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Ecclésiaste 1 v.1 & 2 et 2 v.21 à 23



Dimanche 1er août 2004



Livre de l’Ecclésiaste, 1 v.1 & 2 et 2 v.21 à 23

Epître de Paul aux Collossiens 2 v.20 à 3 v.17

Luc 12, v.13 à 32


Un fil rouge traverse les textes de ce jour, car ils nous invitent tous à réfléchir sur notre vie, le sens de notre vie comme la pertinence de nos choix. La voix décapante de l’Ecclésiaste nous dit : vanités des vanités, tout est vanité. Le sage de l’Ancien Testament invite à se méfier des richesses et des succès de l’homme. L’évangéliste Paul, quant à lui, nous demande de revêtir l’homme nouveau, qui, à l’image de son créateur, doit retrouver compassion, bienveillance, humilité, et patience. Jésus, comme à son habitude, amplifie le message, en décrivant un riche insensé qui fait des choix désastreux dans sa vie, pour conclure : « sois sans crainte, petit troupeau », au verset 32.


Le programme des lectures du jour retient deux passages du livre de l’Ecclésiaste : la première phrase, qui est le leitmotiv du livre, et son application au travail de l’homme.

Ce livre est l’un des plus étonnants de la Bible ; probablement rédigé au III° siècle avant JC., il donne le ton dés la première phrase : « vanité des vanités, tout est vanité ». Le mot hébraïque traduit par vanité revient pas loin de 40 fois dans le livret. Etymologiquement, il signifie fumée ou buée. Sous forme de nom propre, c’est le nom qu’Eve a donné à son deuxième fils, Abel. On sait ce qu’il est devenu !

Tout n’est en effet que fumée, pour l’homme qui nous est présenté ; il a fait son travail avec sagesse, science et succès ; il n’a pas ménagé sa peine, car son cœur est sans repos, même la nuit. Mais l’Ecclésiaste nous interpelle : que restera-t-il pour cet homme, de tout son travail et de tout l’effort personnel qu’il aura fait ? Tout cela est vanité !!





Paul, dans son Epître aux Colossiens, et comme à son habitude, n’en reste pas au niveau du bilan. Son analyse de nos faiblesses reste bien sûr dans le même esprit, quand il dit : voilà bien les commandements et les doctrines des hommes ! Ils ont beau faire figure de sagesse : religion personnelle, dévotion, ascèse, ils sont dénués de toute valeur, et ne servent qu’à contenter la chair !

C’est pourquoi Paul nous exhorte à trouver en nous l’homme nouveau, celui qui ne cesse d’être renouvelé à l’image de son créateur ; et nous invite à rechercher l’amour comme lien parfait entre les hommes, et à retrouver en nos cœurs la paix du Christ, à laquelle nous avons été appelés tous en un seul corps.







Jésus, à travers l’Evangéliste Luc, nous emmène ce matin plus loin, au-delà de cette alternance entre « le vieil homme et l’homme nouveau », ou entre « l’homme découragé et l’homme ressuscité ». Il nous invite, ni plus, ni moins, à retrouver le SENS de notre vie. Ce dimanche nous permet ainsi de réfléchir au bon usage de la richesse, de la place du travail dans la vie, thèmes qui interpellent forcément tout chrétien ; n’a–t-on pas à l’esprit des exclamations aussi naturelles qu’avérées, telles que



1. " sa vie, c'était son travail ! ", au dire des voisins



2. Sans travail, tôt et tard / rien ne te réussira



et je laisse à votre expérience de compléter cette liste malheureusement longue, de prétendues sagesses humaines et populaires.



Mais, pour mieux comprendre les exhortations de Jésus, revenons un instant au contexte de ce chapitre de Luc. Nous y voyons les disciples au milieu d’une foule immense, au point qu’on s’écrasait ! Devant ces milliers d’auditeurs, Jésus sent que les disciples sont anxieux, incertains, mal assurés, craintifs des oppositions qui viendront surtout des Pharisiens. Aussi Jésus veut réaffirmer que leur force de témoignage vient de la puissance du Saint Esprit, et non pas d’eux-mêmes et de leur propre capacité. C’est ainsi que Jésus va aborder des éléments qui ont tous un rapport aux biens de ce monde et aux richesses :



· le partage de l'héritage (v. 13-15)

· le riche insensé (v. 16-21)

· vivre seulement de la grâce (v. 22-32)

· l'appel à l'aumône (v.33-34)

· la nécessaire vigilance, et les deux intendants (v. 35-48)





Revenons rapidement sur les 3 paragraphes que nous avons lus tout à l’heure :



Aux v 13-15 : Les frères qui se disputent un héritage et qui font appel à l'arbitrage de Jésus - comme cela était fréquemment demandé à des rabbins - se font sèchement renvoyer. Ici n'est pas la vie, leur dit Jésus, et il est venu pour la vie. Les biens, abondants ou pas, ne garantissent pas la vie. C'est ce qu'illustre la parabole.



Aux v 16-21 : Le riche insensé n'est pas si insensé que cela. Du moins, dans une rationalité purement économique. Au contraire : il est travailleur, et en même prudent, avisé, il ne dilapide pas la richesse providentiellement gagnée. Et de plus prévoyant et sage : prévoyant car il compte bien utiliser les biens dont il dispose maintenant en anticipant les problèmes du futur, comme Joseph en Egypte (par exemple), ou comme les jeunes filles sages de la parabole de Matthieu 25. Sage car il ne se laisse pas happer par la spirale infernale de l'avidité, qui veut toujours plus et ne sait jamais se satisfaire de ce qui est. Il est tout compte fait un bon gestionnaire, et simplement raisonnable.

