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Colossiens 1 v 24-29 Louis Honnay



Texte : Colossiens 1/24-29
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 23.07.1989.



Vous l'avez sans doute remarqué en l'écoutant, ce petit extrait de la lettre aux chrétiens de Colosses contient deux fois le mot "mystère". Deux fois en six versets. Ce qui laisse supposer que le mystère est l'un des thèmes principaux de ce court passage, qui nous est proposé pour aujourd'hui. Le Petit Larousse donne une définition du mot "mystère". C'est un ensemble de doctrines ou de pratiques que devaient seuls connaître les initiés. Exemple : les mystères d'Eleusis (il s'agit d'une ville de Grèce à quelque distance d'Athènes). Ou encore, c'est ce qui est tenu secret. Exemple : les mystères de la politique. Et enfin : discrétion, détours pour empêcher qu'une chose soit divulguée. Exemple : parler avec mystère. Donc, s'il faut en croire le Petit Larousse, le mystère est quelque chose de caché, dont la connaissance, masquée à la majorité des hommes, est réservée à de rares privilégiés.

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On ne doit certes pas chercher dans le dictionnaire des renseignements sur l'interprétation de la Bible ni sur la théologie. En comparant le Larousse et la Bible, on s'aperçoit qu'ils sont loin d'être d'accord. Dans le Nouveau Testament, le mot "mystère" revient dix-huit fois. C'est déjà dire qu’il a une certaine importance. Si on regarde les textes, on constate que, chaque fois, le mot "mystère" est associé à des verbes tels que connaître, révéler, prêcher. D'où la surprise : dans la Bible, du moins dans le Nouveau Testament, le mystère n'est pas une chose cachée, mais une chose connue et proclamée. Le mystère, c'est ce qu'on sait, ce qui est fait pour qu'on le connaisse.

Dans notre passage des Colossiens, relevons deux éléments. Premièrement, l'apôtre Paul a pour tâche d'annoncer le mystère du Christ. Par sa vocation, il doit le proclamer en public, le publier. Il est serviteur pour cela. Non pas serviteur du mystère, comme certaines traductions le laisseraient croire, mais serviteur de l'Eglise. Le mystère est objet de prédication, il est le contenu de la prédication. Deuxièmement, ce mystère, Paul doit l'annoncer aux païens. Le mystère n'est pas réservé à une secte, à un cercle fermé, ni même à une Eglise. Non, il est destiné à tout le monde. Chacun peut le connaître, chacun est invité à le connaître.

On peut dire que le mystère n'est rien d'autre que le contenu de la foi chrétienne. La Bible en Français courant traduit le mot "mystère" par : le plan secret de Dieu. C'est le plan de Dieu pour le monde et pour l'humanité. Ce mystère, écrit l'apôtre Paul, c'est "le Christ en vous, l'espérance de la gloire". Ce sont ses propres termes. Si le Christ est en nous, il n'existe plus de séparation entre Dieu et nous. En Christ, la distance est comblée, le fossé est surmonté. Dieu nous rejoint, il devient proche de nous, il se met à notre niveau. Dans la suite de la lettre aux Colossiens, Paul développe le contenu du mystère. Le Christ est mort et il nous associe à sa mort. Il est ressuscité et il nous associe à sa résurrection. Par le baptême il nous unit à lui. Avec lui, nous acquérons un nouveau statut. Nous ne devenons pas des surhommes ni des mystiques perdus dans les sphères célestes. Nous devenons tout simplement des êtres humains tels que Dieu les veut, restaurés dans notre condition de créatures, capables de vivre normalement en société.

"L'espérance de la gloire", pour parler comme Paul, n'est rien d'autre que cette condition humaine, cet achèvement de notre personnalité. Le Français courant traduit très bien Paul, quand il dit que chacun devient "un être adulte dans l'union avec le Christ". On ne devient pas adulte d'un seul coup. L'enfant naît, grandit et atteint sa taille normale, physique et psychologique, après une longue éducation. Le chrétien aussi doit suivre un long chemin avant d'arriver à sa stature complète. Paul parle de "rendre chacun parfait". Dans le texte original, "parfait" est plutôt ce qui est complet, ce qui est achevé après un long apprentissage.

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Nous pouvons donc dire que, pour l'apôtre Paul, le mystère, le plan de Dieu, c'est ce qui nous permet de devenir réellement nous-mêmes. C'est ce qui est essentiel pour chacun. Le mystère se confond à peu près avec le contenu de l'Evangile. Il y a un temps où le mystère reste caché, ignoré de tout le monde. Le secret a été bien gardé depuis la création de l'humanité jusqu'à la venue de Jésus-Christ. Vient alors le moment du dévoilement, de la révélation. Lorsque Jésus-Christ apparaît, le secret se dévoile, le mystère est connu. En ce point très précis, très limité, de l'histoire, le mystère s'ouvre et chacun peut le connaître. Pour la révélation biblique, l'histoire est très importante. Les éléments de la révélation apparaissent à certains moments de l’histoire. Par exemple, avec Abraham, avec Moïse, avec les prophètes, pendant l’époque où les Israélites sont en exil à Babylone. La venue de Jésus est l'un de ces moments privilégiés où la vérité est donnée à comprendre et à vivre. Le mystère de notre existence est là, à portée de la main, à portée de notre foi.

