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Deutéronome 30, 10 – 14 (Marie Noëlle Thabut)



Dimanche 11 Juillet 2004
Quinzième dimanche du temps ordinaire
Par Marie Noëlle Thabut


PREMIERE LECTURE - Deutéronome 30, 10 – 14

Le livre du Deutéronome se présente comme le dernier discours de Moïse, son testament spirituel en quelque sorte : il n'a pas été écrit par Moïse lui-même puisqu'il répète à de nombreuses reprises : Moïse a dit, Moïse a fait... Mais l'auteur use de beaucoup de solennité pour résumer ce qui lui semble être l'apport majeur de Moïse. Jusqu'ici, chaque fois que nous lisions le Deutéronome, nous avons rencontré une très grande insistance sur la fidélité à la pratique des commandements ; nous la retrouverons ici ; ce sera mon premier point ; mais le deuxième point majeur sera la certitude que Dieu lui-même changera un jour le coeur de l'homme, de tout homme. Je reprends tout simplement ces deux points l'un après l'autre.
Sur le premier point , la fidélité à la pratique des commandements, si l'auteur du Deutéronome ne craint pas de se répéter, c'est parce que le peuple y a trop souvent manqué ; le royaume du Nord a fait lui-même son propre malheur, et depuis la victoire des Assyriens, il est rayé de la carte. Les habitants du royaume du Sud feraient bien d'en tirer les leçons et c'est à eux que l'auteur s'adresse ici : "Vous veillerez à agir comme vous l'a ordonné le Seigneur votre Dieu, sans vous écarter ni à droite ni à gauche. Vous marcherez toujours sur le chemin que le Seigneur votre Dieu vous a prescrit, afin que vous restiez en vie, que vous soyez heureux et que vous prolongiez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession." (Dt 5, 32-33). Autrement dit, c'est une affaire de vie ou de mort : l'expression "afin que tu vives" revient souvent dans ce livre ; doublée souvent de la formule "afin que tu sois heureux". Par exemple : "Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à mettre les commandements en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l'a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel." (Dt 6, 3).
Malheureusement, le peuple avait "la nuque raide" comme disait Moïse ; à la fin de sa vie, quand il réfléchissait sur le passé, il pouvait dire : "Ce n'est pas parce que tu es juste que le Seigneur te donne ce bon pays en possession, car tu es un peuple à la nuque raide. Souviens-toi, n'oublie pas que tu as irrité le Seigneur ton Dieu dans le désert. Depuis le jour où tu es sorti du pays d'Egypte jusqu'à votre arrivée ici, vous avez été en révolte contre le Seigneur." (Dt 9, 6-7). Et là, il faut être sensible à l'image qui se cache derrière ces formules que nous disons malheureusement toujours trop vite : l'expression "nuque raide" évoque un attelage, ou plus exactement une bête rétive sous l'attelage ; dans ce cas, on se doute bien que l'attelage est moins performant : or, justement, l'Alliance entre Dieu et son peuple était comparée à une attache, un joug d'attelage. Pour recommander l'obéissance à la Loi, Ben Sirac, par exemple, disait : "Soumettez votre nuque à son joug et que votre âme reçoive l'instruction !" (Si 51, 26-27). Jérémie reprochant au peuple d'Israël ses manquements à la Loi disait dans le même sens : "Tu as brisé ton joug" (Jr 2, 20 ; Jr 5, 5). On comprend mieux du coup la phrase célèbre de Jésus : "Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école... Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger." (Mt 11, 29-30).
Cette phrase de Jésus a peut-être bien ses racines justement dans notre texte du Deutéronome : "Cette Loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte." Autrement dit, Dieu ne demande pas à son peuple des choses impossibles. Peut-être ce passage s'adresse-t-il à des croyants découragés, à l'instar des disciples qui se plaignirent un jour à Jésus en lui demandant "Qui donc peut être sauvé ?" (Mt 19, 25).
On retrouve bien là, dans le Deutéronome, d'abord, chez Jésus, ensuite, le grand message très positif de la Bible : la Loi est à notre portée, le mal n'est pas irrémédiable ; l'humanité va vers son salut : un salut qui consiste à vivre dans l'amour de Dieu et des autres, pour le plus grand bonheur de tous . Mais, l'expérience aidant, on a appris aussi que la pratique d'une vie juste, c'est-à-dire en conformité avec ce projet de Dieu est quasi-impossible aux hommes s'ils comptent sur leurs seules forces. Et la leçon est toujours la même : Jésus répond à ses disciples : "Aux hommes c'est impossible, mais à Dieu, tout est possible." (Mt 19, 26). Le Deutéronome dit la même chose, et c'est le deuxième point que je mentionnais en commençant. Puisque son peuple est désespérément incapable de fidélité, c'est Dieu lui-même qui transformera son coeur : "Le Seigneur ton Dieu te circoncira le coeur, pour que tu aimes le Seigneur et que tu vives." (Dt 30, 6). Par "circoncision du coeur", on entend l'adhésion de l'être tout entier à la volonté de Dieu. On a longtemps espéré que le peuple lui-même atteindrait cette qualité d'adhésion à l'Alliance "de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces" (comme dit la fameuse phrase du "Shema Israël", la grande profession de foi, Dt 6, 4) ; mais il a bien fallu se rendre à l'évidence ; et des prophètes comme Jérémie, Ezéchiel prennent acte qu'il y faudra une intervention de Dieu : "Je déposerai mes directives au fond d'eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi." (Jr 31, 33).




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