Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Colossiens 3/12-21 Didier Fievet



Texte : Colossiens 3/12-21
Genre : Prédication
Auteur : Didier FIEVET
Source : Prédication pour le 30.12.2001. Coordination nationale ERF Edifier-Former.



Pourquoi faut-il que le cœur humain soit toujours divisé ?
Pourquoi faut-il toujours être tenté par ce que nous voudrions repousser ?
Pourquoi faut-il que ce combat soit inscrit dans chaque existence, toute vie, sans exception, même les plus pieuses, même les plus parfaites.
Car elles ne sont dites parfaites que parce qu'elles ont justement échappé à ces convoitises, à ces tentations...
Nulle existence n'est innocente ! C'est sans doute vrai de manière objective : on doit tous de vivre ici, dans ce monde, grâce à quelque ignominie.
Quelle voiture n'est pas le produit de quelque obscure sous-traitance ?
Les moments de répit et de paix que parfois nous goûtons ne sont-ils pas le résultat de guerres que d'autres ont menées pour nous ? Et avec quelle barbarie !
Nulle existence n'est innocente ! C'est encore bien plus vrai de manière subjective, dans le secret de chacun.
Là où on ne peut tricher avec soi-même, là où on sait que, même si on choisit le bien, c'est au prix d'un combat contre le mal.
Un mal toujours là, toujours tentant, toujours troublant. Toujours fascinant.
Même les âmes les plus fortes, les plus trempées, les plus décidées sont menacées, de l'intérieur, divisées... captives d'un combat infernal...
Même les âmes les plus volontaires, les plus rigoureuses — surtout elles ! — sont menacées par la séduction du mal... Ce n'est qu'au prix de cette constante séduction, d'un combat sans relâche qu'elles sont déclarées impeccables !
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Est-ce là son seul lot que d'être entaillée par un combat intime, un combat qui ronge et met en péril, sans cesse, l'image que l'on a de soi ?
Est-ce cela, la condition humaine ? Fascinée par un mal qu'elle ne peut que rejeter, mais à quel prix ?
N'allez pas croire que je veuille vous assener quelque discours venu d'un autre temps, héritier des pasteurs bigots, étroits et puritains d'une lointaine Amérique.
N'allez pas croire que je veuille vous accabler, nous accabler sous un monceau de reproches culpabilisants...
Je veux seulement vous parler de la réalité de nos existences, toujours attirées, toujours séduites par un mal qu'elles rejettent...
On n'en a jamais fini de ce bourbier. "Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse..." (Aragon).

(court silence)

On est à Colosses, petite ville de Phrygie. La ville vit de l'élevage du mouton. Les affaires allaient déjà plus ou moins bien. Le commerce de la laine déclinait. Et puis, survient un tremblement de terre, en 61. Il faut tout reconstruire.
Et, au milieu de ces ruines, de ces espérances mises à mal, un certain Epaphras, missionnaire de son état, proche de Paul, fonde une petite communauté.
Au début, tout semble aller pour le mieux...
Mais certains, dont on ne sait rien, des membres de la communauté, ou des étrangers, on ne sait, certains veulent conjuguer Evangile et sagesse, veulent introduire une ascèse rigoureuse dans la pratique de la communauté...
Certains dont on ne sait rien.
Peut-être une part de nous-mêmes, une part de nous-mêmes qui chercherait dans une pratique rigoureuse le moyen d'échapper au bourbier que nous constations à l'instant...
Paul écrit dans ce contexte... pour lutter contre un ascétisme qui serait contraire à la liberté chrétienne...
Vous voyez, c'est à savoir, si on ne veut pas faire un total contre-sens sur cette épître.
On pourrait ne la comprendre que comme une loi rigoureuse, une exhortation à se garder du mal, à livrer combat...
On pourrait la comprendre comme un appel à s'immerger tout entier, avec toute sa volonté dans le bourbier, dans le combat...
C'est tout le contraire !
C'est pour préserver la liberté apportée par l'Evangile que Paul prend la plume.
C'est pour indiquer une issue à ce combat qui divise toute existence.
C'est pour proclamer une victoire, déjà remportée pour nous. Par un autre : le Christ !
Renversement de lecture, renversement de la compréhension de la vie.
Jésus-Christ a placé l'humain hors de cet étau qui le tenait, hors de ce combat où il était acculé !
Vous voyez que les lectures tronquées, non reliées au contexte sont trompeuses !
A la lecture de notre texte de ce matin, on aurait pu se croire dans une exhortation on ne peut plus légaliste, on ne peut plus moraliste. On aurait pu croire que Paul incitait les chrétiens à une vie d'ascèse rigoureuse, alors que c'est justement contre cela qu'il s'élève !

