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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Ephésiens 3 v 2-6 Samuel SAHAGIAN
Texte : Ephésiens 3/2-6
Genre : Prédication Auteur : Samuel SAHAGIAN Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 06.01.1980 (Epiphanie). En ce dimanche de l'Epiphanie, les chrétiens de l'Eglise Apostolique Arménienne, qui célèbrent Noël et l'Epiphanie le même jour, se saluent entre eux par ces mots : "Kristos dzenav yèv haïdnétsav", c'est-à-dire : "Christ est né et s'est manifesté". Et la personne qui reçoit ce salut répond : "Pour vous et pour nous grande nouvelle !". Ainsi les chrétiens arméniens sont-ils restés fidèles à l'ancienne tradition des Eglises orientales, que l'on fait remonter jusqu'à la primitive tradition de l'Eglise de Jérusalem, où l'Epiphanie était sans doute une fête chrétienne plus importante encore que Noël. Epiphanie (épiphaneïa), c'est-à-dire "manifestation" de Dieu dans l'humanité de Jésus. Bien sûr, Dieu s'est manifesté en Jésus à sa naissance, mais surtout à son baptême, lorsqu'une voix vient des cieux : "Tu es mon Fils bien-aimé, il m'a plu de te choisir". Vous savez que, si l'évangile de Luc commence par le mystère de Noël, celui de Marc commence par le baptême de Jésus dans le Jourdain. La fête de l'Epiphanie, cette réplique orientale de Noël, a remplacé, on le sait, la fête païenne du solstice d'hiver, qui était fixée en Egypte au 6 janvier. Et des croyances mythologiques faisaient coïncider la "naissance" du soleil avec une recrudescence des eaux, qui avaient ce jour-là, disait-on, des vertus merveilleuses. Est-ce pour cela que c'est à la fête de l'Epiphanie que l'Eglise aimait rappeler aussi la manifestation de la gloire de Dieu dans le ministère de Jésus par son premier miracle, aux noces de Cana : l'eau changée en vin ? En tout cas, l'épiphanie signifie la manifestation de Dieu en Jésus, la manifestation de la gloire de Dieu parmi les hommes : par le baptême du Christ, par le miracle de Cana, par Noël, et enfin, bien sûr (mais l'Eglise d'Occident a peut-être un peu trop exclusivement insisté sur cette fête le 6 janvier), l'épisode de l'adoration des mages. La fête des rois mages. Il est dommage, en effet, qu'en Occident, Noël (le 25 décembre) soit devenu - se soit réduit en quelque sorte à - une "fête de l'Enfance", et l'Epiphanie (le 6 janvier) à la "fête des rois mages". Il y a plus que cela pourtant dans la manifestation de Dieu en Jésus, il y a plus que cela dans l'Evangile, il y a plus que cela dans l'Epiphanie. Je vous invite donc ce matin à réfléchir au message et à la signification de l'Epiphanie, surtout à partir des quelques versets du chapitre 3 de l'épître aux Ephésiens, que je vous ai lus : "Le mystère du Christ, dit Paul, Dieu vient de le révéler maintenant, par l'Esprit". Puisque Epiphanie signifie manifestation de Dieu, l'exemple de l'apôtre Paul va justement nous montrer comment cette fête peut et doit être actualisée. Comment Paul, en tout cas, a compris et a actualisé l'épiphanie de Dieu, la manifestation du mystère de Dieu. Et comment nous, aujourd'hui, nous pourrions la comprendre et l'actualiser à notre tour. Pour Paul, le choc, la révélation a lieu sur le chemin de Damas, où la lumière de Dieu éclate autour de lui et sur lui. La conversion de l'apôtre Paul est une illustration extraordinaire de la façon dont Dieu appelle un homme, un individu, le bouscule, lui parle, l'éclaire et l'envoie. Il est ridicule, devant des exemples pareils, de mettre en question aujourd'hui la signification de la conversion de l'individu, la prédication et la bonne nouvelle de la nouvelle naissance, la proclamation de la grâce offerte par Dieu à l'individu que je suis. A l'individu qu'est