Alors, ou est la faille ? Pourquoi est-il qualifié d’ " insensé " par Jésus ? Serait-ce pour son égoïsme ? Le texte n’en dit rien : c’est nous qui avons tendance à dire qu’il veut jouir égoïstement de ses biens. Après tout, il a peut-être l’intention d’en faire profiter les siens, parents et amis !

Il n'a pas prévu qu'il allait mourir dès la nuit qui suit, et que ses biens ne lui serviront alors plus à rien. Il pense trouver la paix intérieure, le plaisir et le repos grâce à ces richesses, à condition de bien les entreposer. C'est là que le calcul s'avère faux. Bien-être et aisance matérielle ne sont pas des buts en soi,

mais des moyens.

L'homme est bien seul : 6 fois, il utilise la première personne du singulier, puis il utilise la deuxième pour s’encourager soi-même à faire la fête. On peut penser que ses richesse lui ont fait oublier les autres hommes, et le reste du monde.

L'histoire se termine par la mystérieuse injonction à devenir "riche pour Dieu", ou "riche auprès de Dieu". Appel à la solidarité ? Appel à continuer à travailler ? Appel à sortir du face à face stérile entre l'homme et ses biens ? Cette dernière solution paraît la plus juste : la richesse peut être bénédiction, lorsqu'elle est au service de la vie, du partage, lorsqu'elle est reçue et donnée, lorsqu'elle circule. Elle est dénaturée quand elle prend une place qui ne lui revient pas, celle de garantir à un individu son bien-être pour l'avenir… Cet homme est insensé, car il n'a pas trouvé le sens de la richesse.



Aux v 22-32 : Les fameux biens de ce monde suscitent fascination et envie, la peur de manquer du nécessaire, et parfois du superflu, la jalousie.

Face à cela, Jésus propose de vivre dans la confiance et de se projeter dans les mains de Dieu, ce Dieu qui prépare pour les siens un royaume où toutes ces contingences seront transcendées … être riche selon la volonté de Dieu, n'est-ce pas faire du centre de sa vie le commandement d'amour qui arrache l'autre à la solitude, et qui permet de vivre une vie relationnelle riche ? Être riche pour Dieu, n'est-ce pas déjà recevoir de la main de Dieu en toute confiance, et à utiliser les dons reçus en fonction de ses commandements ?







Le message de Jésus peut nous paraître aujourd’hui bien dérisoire, quand il nous demande de ne pas chercher ce que nous mangerons demain ni ce que nous boirons ! La mode du moment est au contraire de se soucier de tout, de renforcer les régimes de retraite et la sécurité sociale, de préserver et défendre les avantages acquis de chaque catégorie professionnelle, … la liste est longue. L’homme insensé de la parabole, c’est souvent moi, qui m’inquiète de l’avenir, et m’efforce d’emmagasiner quelques biens matériels de mes propres efforts et pour mon propre usage. Mais Jésus a tôt fait de me reprendre et de m’appeler « insensé ». Ce qualificatif est tout à fait particulier ; l’homme n’est pas décrit ici comme mauvais, ou cupide, ou irresponsable, ou païen, ou dérangeant ; non, il est insensé, c’est-à-dire tourné dans un mauvais SENS. En fait, le vrai problème, dit Jésus, c’est que – parfois ou souvent, suivant les cas – nous devenons fous, à faire des choix désastreux dans nos vies, à se rendent malheureux nous-mêmes et faire le malheur des autres. Nous avons alors perdu le vrai sens, la vraie direction pour notre vie, qui est auprès de Dieu.



Nous comprenons bien maintenant que le « riche insensé » est une image, une parabole ; que les trésors amassés vainement pour soi-même ne concernent pas seulement des biens matériels ; que les richesses à tourner vers Dieu, ce sont nos moyens peut-être pécuniaires, mais aussi nos moyens en intelligence, en disponibilité, en culture en personnalité, ou notre capacité de partage. Comprenons bien que tous ces trésors personnels existent en chacun d’entre nous; que bien évidemment ce n’est pas un mal en soi ; ce qui est problématique, c’est l’usage que l’on en fait. Jésus le dit clairement au verset 21 : ce n’est pas l’enrichissement qui est condamnable, mais son éventuelle finalité.





Le message ainsi décodé est clair, pour les disciples à qui il s’adressait : ne soyez pas inquiets des éventuelles richesses – toutes spirituelles s’entend- qui sont en vous ; le Saint Esprit y pourvoit largement ; mais soyez dans la vigilance d’utiliser vos dons pour la seule gloire de Dieu, pour son seul mérite, pour sa seule édification.

De même, nous sommes invités, non pas à réduire ou freiner nos richesses –extérieures ou intérieures- mais à les tourner vers le ciel, comme le dit l’Evangéliste ; à les utiliser auprès de Dieu ; concrètement, en suivant Paul, à utiliser nos dons pour la compassion ou la bienveillance, le service aux autres, la patience et le pardon ; bref à retrouver dans nos paroles, dans nos actes, le vrai sens de notre vie.



Je voudrais pour finir me faire l’écho de la conclusion de Paul aux Colossiens, quand il dit de chanter à Dieu toute notre reconnaissance. Avez-vous remarquez que toutes les richesses mentionnées dans nos paraboles (héritage, terre fertile)sont des richesses reçues, données, et non acquises. Ces dons de Dieu méritent assurément notre reconnaissance.

L'homme de la parabole aurait peut-être pris un chemin tout différent s'il avait commencé par rendre grâce à celui qui lui avait offert sa belle récolte ! Rendre grâce pour nos biens matériels, c'est le début de la sagesse, cela donne sens, et celui qui pratique cette action de grâce

n'est plus tout à fait insensé



Amen





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