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Colossiens 1 v 15-20 (Jean-Claude WIDMANN)
Texte : Colossiens 1/15-20
Genre : Etude biblique Auteur : Jean-Claude WIDMANN Source : Le Christianisme au XX° siècle, n° 484, 12-18.02.1995 (p. 12). L’hymne de Colossiens 1/15-20 Paul proclame la gloire du Christ, Réconciliateur sur la terre et au ciel Le texte des Ecritures dont je propose ici la méditation est un hymne (sa forme poétique est bien visible) dont on pense qu'il appartenait à l'Eglise primitive, peut-être pour une liturgie de baptême, et que Paul aurait inséré dans sa lettre aux Colossiens parce qu'il était utile à ce qu'il voulait leur dire. C'est vraiment un texte difficile, comme est difficile le Prologue de saint Jean. C'est qu'il emploie un langage et des symboles pour nous très lointains. Il a été écrit dans un milieu juif familier de l'Ancien Testament ; on trouve dans ce dernier des hymnes à la gloire de la Sagesse qui lui ressemblent fort. Mais nous voyons bien le thème central : proclamer la gloire du Christ, cela avec les mots, les tournures, les symboles dont on usait en milieu juif pour proclamer la gloire de Dieu. L'alpha Comme Dieu, le Christ est Créateur. On nous dit qu'il est le premier en toutes choses : le « premier-né de toute créature », il tient « le premier rang » ; il est « le commencement », il est « la tête », il est « avant » ou « devant ». On nous dit aussi que tout est dans sa dépendance : « En lui, tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les invisibles », autant de manières d'exprimer la totalité. De cette dernière, il assure la cohérence : « Tout est maintenu en lui ». Il est l'agent d'une réconciliation générale. Mais ce Christ créateur est aussi le Sauveur, le Rédempteur, par sa passion et sa résurrection, ce que signifient les expressions : « ayant établi la paix par le sang de sa croix » et « il est le premier-né d'entre les morts ». C'est un hymne au Christ créateur et sauveur. Qu'en dites-vous ? Comment ce Jésus, qui a été un Palestinien parmi d'autres, à l'existence obscure, dans un petit coin de l'Empire romain et pendant un temps fort bref, pourrait-il être cette impressionnante divinité créatrice du monde et maîtresse de l'Histoire ? Cela paraît du délire. Bien sûr, un tel texte n'a de sens qu'à l'intérieur de la foi. C'est seulement lorsque je trouve mon salut en Jésus-Christ que mon regard s'élargit, qu'il peut embrasser l'Histoire et le monde dans sa totalité et en découvrir en quelque sorte l'intelligence ; ce qui veut dire non pas contester la science, laquelle s'occupe du "comment" des choses, mais trouver la réponse au "pourquoi" des choses, du moins l'entrevoir. Cette révélation sur le sens, qui nous est donné dans la foi, à travers cet hymne, je voudrais en faire sentir la portée, l'intérêt pour nous, chrétiens de cette fin du XX° siècle toujours en recherche, toujours désireux de mieux comprendre ce que ça veut dire et à quoi ça engage de se décider pour le Christ. Pourquoi faire de Christ ce géant de l'Histoire et du monde ? Pour comprendre, il faut savoir qu'en ce temps-là, les chrétiens de Colosses se laissaient volontiers séduire par des théories spirituelles à la mode où, certes, on adorait le Christ, mais en compagnie d'anges et autres puissances célestes jouant le rôle de messagers divins et s'interposant entre Dieu et les hommes. A ces Colossiens fourvoyés, Paul vient dire : « Adorez toutes les puissances que vous voulez, mais sachez bien que Christ est à mille coudées au-dessus d'elles ! ». C'est le sens du verset 16 : les Trônes, les Autorités, les Souverainetés, les Pouvoirs, toutes ces pseudo-divinités, c'est Christ qui les a créées ! Le seul vrai maître de l'Histoire, la seule image du Dieu invisible, c'est Christ ! Et, pour souligner cette supériorité du Christ, il le présente en créateur. Il fait la même chose que les vieux auteurs de Genèse 1 qui disaient en substance aux Israélites impressionnés