(Court silence)

Quand on est las, quand on est désespéré des choses d'en bas, du combat incessant contre un mal qui est toujours là, comme une seconde nature, quand on est épuisé, quand on est rempli de remords, quand on n'a plus de soi qu'une image terrifiante, toujours tenté par le mal, quand on est au milieu du bourbier des choses d'en bas (comme dit le texte quelques versets plus haut), alors la tentation est grande de ne regarder que les choses d'en haut...
De se prendre pour un ange, pour fuir la bête qui est en nous...
C'est la tentation des adversaires de l'Evangile prêché par Paul.
C'est la tentation de se mettre sous la coupe d'une loi rigoriste, ascétique... pour tenter d'échapper à ses démons... C'est la tentation de beaucoup de saints, François à Assise, Augustin...
Tenter de trouver un moyen pour assujettir la bête, tenter de trouver un moyen pour oublier la bête...
Mais, dans ce cas comme parfois en médecine, le remède est toujours inquiétant : plus on en augmente la dose, plus c'est le signe que la maladie est toujours là.
Voilà l'impasse de la loi : plus on l'applique, plus c'est le signe que la bataille fait rage, plus c'est le signe que le mal ne recule pas !
Il ne reste plus qu'à rendre la loi de plus en plus sévère, de plus en plus perfectionnée, de plus en plus oppressante... De plus en plus obsédante !
Et voilà comment on fabrique des générations de chrétiens blessés à mort d'une culpabilité qui les étouffe.
Et voilà comment au nom d'un soi-disant évangile, on a dressé une idole légaliste en place de Dieu.
Voilà pourquoi Paul ne peut que protester, s'élever pour la vérité de l'Evangile du Christ, celui qui libère et qui donne le courage de vivre...

Le chrétien qui abandonne son combat, sa vie dans les mains du Christ, n'est pas placé au ciel, comme un ange.
Il demeure dans les choses d'en bas...
Mais, pour lui, le combat a déjà une issue : il est mort au péché avec le Christ.
Il est ressuscité avec Christ.
Pour lui, tout est là. Dans cette remise confiante de son combat dans les mains de Jésus-Christ.
Il n'est plus seul face au mal.
Sa vie, son identité, ce que nous avons l'habitude d'appeler son salut, disons la valeur de son existence, ne dépend plus de l'issue du combat contre le mal...
Il est décentré de cette préoccupation. Il est au bénéfice de la victoire de son Dieu. Il n'a plus à gagner les choses d'en haut, il a à les recevoir.
Il n'a plus à justifier sa vie en luttant sans relâche et sans espoir contre le mal, sa vie est justifiée, aimée, pardonnée, portée par son Dieu, en Christ...
Vous voyez, la foi, c'est ça : c'est déposer son existence, ses obscurités, ses combats ratés, ses défaites cuisantes, dans les seules mains de Dieu.
Sans peur...
C'est être débarrassé du souci de soi, s'abandonner à la tendresse de Dieu.
N'avoir pour toute justification que cette seule tendresse.
Accepter d'être aimé, alors même qu'on est incapable de justifier cet amour.
Accepter d'être pardonné, là où on se sait impardonnable.
Accepter de paraître avec une image de soi insoutenable.
Accepter de recevoir la paix, au milieu d'un combat qu'on sait perdu d'avance...
C'est ça, la foi...

Alors, il arrive que, comme un don gracieux, on reçoive l'amour, la bonté, l'humilité, la douceur, la patience pour s'en revêtir. Manteau de résurrection, qui ne doit plus rien à notre combat, mais qui nous est donné par la foi.
Manteau d'en haut, que nous recevons, alors même que nous sommes en bas.
Pour y vivre. Dans le chaos des existences humaines, toujours plongés dans un combat impossible, toujours vaincus par un mal omniprésent, toujours victorieux grâce à la victoire d'un Autre. Notre Seigneur, Jésus-Christ...
Oh ! Je sais, pour beaucoup, tout cela, c'est des mots...
Pour beaucoup, tout cela, c'est moins sûr que la bonne vieille morale !
C'est vrai...
Mais, si toi, tu fléchis sous le poids de tes fautes, si tu désespères de toi, si ta vie est plongée dans l'obscurité de pensées troubles qui t'assaillent, si la violence et la colère sont tes compagnes de souffrance, si ton combat est trop lourd pour toi, alors il est une parole qui t'est destinée... Une parole folle comme fut folie pour un Dieu de mourir sur une potence... Une parole de lumière, comme un guide dans la nuit... Une parole que les bien-pensants n'accepteront jamais. Une parole pour les petits et les pauvres, les publicains et les prostituées...
Une parole pour le publicain et la prostituée qui sont en toi...
Une parole qui vient juste te demander de l'accueillir...
Et tu verras, tes jours en seront changés !

Ce n'est pas parce que nous faisons le bien que Dieu nous aime.
C'est parce que Dieu nous aime, que nous faisons le bien !
Amen !



Autres lectures : Proverbes 2/15-26
Jean 1/14-18




Inscription à la newsletter