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Colossiens 1v 13-23 David Mitrani
Texte : Colossiens 1/13-23
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 22.11.1998 à Jarnac (16). Paul et Timothée écrivaient donc à l'Eglise de Colosses, et nous assistons à un échange d'actions de grâces, à un rebondissement perpétuel où nous ne savons plus très bien qui est joyeux et reconnaissant de la joie et de la reconnaissance de l'autre ! Mais toute vie d'Eglise ne devrait-elle pas être ainsi ? Nous qui sortons d'un saint synode, n'est-ce pas à cela que nous avons assisté, n'est-ce pas cela que nous avons vécu ? Peut-être pas totalement, hélas, même si la joie et la paix partagées furent bien au rendez-vous. Mais dans notre Eglise elle-même, nous le vivons bien un petit peu aussi… D'ailleurs, il suffit de regarder dehors pour voir la différence ! Dehors, je veux dire : là où nous sommes, mais avec d'autres, dans d'autres structures, pour d'autres occasions de rencontres ou de travaux partagés. J'en parlais encore avec l'une d'entre vous cette semaine… Soyez attentifs, et vous verrez que, hors de l'Eglise, "la grâce et la paix" (v. 1) ne sont pas souvent à l'honneur. Vous n'aurez pas besoin d'ouvrir trop grands vos yeux et vos oreilles pour vous rendre compte, si ce n'est déjà fait, du peu de cas qu'on y fait des autres, du trop grand cas qu'on y fait de soi-même… Combien d'associations de toutes sortes, en effet, ne sont-elles composées que de gens fort aimables, gentils et dévoués, mais qui se regardent tellement vite en chiens de faïence, dans le meilleur des cas, dès qu'un peu de pouvoir est en jeu, dès que quelques francs risquent d'être dépensés de plus que par soi-même par le voisin ! On y mange volontiers ensemble, mais comme pour mieux se compter mutuellement la nourriture. On s'y réjouit certes beaucoup, mais notamment aux dépens des plus faibles. Et dans tous les cas, on y trouve essentiellement la paix et la joie qu'on y a apportées, et l'on est surtout reconnaissants quand un autre a bien voulu les recevoir sans se demander ce que cela cachait… Tableau trop noir ? Sans doute : vous savez bien que votre serviteur fait souvent de la caricature ! Mais c'est tellement plus proche de nous, nous sommes tellement plus concernés alors, que par ce que nous entendons et voyons à la télé ou dans les journaux, et qui n'est rien d'autre, mais seulement en plus grand… Nous nous offusquons avec raison des errements des grands, des mesquineries de ceux qui n'ont besoin de rien parce qu'ils ont déjà tout, alors qu'à notre propre échelle la même chose existe peut-être. Mais qu'à cela ne tienne : il n'en est pas de même dans l'Eglise de Jésus-Christ !… Pourquoi donc ? Serions-nous plus vertueux que la moyenne ? Vous savez bien que non, hélas… Nous sommes au moins préservés de cet orgueil-ci ! En fait, si ces choses-là ne se passent pas chez nous, c'est qu'elles n'ont plus de raisons d'être. C'est que leurs motivations habituelles sont ici sans raison, les peurs qui les suscitent sont devenues sans objet. Le responsable de cet état de fait ? Le Christ, bien sûr, celui dont nous tirons notre nom de chrétiens, celui de qui nous recevons la foi, l'espérance et l'amour. L'hymne, peut-être d'origine liturgique, que Paul nous rapporte dans sa lettre, et que je viens de vous relire, nous le dit bien, et il le dit en insistant sur des éléments que nous avons tendance à oublier souvent, malgré notre protestantisme pourtant basé dessus. Je vous en rappellerai donc trois. Le tout premier, c'est que cela a eu lieu. C'est fait. C'est passé, accompli, et n'a plus besoin de l'être encore ou de nouveau : Dieu "nous a délivrés du pouvoir des ténèbres". Voilà pourquoi on nous dit, en tête de l'épître comme au début de chaque culte, que "grâce et paix vous sont données". Il n'y a pas ici quelque chose à gagner, à obtenir de l'une ou de l'autre façon. Il n'y a rien là-dedans qui doive se payer un jour d'une manière ou de l'autre. Votre argent, vos prières, vos souffrances, votre engagement, vos réussites n'y changeront rigoureusement rien. Vous n'aurez rien de plus sur ce plan-là, malgré tous vos efforts. Vous n'aurez rien de moins, malgré tous vos échecs. Tout l'Evangile, "bonne nouvelle" et "puissance de Dieu" (Romains 1/16), est contenu dans ce passé qui n'est pas conditionnel. Ce n'est donc ni un présent ni un futur. Nous ne sommes plus dans l'Ancien Testament, dans l'ancienne alliance fondée sur la Loi. Il n'y a plus de rétribution, il ne peut pas y en