par les dieux babyloniens qu'on disait maîtres du monde : « Ça, des dieux ? Non, des rien du tout ! C'est notre Dieu qui les a créés ! C'est lui qui a fait le soleil, la lune. Alors, n'adorez pas des créatures, mais plutôt le Créateur. Et la preuve que c'est lui, le vrai Dieu : il nous a libérés ; il nous a sortis de l'esclavage en Egypte ». Paul ne dit pas autrement : « La preuve que Christ est au-dessus de toutes les soi-disant puissances ? Il nous a sauvés ! ». L'oméga Naturellement, il ne faut pas se tromper sur cette supériorité du Christ. Lui n'est pas un pouvoir qui écrase. Sa supériorité n'est que celle de l'amour qui sauve, qui relève, qui rend libre, quand on veut bien l'accepter, quand on veut bien se repentir. On dirait que Paul exagère en plaçant ainsi Christ au sommet de tout. Je ne crois pas en voyant comment nous sommes. Je pense à tous ceux que séduisent encore les divinités les plus diverses, qui veulent bien du Christ, mais sur le même plan que Mahomet, Krishna ou Bouddha. Je pense à trop de chrétiens qui, sans donner dans ce genre d'élucubrations, ne voient le Christ qu'en lieutenant d'un Dieu abstrait. Comprenons l'avertissement de Paul : « Christ seul vous sauve et, entre autres, il vous sauve des dieux faux, ceux qui dominent et oppriment ». Le problème, pour propager l'Evangile, ça n'est pas l'incroyance, c'est la fausse croyance ; elle est beaucoup plus répandue ! Pourquoi ce thème de la création de toutes choses ? A quoi ça sert, alors qu'on pensait que seul importait le salut des hommes ? Pour nous rappeler deux choses sur cette Création, que nous avons tendance à oublier. D'abord, que la création — ou, disons plutôt, la nature — n'est pas une puissance autonome, n'est pas une sorte de divinité. C'est justement ce que croyaient les païens contre lesquels écrivaient les auteurs de Genèse 1. C'est ce que tendent à croire aujourd'hui certains mouvements spiritualistes ou écologistes pour qui la nature est une sorte de déesse à laquelle il faut se soumettre si l'on ne veut pas qu'elle se fâche. Il y a même des chrétiens pour donner un peu dans cette tendance quand ils disent : « Quand je contemple les splendeurs de la nature, je communie avec Dieu ! ». Je veux bien pour un joli coucher de soleil ; mais est-ce qu'ils communient encore avec Dieu quand c'est un tremblement de terre ou un typhon ? Seulement la Bible toute entière, et notre texte en particulier, nous disent aussi : Dieu et le Christ ne s'en fichent pas de la nature ; elle fait partie de leur plan de salut parce qu'elle est solidaire de l'homme. Quand l'hymne dit : « Il a plu à Dieu de tout réconcilier par lui et pour lui » (c'est-à-dire par et pour le Christ), il faut comprendre dans ce "tout" pas seulement l'homme, mais aussi les animaux, les plantes, les lacs, etc… Dans le même sens, nous avons le célèbre passage de l'épître aux Romains : « La création tout entière gémit encore dans les douleurs de l'enfantement ». Le salut pour tous Voilà qui devrait nous interpeller lorsque nous avons une vision étroite, rétrécie du salut, quand nous pensons et agissons comme si celui-ci était seulement pour les hommes, et encore pas tous : ceux des Eglises ; quand nous coupons le monde en deux : les sauvés et les autres, quand nous nous enfermons dans un ghetto, attitude sectaire au sens précis du mot. Non. C'est le monde entier qui est appelé au salut, tous les hommes, tous les êtres, tout ce qui existe. C'est pour ça que des chrétiens sont fidèles à leur vocation quand ils font de la politique, c'est-à-dire quand ils s'occupent du bien commun, ou bien quand ils travaillent à la défense de la nature. Finalement, nous avons besoin de cette vision large, cosmique du salut en Jésus-Christ. Notre foi, notre espérance sont à ce niveau. En tout cas, c'est ce que nous dit cet hymne de Paul aux Colossiens. A nous d'en vivre ! Autres textes de la même catégorie
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