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Colossiens 3 v 1-11 (Jean-Daniel Wohlfahrt)
Col 3/1-11
Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu; c'est en haut qu'est votre but, non sur la terre. Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. Faites donc mourir ce qui en vous appartient à la terre: débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité, qui est une idolâtrie. Voilà ce qui attire la colère de Dieu, voilà quelle était votre conduite autrefois, ce qui faisait votre vie. Maintenant donc, vous aussi, débarrassez-vous de tout cela: colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques, et vous avez revêtu l'homme nouveau, celui qui, pour accéder à la connaissance, ne cesse d'être renouvelé à l'image de son créateur; là, il n'y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ: il est tout et en tous. On aimerait bien sûr qu’il en soit ainsi, qu’il n’y ait plus ni barbare, ni scythe, ni esclave, ni homme libre etc. Revendiquée et réclamée depuis des siècles, affirmée par des hommes politiques, par des philosophes et autres meneurs d'hommes, l’égalité de tous et de toutes nous voulons bien y croire …quand il s’agit de l’égalité devant Dieu. Quant à l'égalité des humains entre eux, là il faut laisser le temps au temps, être prudent dans nos affirmations, il convient de ne pas parler pas trop vite ou trop fort d’égalité entre nous, frères et sœurs humains. N'allez pas dire à un soldat américain ou à un soldat irakien qu’il n’y a plus ni américains ni irakiens; ne dites pas à un palestinien ou à un israélien qu’il n’a plus ni juif ni palestinien ou à un rwandais qu’il n’y a plus ni tutsi ni hutu. Pour les uns et pour les autres, comme pour nous tous dans notre vie de tous les jours, le pardon et la reconstruction, la reconstruction sur le pardon restent plus que problématiques tant sont durables et profondes les blessures de nos vies. Nous trouverons tous et toutes en nous des exemples de telles blessures et de ruines qui attendent reconstruction. L'égalité entre humains, je crois que c’est le point où si elles veulent être honnêtes, les églises ont à déplorer le plus grand ratage dans leur prédication. Car de fait rien n’a vraiment changé à ce niveau. Après 2000 ans de christianisme on aurait même plutôt l’impression que le fossé se fait plus profond chaque jour, fossé de séparation ou mur de protection, le résultat est le même et c’est un beau gâchis. A y regarder de plus près pourtant, nous sommes bien obligés de reconnaître que le constat négatif que je viens de faire n’est pas tout à fait exact. Car en terre de Palestine il y a des père Chacourd, des Neve Shalom et bien d’autres institutions à l’œuvre, dans lesquelles ou grâce auxquelles, juifs, musulmans et chrétiens cohabitent dans une même estime voire dans un même amour. Là, celles et ceux que toute une société pousse à se haïr et à s’entretuer vivent et œuvrent ensemble pour le plus grand bien de la communauté et de la nation entière. Au monde entier ils servent de phare et disent l'amour possible. De tels lieux, de telles institutions existent partout dans le monde, partout où la haine et la rivalité, les armes et la mort sont le quotidien de tant d’hommes et de femmes. Un seul regret: l’église y est trop peu présente, trop peu active, elle parle plus qu’elle n’agit. On me dira avec raison que si elle est trop peu sur le terrain ailleurs, l’Eglise vit entre ses murs et dans ses activités, cultes et autres, la réalité du royaume où toutes les différences s’estompent. Pour preuve, nous qui sommes réunis aujourd’hui en cette église, nous venons d’horizons, de cultures, de pays, d’éducation bien différents, mais nous sommes toutes et tous bien conscients qui, buvant d’une même coupe, mangeant d’un même pain nous sommes frères et sœurs en Christ, enfants d’un même père. L'église est ainsi aussi un de ces phares qui dit une humanité fraternelle possible. Puisse-t-elle ne pas se contenter de le vivre entre ses murs car Jésus lui a bien dit d'aller et d'annoncer son amour au monde. C'est à cela que l'Eglise est appelée. C'est à cela que nous sommes appelés. Dans l’église, toutes les données que le monde veut imposer en instituant les frontières, en acceptant, comme allant de soi, la non-compréhension, l’incommunicabilité, toutes ces données sont renversées: car dans l’église et grâce à l’église les hommes se rencontrent que ce soit en journées transfrontalières comme il n’y a pas si longtemps à Lörrach, ou sur le plan plus local de notre église, en rencontres avec Ste Marie, Brno ou Angodongodona. Toutes ces rencontres multipliées par le nombre de lieux, d’églises et de communautés tissent un réseau qui veut et peut changer l’état des lieux car nous sommes bien conscients que c’est la présence du Christ, c’est la conscience qu’il nous bénit et nous unit qui nous permet d’avancer ensemble dans cette direction. Avec Paul