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Deutéronome 26 v 4-10 (Alphonse Maillot)
Texte : Deutéronome 26/4-10
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 7-8). 1° dimanche de Carême Deutéronome 26/4-10 Il est malheureux que nous n'ayons pas plus souvent à nous consacrer à la lecture de passages du Deutéronome [traduit en théologie actuelle, on pourrait dire du Deutéronome qu'il est le livre le plus cullmannien et aussi le plus bultmannien de l'Ancien Testament] : « deuxième loi », nom donné par la Septante, alors qu'il s'appelle plus explicitement : Paroles, dans le canon juif — « Deutorologue » eût été encore plus clair, puisqu'on y a vu (en particulier à cause de Deutéronome 5 que reprend Exode 20) la répétition, mais d'une autre manière (plus théologique), de la Torah révélée à Moïse (censé d'ailleurs avoir brisé la première édition : 9/17). Depuis longtemps, on a pensé qu'on détenait avec le Deutéronome le livre retrouvé dans le Temple (2 Rois 22/8-20) et qui fut à l'origine de la Réforme de Josias (2 Rois 23), où l'idolâtrie, qui avait envahi le culte israélite, fut violemment combattue. Peu importe que ce document trouvé (? !) au Temple soit contenu en tout ou en partie dans le Deutéronome, ou qu'il soit encore, en tout ou en partie, composé d'éléments plus anciens (cf. notre texte d'aujourd'hui) ; en revanche, il est sûr que ce livre est vraiment un livre de Réformes et de Réveils (les Réformateurs l'ont particulièrement aimé) — Réforme « retrouvailles » qu'il serait ici malaisé de détailler, mais dont je veux retenir quelques points : 1° Le Dieu d'Israël est le Dieu-Parole, qu'on ne peut ni voir ni représenter, mais seulement écouter : c'est une VOIX (Deutéronome 4/12-14) ; rien qu'une Voix, et il ne supporte aucune représentation. La vue ? C'est bon pour les païens (4/19-20) qui aiment à en « avoir plein la vue ». 2° Le Dieu d'Israël est le Dieu de l'Election gratuite, qui a choisi le plus petit et le moins valeureux des peuples, afin d'accomplir dans l'histoire des merveilles pour et par lui (7/7-8, 4/32-34, 9/4-6). 3° Ce livre (le Deutéronome) est probablement le livre qui, dans toute la Bible (Nouveau Testament compris, cf. cependant l'épître aux Romains), essaie le mieux de montrer la cohérence du plan du Seigneur au travers de l'histoire, et simultanément (comme tout vrai livre de Réforme) celui qui appelle le plus souvent « à la conversion » (même si le mot n'est pas employé), c'est-à-dire à une vraie décision de retour à la Torah et à une écoute renouvelée du Seigneur qui y parle (cf. le chapitre 30). Ce n'est pas pour rien qu'il contient non seulement la ré-édition du Décalogue (Deutéronome 6), mais la grande confession de foi d'Israël (le Shemà : de Deutéronome 6/4-5), le grand choix décisif du chapitre 30 et l'autre confession de foi, qui est celle que nous devons étudier aujourd'hui (si on veut bien me pardonner la digression qui précède). Cette confession de foi parle de « l'Araméen vagabond », comme ancêtre fondateur du peuple élu. Au lieu d'y voir une tradition concurrente de celle qui fait du Chaldéen Abraham l’ancêtre du peuple, et qui trahirait une influence « nordiste » sur le Deutéronome, puisque cet Araméen est sans nul doute Jacob-Israël, il vaut mieux y voir une tradition confirmant l'origine païenne des Juifs : les Juifs sont des « goyim » que Dieu a mis à part pour son service (4/34), et qu’il a fait devenir un peuple saint (7/6). Déjà Exode 19/6 avait osé employer en parallèle au « Royaume de prêtres », cette alliance de mots [rappelons qu'une « alliance de mots » est en fait ... une mésalliance (de mots)] : « Une nation (goy !) sainte » qui met bien en valeur le paradoxe de l'élection, sur lequel insistera le Deutéronome. Chaldéen par Abraham, Israël est Araméen par Isaac, donc deux fois goy, et de toute manière plus qu'un nomade, c'est un Errant renvoyé de tous côtés par les grands. Et cette confession de foi rappelle, non pas qui est Dieu en lui-même, mais ce qu'il a fait pour son peuple. C'est par le récit de ses œuvres salutaires que le Seigneur entend être connu. Ce fut le miracle de l'exil (en Egypte), qui, au lieu de sonner la mort d'Israël, manifesta au contraire sa croissance et sa force (26/5), parce que le Seigneur entendit les cris des souffrances de son peuple (26/7-8) et le délivra. C'est le résumé de l'histoire du salut. Une bonne confession de foi ne dit pas qui est Dieu, mais ce qu'il a fait et fera (cf. Mélanchthon). Maintenant, fermez les yeux et devinez pourquoi a eu lieu cette solennelle (et magnifique) confession de foi ! Eh bien, tout simplement pour servir de préambule à l'offrande des prémices. Ce n'est pas la Terre, ni la déesse de la Terre, ni la Pluie, ni le Dieu de la pluie, ni la fécondité, ni la chaleur, ni le Soleil, qu'on remercie, mais le Dieu de l'Histoire, le Dieu de l'élection, le Dieu du salut. On inscrit ainsi cet humble geste de l'offrande dans le mouvement miséricordieux du Dieu qui, au milieu de nous, s'est donné pour nous, pour moi et offert à tous. On ne pouvait pas mieux commencer le Carême. Autres textes de la même catégorie
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