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Colossiens 3/1-4 Alphonse Maillot



Texte : Colossiens 3/1-4
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 79-80).



Pâques

Colossiens 3/1-4

Ce texte a l'avantage énorme de nous présenter l'événement historique de Pâques sous son angle (? disons mieux : dans ses conséquences) subjectif, ce qu'à leur manière avaient fait des textes de Paul : Romains 6/1-11, en reliant Pâques à l'événement de notre baptême, où « plongés dans la mort du Christ, nous commençons d'émerger à sa vie ressuscitée » (Romains 6/8 où l'on notera bien le futur : « Nous vivrons »), afin que, dès maintenant, nous sachions vivre d'une manière neuve et libérée ; Romains 6/12ss ; ou encore Galates 2/19ss, où l'on s'acharnera à répéter que ce n'est pas une vérité idéale que nous devrions nous efforcer d'atteindre, mais l'affleurement pour chacun de nous de ce que le Christ a accompli sans nous, et qui nous débarrasse désormais de cette vie ancienne où nous cherchions à nous affirmer devant Dieu, courant ainsi à un déchirement (Romains 7/23-24) qui aboutit à la mort.

Et tout d'abord remercions la TOB de ne pas avoir traduit par le traditionnel « si » le début du v. 1 (idem pour 2/20 ; ces « si » pauliniens sont souvent des « puisque », cf. par exemple Galates 5/25, etc… La TOB a (lourdement) traduit par : « Du moment que... » ; « puisque » suffirait.

On n'oubliera pas que ce texte se situe précisément à la suite d'une violente polémique contre les chrétiens qui se croient obligés de se soumettre à des ascèses pour gagner le ciel et parvenir progressivement, mais aussi durement, à une vie nouvelle. L'auteur des Colossiens, pour parfaire son raisonnement selon lequel ces ascèses-en-vue-du-ciel sont sans valeur, jette brutalement que le ciel a été déjà donné aux chrétiens et qu'ils ont déjà hérité de la vie éternelle comme participants à la Résurrection (« co-ressuscités », dit le grec) du Christ.

Certes, comme cette vérité (qui doit rester toujours existentielle) accompagnée du début du v. 2, risque alors de dériver chez certains vers un quiétisme indifférent à ce qui se passe sur terre (v. 2), il faut garder à l'esprit, le futur de Romains 6/8. D'ailleurs, le v. 5 (qu'il faut lire) empêche précisément cette dérive vers le quiétisme (qui nous ferait dire : « Occupons-nous du seul ciel, notre seule vraie demeure »), en nous rappelant que, quoique concitoyens des cieux, nous ne sommes pas pour autant indemnes de toutes dérives, ou que celles-ci nous seraient indifférentes : « Faites périr et pourrir (littéralement : nécroser !) tout ce qui dans notre existence (nos « membres » dit encore le grec), risque de nous détruire, et de nous empêcher de vivre réellement notre vie nouvelle ». Et l'épître va jusqu'à nous faire partager l'Ascension du Christ et son Règne auprès du Père (toujours le v. 1).

J'ai presque honte à dire, une fois encore, que la traduction TOB du v. 2 : « C'est en haut qu'est notre but... ! » me semble un peu (!) éloignée du sens, qui n'est pas seulement : « Pensez à ce qui est en-haut », ni même : « ...à ce qui vous attend en haut », mais « comportez-vous (dès ici-bas) comme des citoyens d'en-haut ».

Alors à ceux des chrétiens qui pourraient rétorquer qu'ils ne se sentent pas du tout déjà citoyens des cieux, et surtout qu'ils n'en voient rien,... surtout chez ceux qui les entourent, l'auteur précise que leur vraie vie, celle à laquelle il faut croire, tout en renonçant à véritablement l'apercevoir et même l'entrevoir, est cachée avec le Christ en Dieu. L'auteur, qui a une vision cosmique du Christ (1/15-20), a par là-même une vision christologique des chrétiens. Ils sont tous « en Christ » et au sens fort. Et tout ce que le Christ a vécu, les chrétiens l'ont vécu, en particulier sa mort et sa Résurrection. Comme cette vie christique, qui est notre vie la plus réelle, nous est pour l'instant non-perceptible, l'auteur en conclut que notre vraie vie est cachée (« kryptée ») dans le Christ. Comme l'enfant dans le sein de sa mère, idée qu'on retrouvera en Romains 8/22ss.

Et la Parousie ne sera pas ainsi la seule apparition du Christ-tout-en-tous, mais elle correspondra aussi à notre apparition avec notre vraie vie (v. 4). Nous nous verrons enfin tels que nous sommes en vérité : enfants de Dieu.




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