je dois dire qu’il n’y a plus ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre. Petite mais bien utile restriction de Paul "il n’y a plus ici". Il parle bien de l'Eglise, de ce qui se passe dans la communauté des croyants. Rien à redire donc, il a raison mais nous ne pouvons pas nous contenter de vivre le royaume de Dieu entre les murs de nos églises, nous devons ouvrir les portes, sortir pour offrir au monde ces dons de Dieu afin que tous ensemble nous puissions entonner la louange de Dieu le Père. Je ne voudrais pas faire d'angélisme et le texte de Paul nous en met en garde. Qui vit la vie paroissiale intensément sait bien que les choses ne sont pas toujours telles qu'un premier regard nous le fait croire. Paul nous est une fois de plus bon témoin qui met ses lecteurs en garde: la liste des fautes et péchés, des faits et gestes dont le chrétien doit selon lui absolument se garder n'a d'autre but que de nous dire: attention, ce n'est pas parce que nous sommes dans l'église, ce n'est pas parce que nous marchons en Christ, que nous ne courrons plus aucun risque. Le chrétien ne peut que le regretter et la confession des péchés que nous disons lors de nos cultes est là pour nous le rappeler, le chrétien ne peut que regretter de n'être pas suffisamment en Christ pour vivre Sa Vie en toutes chose. En réalité, il avance comme sur le faîte d'un mur, en équilibre instable. Beaucoup d'amour pour son prochain certes, mais souvent au bout des lèvres, au bout du cœur, le regard, le mot, l'attitude méprisante, le rejet, le refus. Personne n'est parfait, pas même les Chrétiens de Colosse, pas même les chrétiens de l'Eglise française réformée de Bâle… Paul félicite les chrétiens de Colosse pour leur état: ils sont ressuscités avec le Christ, "réveillés" disent d'autres traductions pour ne pas créer de confusion avec une résurrection style matin glorieux de Pâques! Mais faut-il éviter cette confusion? La résurrection n'est-elle pas déjà le don de Dieu à celui qui se repent et qui croit? Le mot de résurrection induit toutefois une notion de perfection étrangère à notre humaine nature, même quand elle a passé par la conversion à Christ. Personne n'est parfait disais-je, relisons l'épître. Si Paul doit dire à l'assemblée des croyants, de ces convertis de la première heure, s'il doit leur dire de façon aussi impérative de faire mourir ce qui est terrestre c'est à dire, je cite, la débauche, l'impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, s'il doit les exhorter à renoncer aussi à la colère, à l'animosité, à la méchanceté, à la calomnie, aux paroles équivoques, c'est qu'il doit s'en passer de belles dans les communautés de Colosse, de Laodicée et d'ailleurs. Ils étaient tous convertis de la première heure et pourtant ils n'avaient pas abandonné tout ce qui fait la négative différence d'avec le monde. Souvenons-nous d'Ananias et de Saphira! Il y a un avant, il doit y avoir un après. L'après se veut changement radical, d'où la robe blanche que portaient les baptisés de jadis et le changement de nom proposé aujourd'hui encore dans bien des communautés chrétiennes. Mais ni la robe, ni le changement de nom n'empêcheront que la foi est et reste une lutte qui nécessite l'accompagnement, le soutien, l'aide des frères et des sœurs en Christ. Pensez à ce qui est en haut et non à ce qui est en bas sur la terre. Quand on parle de conversion on imagine le mouvement de recul, les mains en avant pour dire un fort Vade retro Satanas Paul voit un autre mouvement infiniment plus constructif: regardez à ce qui est en haut. Il ne nous invite pas à changer notre regard mais à en changer la direction: "Cherchez les choses d'en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu. Attachez-vous aux choses d'en haut, et non à celles qui sont sur la terre". Invitation à nous redresser face à Dieu, face au Christ; invitation à modifier l'équilibre des forces qui étaient nôtres, à laisser ce qui est périssable comme disait Jésus pour acquérir le trésor qui est dans les cieux. Regarder en haut pour recevoir la force, même si l'expression est devenue courante dans certains milieux, on ne peut pas dire que la force est en nous ou plutôt il faut dire que la force est en nous si Dieu nous l'a donnée, si nous l'avons accueillie, si nous lui avons fait place, si nous la laissons devenir et agir en nous. Je disais tout à l'heure que l'on aimerait bien qu’il en soit ainsi, ce texte nous situe donc entre réalité et utopie. L'utopie c'est le rêve à jamais inatteignable mais il n'en est pas moins que le rêve, que l'utopie nous motive à aller de l'avant. Faisons donc un peu moins place aux larmes sur nos faiblesses et nos limites, faisons plus de place à l'utopie. Notre église française y gagnera en devenant chaque jour un peu plus royaume de Dieu. St Léonard, 4/07/2004 13 Autres textes de la même catégorie
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