chacun de nous. Chaque homme a une valeur infinie aux yeux de Dieu. Dieu se manifeste à chacun personnellement. Ceux qui mettaient en question l'importance de cette relation personnelle entre Dieu et chaque homme, ceux qui trouvaient ridicule que l'on prêche encore aujourd'hui le salut personnel, individuel, le "pour moi" sur lequel Luther insistait si fortement, ceux qui pensaient que l'individu ne compte pas, ni aux yeux de Dieu, ni au regard de l'Histoire et de la politique, ceux qui pensaient que tous les problèmes seront réglés uniquement par une réforme ou une révolution des structures... commencent actuellement, je crois, à être quelque peu ébranlés par les effroyables exemples des goulags, et cette atroce dé-personnalisation qui a conduit à un génocide au Cambodge... au nom d'un idéal collectiviste. Mais je ne veux pas non plus détourner l'Evangile de ce jour au profit de je ne sais quel libéralisme ou néo-capitalisme, où l'individu, là aussi, est hypocritement exploité, méprisé, subtilement conditionné et emprisonné dans un égoïsme stérile, alors qu'on lui fait croire qu'il est libre. Dieu se manifeste à chaque homme, certes, personnellement, mais le salut individuel n'est offert que pour devenir immédiatement appel au partage. Voyez l'exemple du converti Paul, qui a sacrifié toute sa vie, après sa conversion, à rendre témoignage à l'Evangile de la libération. Dans la lettre aux Ephésiens, Paul fait allusion sans doute à sa conversion sur le chemin de Damas, lorsqu'il dit : "Par révélation, j'ai eu connaissance du mystère". Mais ce mystère, dit Paul, que "Dieu vient de révéler maintenant par son Esprit", c'est que "les païens sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même promesse en Jésus-Christ par l'Evangile". Voilà la merveilleuse actualisation de l'Epiphanie de Dieu, que nous trouvons chez Paul. Voilà la merveilleuse compréhension, nouvelle, révolutionnaire, actualisée, du mystère de l'Evangile. Voilà sans doute la révolution qui a changé l'histoire du monde, plus que n'auraient pu le faire des révolutions politiques, des transformations de structures. "Les païens sont cohéritiers", dit Paul. Ces païens, les "nations", en grec. Les nations sont "cohéritières". La vision est large, immense, à la dimension du monde tout entier. Jésus n'est pas venu que pour être le Messie d'un peuple. Jésus n'est pas venu que pour sauver Israël. Il n'est pas venu que pour sauver Paul. Paul, profondément touché, transformé, révolutionné, va faire exploser la nouvelle partout. Il se jettera sur les chemins du monde, dans les montagnes et les défilés d'Anatolie et d'Asie, et jusqu'à Rome, capitale de l'empire, capitale du monde de son époque. Pour Paul, l'Epiphanie de Dieu en Jésus n'est pas une petite affaire. Ce n'est pas l'affaire d'un groupuscule, d'un peuple, ni même d'une petite Eglise composée de gens de diverses nationalités. Pour lui, l'Evangile est à tous. Jésus appartient à tous. Cela lui a été révélé. Ce n'était pas évident du tout. D'ailleurs, Paul sera abondamment critiqué par les Judéo-chrétiens, par les Juifs. Il sera même dénoncé, calomnié et persécuté. Il avait violé les tabous. Il avait renversé les barrières. Il avait ouvert toutes grandes les portes de l'Eglise, les portes du salut. "Les païens, dit-il, les nations sont cohéritiers du Christ, membres du même corps, associés à la même promesse". Merveilleux apôtre Paul qui a compris que Jésus-Christ était venu pour tous les hommes ! Mais pour nous qui recevons son Evangile ce matin, que signifie aujourd'hui l'Epiphanie, la manifestation du mystère du Christ ? Comment actualiserons-nous l'Evangile à notre tour ? Nous vivons à une époque où les hommes ont peur d'énoncer des convictions, d'apporter