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Colossiens 3/1-11 (Alphonse Maillot)



Texte : Colossiens 3/1-11
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Juillet-Août]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1992 (p. 68-71).



8° dimanche après la Pentecôte
ou 18° dimanche ordinaire

Colossiens 3/1-11

Tout d'abord un grand "merci" à la TOB de nous avoir débarrassés de ce malencontreux "Si" du v. 1, qui orientait de manière légaliste tout ce passage, alors qu'il est la description, non de ce que nous aurions à faire, mais de ce que le Christ a fait pour nous. Un seul reproche, son "du moment que..." est bien lourd, un "puisque" suffirait.

On peut voir ici une des dialectiques de l'auteur : premier temps, ce que le Christ a réalisé pour et en nous ; deuxième temps, ce qui, en conséquence, nous est donné de pouvoir faire.

Premier temps : morts à toute aliénation paralysante (2/20-23) par la mort du Christ, nous sommes, par la résurrection du Christ, ouverts à une vie nouvelle, désencombrée de toutes les aliénations, les inhibitions, les culpabilisations, les interdits ; nous pouvons donc mener une vie de ressuscités — avec et par le Christ —. Mais aussitôt arrive le :

Deuxième temps : "Recherchez" ; cette vie nouvelle de liberté est aussi une vie de recherche. Justement parce que nous y sommes libres, rien ne nous est donné d'avance. Tout est à chercher, à trouver, sinon à inventer.

Il ne faut pas (cf. encore TOB) comprendre "ce qui est en-haut", comme le refus ou le dédain de tout ce qui est terrestre. D'ailleurs, l'avertissement de Actes 1/11 nous rappellerait qu'à rester le nez en l'air, nous risquerions, comme l'astronome de la fable, de nous retrouver au fond d'un puits. Ce qui est en-haut, c'est tout d'abord "Celui qui est en-haut" et qui va nous donner la force de vivre la nouveauté de l’Evangile ici-bas ; c'est cette force et cette liberté nouvelles que rien ici-bas ne peut nous accorder (c'est ici que le passage précédent : 2/20-23 est très utile, car l'auteur nous y montre ce à quoi il songe quand il parle de ce qui est en-bas).

Au v. 2, heureusement que la TOB nous donne une note, une traduction plus fidèle que "C'est en haut qu'est notre but". C'est plutôt : "Comportez-vous en référence à (ce qui vient) d’en-haut, et non pas à (ce qui vient) d'en-bas" = Que vous trouviez dans ce qui vous est donné d’en-haut vos motifs de comportement et de réflexion, et non plus dans toutes les contraintes terrestres = Regardez à Celui qui est en haut ; vous êtes vraiment auprès du Christ, pour vous comporter convenablement ici-bas.

Et c'est le v. 3 : "Votre (vraie) vie (celle que le Christ vous a donnée à sa mort-résurrection), votre vraie personne, sont auprès du Christ, mais cachées, tout comme le Christ vous est désormais caché". Ce terme, d'une importance considérable, explique d'ailleurs pourquoi nous devons encore "chercher" (v. 1). Le Christ et notre vraie personnalité, dans l’instant, n'ont rien d'évident. C'est pourquoi nous devons nous efforcer de découvrir "les choses d’en-haut", auxquelles déjà nous appartenons, mais de manière "kryptée" (littéralement), cachée.

Et c'est la promesse du v. 4 : "Quand le Christ (qui est aussi notre vie réelle) deviendra visible, alors ce moi caché apparaîtra, lui aussi, dans une pleine gloire, que nous ne pouvons même pas soupçonner aujourd'hui".

Bien entendu, arrive alors l'exhortation : "Faites donc mourir (nécrosez !) tout ce qui dans votre manière de vivre (les membres) est encore d'ici-bas" = essentiellement la recherche de nous-mêmes (v. 5) ; et va suivre un catalogue : débauche, impureté (en n'oubliant pas que ces "fautes" visent aussi toute idolâtrie ou toute compromission avec d'autres cultes), convoitises sournoises, la cupidité qui, elle, est bien ici dénoncée comme l'idolâtrie première ; fautes qui nous font toutes oublier "ce qui est en-haut" : notre vrai moi, en exacerbant et aliénant notre faux moi. Et cet oubli de l'œuvre de Dieu pour nous en Christ, nous place sous la colère de Dieu, comme jadis (v. 7).

On peut voir encore que nous sommes à l'opposé du quiétisme ; des phrases comme Colossiens 3/3 sont mobilisantes.

La suite va prolonger cette mobilisation, même si nous ne sommes plus essentiellement dans le registre de l'idolâtrie : colère, énervement (hum !) ou emportement, rosseries (ou malices), insultes (!), grossièretés (!) en paroles... tout ou presque y passe dans ce v. 8.

Mais comme il a été question des paroles, il va être aussi question du mensonge au v. 9, qui doit être banni dans l'Eglise... Un beau programme en perspective pour nos communautés ! A prendre avec espérance, en nous tournant vers la force d'en-haut.

Cependant, je me consacrerai plutôt au v. 10, où l'image du vêtement est mal ou trop superficiellement comprise. J'ai déjà dit, lors du commentaire de Luc 24/49 (pour l'Ascension) à propos des disciples qui doivent être revêtus de la puissance du Christ, que le vêtement ne se confond pas avec notre apparence ; il est ce qui traduit dans la vie, dans le comportement envers les autres, ce que nous sommes en profondeur. Il n'est pas notre manière d'apparaître, mais notre manière de nous comporter. Il est ce que jadis on avait appelé l'existence (par rapport à l'essence). L'auteur rappelle alors que le vieil homme, celui qui est décrit aux v. 5-8, nous a été arraché ; nous en avons été dépouillés sur la croix. Et nous avons reçu (cf. le baptême) un vêtement (un comportement) tout neuf : celui d'enfants de Dieu. Et nous sommes tous enfants de Dieu (cf. v. 11 à comparer à Galates 3/28, en regrettant de ne pas retrouver ici le "ni homme ni femme").




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