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Daniel 7 v 13-14 (André Lacocque)



Texte : Daniel 7/13-14
Genre : Commentaire biblique
Auteur : André LACOCQUE
Source : Le livre de Daniel (Commentaire de l’Ancien Testament, XVb). Delachaux et Niestlé, 1976 (p. 110-112).



Par un retour au style poétique, l'auteur introduit maintenant un personnage « comme un fils d'homme » (v. 13). La proposition fait problème. On peut, avec J.B. Frey, y voir une approximation : « ...Le voyant... n'entend pas se prononcer sur la nature intime des choses extraordinaires qu'il a contemplées... Ces manières de parler avaient l'avantage de donner aux récits un je ne sais quoi de mystérieux, d'inexpliqué, qui devait augmenter la curiosité en même temps qu'il inspirait un plus grand respect pour de si hautes révélations ». On peut aussi y voir un « Kaph veritatis » avec P. Joûon. C'est aussi l'opinion d'A. Bentzen qui pense au « Kime » accadien avec le sens de ressemblance et identité. Pour N. Porteous, dans la même ligne, le caractère humain symbolise le caractère divin... Il faut bien dire, avec W. Baumgartner, que « cette manière comparative et allusive de s'exprimer est, depuis Ezéchiel, un trait remarquable du style apocalyptique. Elle caractérise le domaine du 'visionnaire' ». Nous croyons que le sens de « comme (un fils d'homme) » doit se trouver quelque part entre les deux définitions données plus haut. Nous avons indiqué dans l'introduction à ce chapitre, que le « fils d'homme » participe du statut divin par son intronisation côte à côte avec Dieu et par l'exercice du jugement divin. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu'il prenne la place de Dieu. Le « comme » indique en même temps la distance et la proximité par rapport à « Celui-qui-dure ». La notion n'est pas nouvelle ; on la trouve constamment affirmée lors de la liturgie d'intronisation royale. Alors, dit Harald Riesenfeld : « YHWH et le roi israélite formaient une seule et même entité ». Avec l'Exil, la fête s'est « désintégrée » en plusieurs éléments rituels ; elle s'est « démocratisée », en ce sens que ce qui était attribué au roi pré-exilique s'est vu appliqué au Peuple. Ainsi, le titre royal « Fils de Dieu » est transféré à Israël comme peuple élu et à l'homme juste comme individu. C'est à ce phénomène que l'on assiste dans Daniel 7. Le « fils d'homme » est la personnification du Peuple juste, l'image parfaite de l'individu juste.

Nous avons mentionné, dans l'introduction à ce chapitre, l'importance de la Nuée comme accompagnatrice de la théophanie. Sur un total de quelque cent fois dans l'Ecriture, la nuée se rapporte dans 70 % des cas au Sinaï, à la nuée du Temple (cf. 1 Rois 8/10-11, 2 Chroniques 5/13-14 ; 2 Maccabées 2/8 ; cf. la vision de la Merkaba, Ezéchiel 1/4 et 10/3-4) et à la théophanie eschatologique (Esaïe 4/5, Psaume 97/2, Nahum 1/3). C'est encore un lien supplémentaire avec le messianisme. D'ailleurs, McNamara a parfaitement raison de souligner le caractère messianique du royaume promis aux croyants dans ce chapitre. Aage Bentzen, avant lui, écrit que 1 Hénoch, 4 Esdras 13, les évangiles, les Actes des apôtres et l'Apocalypse, qui voient dans le « fils de l'homme » de Daniel 7 un individu messianique, ne peuvent pas être purement et simplement victimes d'un malentendu. L'origine de l'équation remonte à la notion antique de l'homme-roi ou « Urmensch » telle qu'on la retrouve en Iran, en Inde, en Mésopotamie et, par syncrétisme, dans le Judaïsme (cf. Genèse 1 & 2, Psaume 8, Sagesse de Salomon 10/2, etc…). 3 Esdras (= additions à Esdras), par exemple, fait l'éloge du roi comme étant « la chose la plus puissante » car « les hommes ne sont-ils pas ce qu'il y a de plus puissant, eux qui sont, etc… » (3 Esdras 4/2). Ce n'est là qu'un exemple ; le Gnosticisme (sous toutes ses formes) spéculera sur l'Homme et, s'il faut être très prudent dans le maniement de cette littérature pour éclairer des textes plus anciens, il n'en reste pas moins que, du point de vue qui nous occupe, les Gnostiques n'ont fait que développer un thème solidement ancré dans la mentalité israélite ancienne. Poimandres 10/25 dit : « L'homme sur la terre est un dieu mortel ; Dieu dans les cieux est un Homme immortel ». La puissante secte des Sethiens identifie le « fils d'homme » avec Seth « fils d'Adam » sur la base de Genèse 4/25-26, 5/3ss. Pour les Manichéens, « l'Homme Premier habite dans le monde, 'macrocosmiquement' en tant qu'âme universelle, 'microcosmiquement' en tant qu'âme individuelle... Pour Mani, il n'y avait pas de contradiction à se représenter l'Homme Premier comme habitant simultanément dans le ciel et sur la terre ». Pour les Mandéens enfin, l'Homme Premier Anush ou Anush-uthra [uthra = ange !] est microcosme et macrocosme. Tout Mandéen, lors de son baptême — lequel est une authentique intronisation royale — devient comme Anush. Il est l'archétype de l'humanité spirituelle et de la prêtrise.

Au verset suivant (v. 14), on notera un nouveau trait de la promotion du « fils d'homme » au statut divin. Les termes ici « sont ceux employés partout ailleurs pour la souveraineté de Dieu ; cf. 3/33, 6/27 », dit Charles. C'est aussi pourquoi il est servi par tous les peuples. Le terme employé ici se réfère toujours au service divin (cf. 3/12, 14, 17, 18, 28 ; 6/17, 21 ; Esdras 7/24). A. Feuillet dit très justement : « ...On aurait en Daniel 7/14 & 21, le même phénomène que pour l'emploi de shrt en Esaïe 60/7 & 10, 61/6 : les Israélites servent YHWH et les étrangers servent les Israélites, ce qui est encore indirectement servir YHWH ».




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