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Deutéronome 10 v 12 et ss Caroline Schrumpf
"Qu'est ce que Dieu attend de nous ?"
Deutéronome 10, 10 à 11, 2 - Matthieu 25, 14-30 "Moïse dit : " Et maintenant, Israélites, qu'est-ce que le Seigneur votre Dieu attend de vous ? "…". Frères et sœurs, ce matin, je voudrais vous proposer cette question un peu provocatrice de Moise… Souvent, nous nous posons la question dans l'autre sens : qu'est ce que nous attendons de Dieu ? que peut-il nous donner ? De quoi avons-nous besoin ? Nous le faisons dans nos prières par exemple… et c'est légitime. Et je crois que nous avons le droit de le faire. Dieu nous donne ce droit. Demander, il n'y a rien de mal dans cela. Dieu promet qu'il écoute ses enfants, qu'il écoute celui qui a le cœur brisé, qu'il entend la plainte, qu'il répond à celui qui l'appelle, qu'il oriente et réconforte celui qui a perdu son chemin, qu'il donne nourriture à ceux qui ont faim d'espérance, de confiance, de paix… Psaume 32 : "le Seigneur m'a dit : je vais t'enseigner et te montrer la route à suivre…" Et au psaume 81 : "J'entends une voix nouvelle qui me dit : j'ai enlevé la charge de ton dos, dans le malheur tu as crié et je t'ai sauvé… ouvre ta bouche toute grande et je te nourrirai…" Jésus lui même nous ordonne de le faire : Demandez et vous recevrez, frappez et l'on vous ouvrira, cherchez et vous trouverez… Pourtant, il me semble aussi que souvent nous n'attendons rien de Dieu, nous n'osons rien attendre, pour ne pas être déçu, ou bien parce que les pasteurs nous ont répété que c'était de la mauvaise théologie, etc… Je me souviens d'un sketch de la troupe Sketch Up, où une jeune femme seule commence à prier, à réciter le Notre Père. Et soudain, Dieu lui répond, ce qui trouble beaucoup la jeune femme. Mais non, Seigneur, je ne t'appelle pas… je prie. Parfois, nous aussi nous prions, mais sans y mettre tout notre cœur, sans oser croire, sans attendre vraiment que Dieu intervienne ou nous réponde. Mais si nous n'attendons rien de lui, alors, pourquoi croire en lui ? A quoi ça sert ? L'enfant qui n'attend rien de son père se condamne à ne rien recevoir, ou plutôt il s'expose à ne profiter de rien de ce que le père lui donne pourtant. L'enfant qui n'attend rien de son père nie sa paternité, il nie son existence, quand bien même il est là devant lui… C'est important de savoir ce que l'on attend de Dieu et de le lui demander. Mais aujourd'hui Moïse et Jésus nous invitent à poser la question dans l'autre sens. Moïse pose la question de manière directe au peuple d'Israël. Jésus la pose de manière indirecte en racontant cette parabole des talents. Il est important de se demander ce que nous attendons de Dieu. C'est la première étape de la foi. C'est ce que le peuple a vécu au moment de la sortie d'Egypte. Le peuple demande à Dieu d'être libre, Dieu les conduit à travers la mer, vers une vie nouvelle. C'est l'image pour nous du pardon qui nous ouvre à une vie nouvelle aussi. Mais il y a une 2e étape : c'est de se demander ce que Dieu attend de nous, de moi ? Si nous ne passons pas de la première à la 2e, nous en restons à un stade de bébé dans la foi. Or Dieu nous invite à mûrir, à grandir. Comme le peuple qui doit apprendre à travers la marche au désert à faire confiance, à vivre dans la confiance en Dieu. C'est aussi un temps de préparation à recevoir la loi. Alors, à ce point-là de notre réflexion, il faut faire une précision importante. Dire que Dieu attend qqchose de nous, est ce que cela veut dire que nous devons nécessairement faire quelque chose pour lui ? Que notre relation avec Dieu est exige un devoir ? que nous pouvons en qq sorte acheter Dieu avec nos actes ? Non ! Il nous faut garder toujours en mémoire, au plus profond de nous les paroles de l'apôtre Paul : Vous êtes sauvés grâce à la bonté de Dieu… cela ne vient pas de vous, c'est Dieu qui vous donne le salut. (Ephésiens 2, 8-9) Mais, justement, je suis sauvé. Dieu me donne ce salut. C'est un don. C'est-à-dire que je n'ai rien à gagner et rien à perdre. Je suis libre, totalement, devant Dieu et au cœur du monde. Mais libre, ça veut dire quoi ? Je pense à deux personnes qui pour moi sont des exemples de cette liberté que nous pouvons trouver dans la grâce seule de Dieu, en Christ. Je pense à Sœur Emmanuelle, lorsqu'elle va sur les plateaux de télé, elle tutoie tout le monde. Dans une incroyable liberté de parole et d'amour qui vient de cette rencontre avec Jésus. Qu'elle soit auprès des grands de ce monde, ou au coté des plus petits qui vivent sur les tas d'ordure du Caire, elle est libre en Christ. Je pense aussi à un ami, François. François est d'origine algérienne, mais aujourd'hui il habite la moitié du temps en Floride et l'autre moitié entre Roubaix et Oran où il est né. Et, il y a qq années, François a eu un très grave accident cardiaque. Il était en réanimation après une opération et son cœur s'est arrêté. A 5 reprises, les médecins ont tenté de faire redémarrer son cœur avec des décharges