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Deutéronome 6 v 2 - 6 Alphonse Maillot



31° Dimanche ordinaire
ou 23° Dimanche du Temps de l’Eglise

Deutéronome 6/2-6

Voici le “Shema Israël” (“Ecoute, Israël !”) qui est l’une des confessions de foi centrales de ce peuple (dans le texte hébreu, la première et la dernière lettre du v. 4 sont écrites avec de grandes lettres, pour encadrer et faire ressortir l’importance de cette confession !). C’est ce qu’aujourd’hui nous appellerions une grille de lecture de l’Ancien Tetament ; Israël entend lire (et faire lire) son histoire, ses institutions et sa personnalité au travers du Shema.

On relèvera que, pour Israël, sa foi, sa vie, son histoire sont donc essentiellement une question d’écoute, et d’écoute de la Parole (v. 3) du Seigneur, Un autant qu’Unique.

Et pour qu’on ne se trompe pas sur le sens du mot “Ecoute” (car écouter = parfois obéir), le v. 5 précise comment cette attitude doit se traduire : par l’amour pour Dieu dans toute l’existence. Quant au Dieu-Un, il ne faut pas trop philosopher à ce propos qui relève surtout que le Seigneur est le seul Dieu à avoir élu, pour faire alliance avec lui, un peuple, le plus misérable de tous (Deutéronome 7/7) ; le seul Dieu qui a voulu être simplement une voix (eutéronome 4/12), une simple voix qui révèlait la volonté de Dieu (4/13) ; le seul Dieu à parler pour confier seulement à l’oreille et au coeur de ses partenaires (ici), afin de respecter leur liberté (30/15) et leurs choix (l’oreille est l’organe de la liberté... Il serait bon de s’en souvenir aujourd’hui ; cf. Romains 10/17). Certes, l’unicité de Dieu était une dénonciation de toute autre “écoute”, c’est-à-dire de toute idolâtrie ; mais toute idolâtrie met surtout la vue à contribution, cf. Esaïe 44 ; elle cherche toujours à en mettre “plein la vue”. Puissions-nous retrouver cette “écoute” de l’Unique Seigneur pour l’aimer de toute notre liberté, donc de tout notre coeur (= volonté et intelligence), de toute notre âme (= existence) et de toute notre force (?? abondance ; “biens” ont lu certains rabbins). On constatera que le vocabulaire actuel est à revoir.



Hébreux 7/23-28

Ce passage résume de manière claire (ce qui n’est pas toujours le cas de cette épître) l’essentiel de ce qu’a voulu dire l’auteur dans sa laborieuse (mais enrichissante) comparaison entre :

* la prêtrise de la première Alliance, celle d’Aaron et de Jérusalem : temporaire, avec des hommes faibles, pécheurs, mortels, contraints de se faire pardonner leurs fautes afin de pouvoir transmettre ce pardon aux autres, etc...

* et la prêtrise de la nouvelle Alliance, celle du Christ, prêtrise unique, éternelle (v. 24), sainte, innocente (v. 26), qui est donc toujours et partout disponible pour pardonner les péchés de tous. De plus, prêtre unique et éternel, il a offert une fois pour toutes et pour toujours l’unique sacrifice efficace et éternel : lui-même (v. 27) qui sauve de manière définitive ceux qui s’approchent de lui (v. 25).



Marc 12/28-34

Personnellement je dirai ici un grand “Merci” à Marc qui nous débarrasse de nos stéréotypes et en particulier de la tendance antisémite que traîne comme un boulet la foi chrétienne, tendance selon laquelle scribes, pharisiens, professeurs d’Ecriture Sainte et autres Juifs, n’étaient qu’un ramassis d’hypocrites, avares, ennemis du Christ, ne cherchant qu’à le piéger. C’est faux, archi-faux, et il est sûr qu’au début de son ministère, Jésus a rencontré dans toutes les couches de la société (religieuse) d’Israël, un accueil ouvert, sinon très favorable. Cela va se gâter parce que Jésus va les bousculer très fort et très vite dans leurs habitudes religieuses et parfois dans leur foi.

Or, quand on voit combien dans l’Eglise, un chandelier (ou autre petit objet) changé de place peut amener de troubles (dans ma ville, il y eut une mini-révolution parce que, dans la crèche, c’est Joseph qui, pour une fois, tenait Jésus dans ses bras), on se dit, on devrait se dire que les pharisiens et autres scribles tels que nous les imaginons, c’est chez nous qu’on les rencontre désormais.

Revenons à Marc ; il nous a déjà présenté un Juif riche, bien sympathique, même s’il ne dépasse pas le stade du “Bon Maître” : il attend que Jésus apaise son inquiétude et donne une réponse à son attente (10/17ss). Et maintenant c’est un scribe (un de ces hommes à qui nous devons que l’Ecriture nous soit parvenue : merci !) qui, attiré par Jésus et sa compréhension de l’Ecriture, lui pose une question capitale, dont lui-même débattait avec ses collègues : “Quel est le commandement, critère de tous les autres ? Quel est, en cas de conflit entre certains lois de Dieu —et cela arrive souvent— le commandement-référence qui aura le pas sur tous les autres ?”. Lui aussi cherche le “canon du canon”, et au lieu de s’adresser aux spécialistes patentés, il pose à Jésus cette question primordiale. Et Jésus va faire un extraordinaire amalgame en donnant :

1) La confession de foi fondatrice d’Israël, le Shema (qui justement n’est pas d’abord un commandement) = pas question de déroger sur les fondements avant de discuter sur les détails. Le premier commandement, c’est de ne faire intervenir aucune autre référence, aucune autre autorité. C’est d’en revenir toujours au Seigneur unique comme autorité ultime (Deutéronome 6/4). Et l’écouter : “Shema”.

2) Conséquence de cette confession de foi : tu aimeras le Seigneur, etc... Le premier et plein commandement, c’est d’aimer le Seigneur. On ne peut écouter le Seigneur, entendre raconter son oeuvre d’amour, sans l’aimer (on remarquera l’addition “de toute sa pensée”, peut-être faite pour rendre hommage au travail du scribe... c’est consolant !).

3) Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lévitique 19/18). C’est (pour nous) inattendu, même si c’est présenté comme un commandement deuxième (il y a hiérarche entre ces deux commandements... si on peut parler de “commandement” dès qu’il s’agit d’aimer). Mais nous savons par ailleurs (Luc 10/19) que ce commandement tracassait les Juifs. Et ce commandement est deuxième, non seulement parce que Dieu est Un (= aussi Premier), mais parce que le premier commandement amène normalement le deuxième (Jésus tient à le préciser), tandis que le deuxième n’entraîne pas obligatoirement le premier. Cependant ces deux commandements sont les critères de tous les autres, et Jésus a tenu à le montrer dans toute sa vie (Marc 3/4,... ; Matthieu 23/23, etc...).

Et après que notre brave scribe eut décerné un brevet de bon théologien à Jésus (v. 32) et reconnu que cet amour (qui doit se concrétiser cependant) valait mieux que tous les rites faits par habitude et contrainte, ce n’est pas sans une certaine ironie amicale que Jésus répond à son satisfecit : “Tu n’es pas loin du Royaume”.



MAILLOT Alphonse : Va, ta foi t’a sauvé — Notes homilétiques pour les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année B - Fin de l’année : Octobre-Novembre. Mission Intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1991 (p. 41-46).



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