des témoignages, de proposer des affirmations. Toute idéologie est devenue suspecte. Le grand désenchantement apporté par les goulags à l'idéal marxiste - qui se voulait le successeur et le remplaçant de l'idéal chrétien - y est sans doute pour quelque chose. C'est peut-être, d'ailleurs, ce qui nous étonne et nous fait si peur dans la révolution iranienne, lorsque l'imam Khomeiny fait scander à des foules immenses le cri "Allah ou Akbar", "Dieu est le plus grand !". Quelle est la limite entre la conviction et l'intolérance, entre la foi et le fanatisme ? Mais nous sommes ici en Occident, en France, et il est question ce matin de notre conviction chrétienne, à nous, de notre mission, de notre message. Je ne sais pas comment nos Eglises redeviendront missionnaires ou évangélisatrices. Quels sont les moyens à employer ? La radio, la télévision ? Des grands rassemblements de style revivaliste un peu rétro ? Certains aiment ces formules, d'autres pensent que le témoignage personnel, dans la relation, dans le dialogue, dans l'écoute et parfois dans l'humilité silencieuse et discrète d'une vie de service valent mieux que tous les rassemblements et tous les discours d'évangélisation. Et d'autres chrétiens se lancent à corps perdu dans les luttes syndicales ou politiques. Tous ces moyens sont sans doute utiles, complémentaires, efficaces à leur façon. Mais la grande révolution ne sera-t-elle pas moins dans les moyens utilisés pour l'évangélisation, que dans cette vision, cette révélation que Paul avait reçue, ce mystère du Christ qui avait été dévoilé à ses yeux par l'Esprit, à savoir que les païens sont appelés à devenir peuple de Dieu ? N'avons-nous pas besoin, nous aussi, que l'Esprit nous révèle aujourd'hui le sens caché de l'histoire des hommes de notre temps, le mystère d'amour que Dieu a réservé pour l'humanité de ce siècle, souvent si découragée, si désorientée ? N'avons-nous pas besoin que l'Esprit de Dieu nous aide à croire pour les autres, et non plus seulement pour nous-mêmes ? N'est-ce pas pour les autres que nous manquons le plus de foi aujourd'hui, nous qui sommes souvent défaitistes avec les défaitistes ? Croire et voir un avenir pour les autres. Pour ces autres que sont parfois nos proches. Pour nos enfants, pour nos jeunes. Pour nos parents, pour nos voisins. Pour nos amis, pour nos ennemis. Pour les autres peuples. Pour le Tiers-Monde. Pour le monde de l'Islam, et pour le monde du communisme. Pour l'Afrique, pour l'Asie, pour l'Amérique. Nous éprouvons un sentiment d'impuissance. Oui, nous manquons de foi. Nous manquons d'espérance. Ce matin, pourtant, nous entendons cette parole de l'Epiphanie : "Dieu s'est manifesté". Pour tous. Une vision nouvelle nous est proposée. "Tous sont cohéritiers". C'est une bonne nouvelle, toute simple, un Evangile. Avant de la propager, avant de la crier partout, il nous faut la recevoir, il nous faut en être persuadés par l'Esprit. Il nous faut être révolutionnés par cette sorte de lumière, ce soleil qui éclata autour de Paul sur le chemin de Damas, sur le chemin de sa conversion. Oui, Dieu est venu vers toi à Noël, à l'Epiphanie. Oui, il est venu vers tous à Noël, à l'Epiphanie. Nul n'est exclu de cette lumière. Nul n'est exclu de cet héritage. Le miracle de l'amour de Dieu n'est pas pour un tout petit nombre. Pas de privilèges de classe pour Dieu, fût-ce la classe des chrétiens. "Les païens sont cohéritiers avec nous". Joyeuse épiphanie à tous ! Les paroles de salutation qui seront échangées ce matin dans toutes les Eglises arméniennes, je vous les adresse, moi aussi, avec joie : - "Christ est né et s'est manifesté... - Pour vous, pour nous, grande nouvelle !". Amen. |
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