électriques (défibrillateurs). En vain. François allait mourir. A la 6e tentative, son cœur est reparti. Les médecins lui ont assuré qu'il était un "miraculé". Alors François a compris et a complètement changé sa manière de voir sa vie. Il dit : maintenant, tout ce que je vis, c'est du bonus ! et ce bonus est pour Jésus. Alors si vous voyez François, vous ne pouvez pas le manquer. Il porte une casquette qui dit "Jesus is my boss !" (Jésus est mon boss). Et en général aussi un t-shirt avec une phrase de témoignage. Qu'il soit en Floride, dans les rues ouvrières de Roubaix ou dans un café d'Oran, il porte la même casquette. Et il parle dans la même liberté du Seigneur qui a sauvé sa vie et qui lui donne cette liberté. Cette liberté signifie aussi que il n'y a pas de règle, pas de modèle, aucun assujettissement à aucun ordre, sauf la volonté de Dieu. Seulement cette question où se joue ma liberté, mon existence, où l'une et l'autre s'expriment clairement : qu'est-ce que Dieu attend de moi ? Et cette volonté, ce que Dieu attend de moi : l'amour. L'aimer de tout mon être. C'est ce que dit Moïse. Voilà telle chose que je vis, voilà la situation qui me tourmente, qui me fait mal, voilà ce que j'essaye de fuir, voilà la mort qui s'avance ou l'amour qui s'éloigne, voilà ma situation particulière : là dedans, au beau milieu de tout ça, qu'est-ce qu'il attend de moi ? Que je fasse quoi ? Que je sois comment ? Que lui offrirai-je ? Ou mieux : comment ma liberté s'exprimera-t-elle devant Celui qui me l'a donnée, grâce à qui je suis devenu grand ? Dans la circonstance que je traverse, comment exprimer ma liberté d'enfant de Dieu ? Une grande question donc : qu'est ce que Dieu attend de nous ? Et une première ébauche de réponse : que j'entre dans cette liberté qu'il me donne, cette liberté d'inventer ma vie, sans copier sur d'autre autour de moi. Les paroles de Moïse nous donnent aussi d'autres éléments : - respecter Dieu - obéir à sa loi - chanter sa louange - faire sa volonté : l'aimer de tout notre être. La volonté de Dieu, ce qu'il attend de nous c'est que nous l'aimions de tout notre être, de toute cette liberté qu'il nous donne. A travers la parabole des talents, qui est bien connue, nous retrouvons la même chose dans la bouche de Jésus. Dans cette parabole, Jésus met en lumière au-delà de la dimension "comptable", une vérité très profonde et essentielle. D'un coté, les deux premiers serviteurs, à qui le maître donne une certaine somme d'argent : 500 pièces pour l'un, 200 pour l'autre. Ces deux là ont compris que le maître donne vraiment. Ils se saisissent de ce don du maître, pour agir librement. Lorsque le maître revient, il revient pour prendre des nouvelles, pas pour recevoir sa part… De l'autre coté, le 3e serviteur qui prend les 100 pièces d'argent, mais qui ne le reçoit pas comme un don. Pour lui, cet argent reste la propriété du maître. Et le serviteur reste enfermé jusqu'au bout, dans sa mauvaise compréhension, dans sa mauvaise image du maître, dur, intraitable. A travers cette parabole, Jésus nous révèle ce que Dieu attend de nous : Il attend que nous nous saisissions vraiment, totalement et pleinement du don qu'il nous fait : le don de son amour, de sa parole. Ce don n'est pas une avance, qui nous lie et que nous devrions rendre un jour, plus tard… c'est un don. Donner, c'est donner… A travers cette parabole, Jésus nous dit que Dieu attend de nous que nous osions croire à son amour véritable, total et donné. Ce n'est pas un amour contre rétribution, une avance d'amour en petite dose en attendant mieux, ou en attendant des preuves que nous en sommes dignes. Il y a beaucoup de choses en nous qui peuvent nous faire douter de la réalité de ce don, de la réalité de cet amour, et qui peuvent bloquer notre élan : - Le sentiment de n'avoir pas été aimé et reconnu pour nous-mêmes, par nos proches, par nos parents. - Des échecs à répétition qui nous font croire que nous sommes enfermés dans un cercle vicieux de ratage en chaîne, sans issue. - Une mauvaise route, un choix contraire à ce que nous discernions comme le projet de Dieu, et que nous avons fait pourtant en connaissance de cause, et qui nous immobilise dans une culpabilité écrasante. - Des épreuves qui nous font vaciller dans notre confiance en Dieu, en nous. Dans tout cela, il y a en fait une issue : c'est justement cet amour de Dieu, que nous pouvons laisser entrer en nous. Même si nous n'arrivons pas à comprendre, même si nous ne pensons pas que c'est possible de changer. Dire seulement : "Jésus aide-moi, je n'en peux plus". Et l'amour de Dieu viendra en nous et fera son lent et patient travail de guérison des cœurs, des souvenirs, des sentiments, des identités, par l'aide de l'Esprit. Qu'est ce que Dieu attend de nous ? Que nous saisissions le don qu'il nous fait : cette liberté que nous donne la grâce, et l'amour qui peut tout ! Amen. Sur une idée de David Mitrani et Marc Pernot. Autres textes de la même catégorie
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