous permettent de nous orienter, de nous réorienter sans cesse par rapport à la lumière, par rapport à Jésus-Christ disant de lui-même : "Je suis la lumière du monde" et de nous : "Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie" (Jean 8/12).

Amen.



Autre lecture : Matthieu 5/13-16