avoir : comment celui qui est prisonnier des ténèbres peut-il en être libéré à condition de s'en libérer d'abord lui-même ? ! Tout ceux qui sont prisonniers de l'alcool ou de toute autre drogue le vivent quotidiennement : on ne sort pas de ces prisons-là qui annihilent la volonté, on n'en sort que si un autre ouvre la porte, on ne sait même plus vouloir en sortir, sinon pour se cogner aux murs… Mais non. L'Evangile ne nous dit pas de vouloir, il ne nous laisse pas rêver que tout est possible si on le veut bien, ou je ne sais quel autre slogan humaniste. La Loi était là pour nous montrer notre prison, nous la faire voir comme telle, nous dire notre incapacité d'en sortir. La Loi était là pour "appeler la lumière 'jour' et la ténèbre 'nuit'" (Genèse 1/5), pour appeler un chat 'un chat'. Maintenant, l'Evangile nous dit la liberté, et il nous dit : "c'est fait" (Apocalypse 21/6). "Nous avons la rédemption, le pardon des péchés", nous dit Paul. Deuxième élément fondamental: cela est vrai et fait "en Christ". Ce n'est donc pas fait sans lui, ou en-dehors, ou à côté de lui. Dieu n'a pas donné de coup de baguette magique, auquel cas on pourrait lui reprocher de ne pas en donner d'autres qui seraient tout aussi nécessaires et urgents pour atténuer la misère du monde. Dieu n'est pas un magicien, maître de l'orage et de tout ce dont nous avons besoin, il n'est pas un "baal" comme en priaient les anciens païens. Dieu est un père et, tel Abraham (Genèse 22), il nous a donné ce qu'il avait de plus précieux, celui en qui il était totalement investi, totalement vulnérable : son propre fils. C'est à travers ce don, c'est à travers ce Fils, que la merveille pour nous est accomplie, que la liberté a succédé à la ténèbre, que la rédemption a effacé le péché. Seul le don total et unique de Dieu dans l'humanité de son Fils pouvait accomplir cela. Et d'aucuns voudraient que nous en soyons capables nous-mêmes ? ! Ni miracle divin, ni effort de volonté, la mort du Christ seule a fait de nous des vivants, des hommes et des femmes debout. Seule une vie humaine pouvait restaurer l'humanité en nous, seule une vie habitée par Dieu en pouvait trouver la force : et c'est Jésus-Christ… Le troisième élément que je veux ici souligner, c'est ce qu'a produit cette mort et cette vie autour de nous. Car, là encore, il y a motif de joie et de louange. C'est que "toutes les choses [qui] ont été créées [l'ont été] par lui et pour lui", comme le dit notre texte. De toutes ces choses, vous me direz que peu vous importent les étoiles et les monstres marins. C'est vrai, mais ce n'est pas sur cela qu'écrivaient nos apôtres ! Il est question aussi des choses "qui sont dans les cieux", "invisibles", des "trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs", comme traduit ma Bible. Ces choses-là, nous ne savons plus les nommer, à force de ne croire que ce que nous voyons. Il y faut toute l'opacité des théories psychanalytiques pour pouvoir en nommer de nouveau quelques-unes, mais le commun des mortels ne sait pas le faire et en souffre bien… Car cela n'empêche pas qu'elles agissent et nous fassent du mal, opprimant les personnes, les souvenirs, les relations, le langage, les sentiments. Il s'agit de tout ce qui, en nous, nous sépare de nous-mêmes, des autres et de Dieu. Eh bien, nous dit Paul, ces choses-là ne sont que des créatures, et non pas des puissances, et elles sont, elles aussi, sous la puissance et la victoire de Christ. Autant dire, chers amis, que de cela même, nous sommes, nous avons été libérés une fois pour toutes. De cela non plus, nous n'aurons donc plus peur. Et si nous n'avons plus peur de Dieu, qui nous a aimés à un tel point, si nous n'avons plus peur des autres, qui ne peuvent rien nous faire, si nous n'avons plus peur de nous-mêmes ni de ce qui est tapi au fond de notre cœur, alors oui, réconciliés à tous points de vue, nous sommes "saints et irréprochables". Alors oui, la joie et la reconnaissance peuvent être désormais les seuls ressorts de nos relations. Alors l'Eglise aussi peut se voir, elle dont Christ est la tête : peuple de ressuscités, acclamation de joie et concert de louanges. Frères et sœurs, qu'en vous voyant, "avec cette [seule] force que [vous] a[vez]" (Juges 6/14), ceux du dehors comprennent qu'il n'y a plus de murs et que le Royaume du Fils est aussi pour eux promesse de joie et motif de reconnaissance. Amen. Autres textes de la même catégorie
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Cultes contemporains
Luc 23 v 35 - 43 Calonne