Le Christ nous apporte tout ce que nous devons savoir sur nous-mêmes et sur Dieu. Il est toute la Révélation. L'apôtre Paul n'accepte pas que la vérité puisse venir d'ailleurs. Il écrit la lettre aux chrétiens de Colosses précisément pour lutter contre une tendance à chercher le salut par d'autres moyens. Avec le Christ, nous sommes dispensés de chercher notre vérité ou notre salut dans les religions, dans les philosophies ou dans les dogmes politiques. Le mot "mystère" fait partie du vocabulaire des religions qui se répandent à l’époque de Paul. Le mystère était révélé, après une initiation longue et parfois pénible, à quelques privilégiés. On y parvenait avec une discipline physique et mentale rigoureuse et après bien des épreuves. Paul emploie ce mot "mystère" pour signifier que la vérité sur les hommes et sur Dieu ne se trouve pas dans ces pratiques religieuses, mais seulement en Christ et uniquement en lui. Paul est bien dans la ligne du Premier Testament : seul le Seigneur d'Israël est Dieu, les idoles ne sont que du néant et des mensonges. Pour Paul, religions et philosophie sont caduques. Christ seul est la vérité.

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C'est pourquoi l'apôtre Paul nous invite de façon pressante à recevoir le Christ et à croire en lui. Quand Jésus vivait en Israël, les gens l'ont reçu chez eux. Par exemple, Marthe et Marie. Nous connaissons ce petit épisode. Marie est tellement contente d'avoir Jésus chez elle qu'elle laisse tomber les tâches ménagères. Elle s'assied à ses pieds, comme faisaient les élèves d'un professeur. Nous pouvons imaginer qu'elle boit littéralement ses paroles. Parmi les ancêtres de Marie, il y a Abraham. Un récit de la Genèse nous montre Abraham assis à l'entrée de sa tente. Il voit tout à coup arriver trois visiteurs inconnus. Aussitôt, il se lève, il invite les trois personnages à s'arrêter chez lui, il leur prépare un repas. Plus loin, on apprend que ces visiteurs sont des anges, peut-être Dieu lui-même. Pour Abraham et pour Marie, accueillir quelqu’un est une occasion de joie. C'est une source de joie que d'accueillir le Christ chez nous. Parce qu'en le rencontrant, nous nous trouvons nous-mêmes. Nous sentons que c'était bien lui qu'il nous fallait. Avec lui, on est content, on est heureux.

Mais, en le recevant, on devient différent des autres, de ceux qui ne le reçoivent pas. On n'a plus les mêmes buts, on a une façon différente de voir le monde et une appréciation différente des événements, d'autres idées en tête. Il s'ensuit qu'on n'est pas toujours d'accord avec ce qui se fait, ce qui se dit et ce qui se pense ailleurs. Des frictions peuvent apparaître. Le mystère, le contenu de la foi, qui est une source de joie, peut devenir une cause de tristesse et de souffrance. Nous ne pouvons pas être tout à fait heureux quand nous voyons des gens — aujourd'hui, hélas ! une majorité — qui ne partagent pas notre foi et qui refusent de faire confiance à Jésus-Christ.

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Notre expérience de chrétiens vivant dans un monde païen nous permet de comprendre l'apôtre Paul, quand il écrit : "Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous". Paul n'est pas masochiste. Il ne trouve pas son plaisir dans les souffrances qu'il s'imposerait volontairement. C'est sa joie que de prêcher l'Evangile, que de partager avec d'autres le mystère qu'il a compris. Il est satisfait, profondément, de son ministère. Mais, en même temps, il rencontre des oppositions et il constate l'apparition d'hérésies dans les communautés qu'il a fondées. De là viennent ses souffrances. Ce sont les douleurs liées au ministère. Elles accompagnent le travail de l’apôtre. Plus l'apôtre veut être fidèle, plus il est en butte à l'hostilité et aux douleurs.

Personne, aucun chrétien, ne peut éviter ces souffrances-là. Ce sont celles du Christ, écrit Paul, elles font partie de la condition chrétienne. Unis par la foi en Christ, nous sommes aussi unis à ses souffrances. Mais le fait de souffrir avec lui ne peut pas nous décourager. Puisque c'est le signe que nous avons compris son mystère et que nous en vivons. La joie de nous savoir dans la bonne direction est quand même la plus forte.

Amen !



Autres lectures : Genèse 18/1-8
Luc 10/38-42

Cantiques :
* Psaume 33/1, 4, 5 Réjouis-toi, peuple fidèle
* NCTC 290/1, 3, 4 O Père des lumières
ou ARC 225/1 & 2 Viens en cette heure
ou ARC 603/1 à 3 La vie pour moi
* NCTC 161/1 à 3 = ARC 311 Comment te reconnaître
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