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Colossiens 1 v 21-28 Alphonse Maillot
Texte : Colossiens 1/21-28
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Juillet-Août]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1992 (p. 49-51). 6° dimanche après la Pentecôte ou 16° dimanche ordinaire Colossiens 1/24-28 Voici un texte qui a causé bien des tourments aux théologiens protestants, adossés à cette certitude que la Passion du Christ était autant suffisante qu'elle avait été nécessaire pour assurer le salut de tous les hommes. Et qu'ainsi il ne pouvait être question : a) qu'il eût manqué quoi que ce soit aux souffrances et à la Passion du Christ ; b) qu'on puisse ajouter quoi que ce soit à celles-ci. Oui ! En fait, oui ! Si on raisonne en juristes ou en comptables, il ne manque rien à ce qu'a accompli Jésus durant sa vie et la Semaine Sainte. Cependant, ni Dieu ni Jésus-Christ ne sont juristes ou comptables. Et le salut n'est pas un bilan ou un décompte. Et surtout, quand on aime quelqu'un pour lui-même, on lui laisse la place pour qu'il puisse faire quelque chose lui-même, même si on est sûr qu'il ne fera de lui-même que du mauvais travail. Quand on aime quelqu'un, on le veut nécessairement pour "collaborateur" (1 Corinthiens 3/9). Ce serait le haïr que de le laisser spectateur de ce qu'on fait pour lui, et que de lui dire : "C'est pour toi, mais n'y touche pas. C'est pour toi, et pour que tu restes objet, et non que tu deviennes sujet". Pour toi, oui ! Avec toi, non ! C'est bien pourquoi le Christ ne considère pas que son oeuvre et son amour soient complets tant que les nôtres ne peuvent y être associés. Son amour complet, surabondant, etc… va jusqu'à nous faire un peu de place. Jésus nous aime totalement et plus que totalement pour que nous puissions, nous aussi, aimer un peu. C'est pourquoi il ne faut pas nous effrayer de "ce qui manque aux tribulations du Christ". C'est le Christ qui accepte de considérer celles endurées par l'auteur de l'épître (ch. 2/1 et 4/10) comme les siennes propres (Actes 9/5). Elles actualisent, en les rappelant, celles que le Christ a subies, en particulier lors de sa Passion. Elles en sont même l'accomplissement, dit l'auteur avec une certaine audace destinée à faire ressortir l'étendue et l'actualité de la miséricorde du Christ. Et on se souviendra "des serviteurs inutilisables" de Luc 17/10 ; oui, mais serviteurs quand même ! Et c'est ainsi, en le lisant de travers, que d'un texte qui nous crie l'actuelle miséricorde du Christ acceptant d'adopter nos difficultés et de les faire siennes, on a pu faire un texte où l'homme réclamerait d'être, au moins partiellement, auteur de son salut. D'un texte de commisération, on a fait un texte de réclamation. De plus, il ne faut pas se tromper sur le verbe "se réjouir". L'auteur ne fait pas l'équation (doloriste) : souffrance = joie ; mais ici ce sont les souffrances-pour-1'Eglise de Colosses (cf. fin du v. 24), qui amènent l'auteur à se réjouir. En soi, la souffrance est haïssable (et d'ailleurs souvenons-nous de Gethsémani !), mais les souffrances-pour-1'Eglise sont la preuve de ce que nous avons vu plus haut : l'association miséricordieuse que le Christ nous accorde à son œuvre. Oh, certes, tout cela est facile à écrire, bien tranquille dans un bureau chauffé ; et dans une Eglise où le fait de lui appartenir n'a, dans nos pays, rien de traumatisant, mais est plutôt lénifiant et, au total, bien considéré. Mais c'est peut-être l'occasion de songer qu'il n'en est pas de même partout. Et peut-être aussi l'occasion de souffrir de son assoupissement et son avachissement. Au v. 25, s'il est vrai qu'on peut et doit traduire par "ministre", on ne peut oublier que le mot "diakonos" désigne d'abord le serviteur. "Ministre" oui, mais surtout "serviteur". Quant au mystère caché... (v. 26), ce n'est rien d'autre que ce que nous avons lu la dernière fois (Colossiens 1/15-20) et ce que vont révéler les v. 27-28 : "Le Christ est présent parmi nous" (les chrétiens) et nous avons à l'annoncer à tout homme, car tout homme y trouve son but et sa fin (et non pas sa perfection ! Lectionnaire catholique ; cf. TOB), c'est-à-dire sa raison d'être et de continuer d'être, en même temps que sa plénitude d'être. |
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