Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Apocalypse 7v 9-17



EGLISE REFORMEE D’ ANNECY - Jean-Marc VENTRE 6 mai 2001
Actes 13, 14, 42-52 Apocalypse 7, 9-17, Jean 10, 27-30 .

Le passage des Evangiles que l’on vient d’entendre est appelé ‘’La véritable identité de Jésus’’, et ce sujet reste d’actualité depuis deux mille ans, au catéchisme, aux études bibliques, dans les facultés de théologie et dans nos réflexions personnelles . C’est important et cela nous permet aussi de découvrir la personne à la fois la plus proche de nous et pourtant la plus incompréhensible, nous-mêmes . Notre Dieu s’intéresse à notre personnalité et nous conduit sur le chemin de son accomplissement, c’est de cela que nous parlent ces lignes . Ne perdons pas de vue que notre Dieu nous aime et qu’il est libérateur .
Les versets qui précèdent avaient débouché sur la question <<Si tu es le Christ, dis-le nous ouvertement>> ceux qui suivent se concluent sur la décision des pharisiens de tuer Jésus . Car l’annonce de sa messianité coupe le monde entre ceux qui vont croire, les ‘’voyants’’ et les autres qui vont chercher à le faire mourir . Avec l’humanité assassinée de Jésus, c’est une part de nous même qui meurt également .Ce qui rend ces lignes actuelles pour ce temps que nous vivons entre la Cruxification et la Résurrection de Pâques d’une part, et l’Ascension d’autre part .
Ce passage vient aussi après la guérison de l’aveugle-né et avant la Résurrection de Lazare . L’aveugle-né permettait à Jésus de nous ‘’éclairer’’ sur les apparentes incohérences entre les malheurs que nous rencontrons dans notre vie et la volonté de Dieu manifestée dans ses oeuvres . Jésus avait annoncé <<Je suis la lumière du monde>> donnant le sens de ce miracle et ajoutant <<C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde : Pour que ceux qui ne voient pas voient , et que ceux qui voient deviennent aveugles >>. Arrêtons nous un instant sur cette phrase qui nous semble dure, voire injuste, au premier degré . En fait c’est une constatation bien banale que lorsqu’on croit avoir trouvé on ne cherche plus, quand on pense être arrivé on s’installe, or, on l’a dit l’Evangile est exigeant, difficile, il nous mène plus loin que ce que nous souhaitions . Ce n’est pas à notre éclairage mais à la lumière divine qu’il faut discerner ce que Dieu veut de nous, ce qu’Il veut pour nous. De même, au chapitre suivant, Lazare ressuscite et Jésus peut nous affirmer << Moi, je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais>> ce qui nous est dit aussi dans le verset lu ce jour . Malgré l’article du journal ’’Le Point’’ ni les catholiques, ni aucun chrétien n’ont a avoir le ‘’blues’’ .
Aujourd’hui ce même Jésus nous dit <<Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent >> . Le baptême fait de nous ses brebis. Dans ce monde où nous devenons des numéros, des adresses, des consommateurs ou des électeurs pour ne pas dire des contribuables, il est rassurant de savoir que quelqu’un nous connaît, chacun personnellement, nous parle et nous conduit, dans notre intérêt . Nous l’écoutons, mais l’entendons nous ? Car c’est un appel à lui ouvrir l’intégralité de notre être, pas seulement notre cœur ou la part de nous-mêmes qui nous convient celle qui nous semble la plus facile . Notre berger veut nous connaître, il faut laisser cette voix nous amener à prendre conscience de l’être que nous habitons . Elle nous appelle à réhabiter notre personnalité et à ne pas nous couper de notre source intérieure, ni à mourir de faim comme le fils prodigue (Luc 15,17) ni se dessécher comme le sarment coupé du ceps (Jean 15,6) .
Les brebis le suivent mais pour aller où ? C’est un incitation à ‘’être’’ celui ou celle que nous sommes appelés à devenir .Ce chemin n’est pas extérieur, il est même très proche de nous comme l’exprime le Deutéronome : Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, qu’il te faille dire <<Qui montera
pour nous aux cieux nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ?>> Elle
page 2
n’est pas au-delà des mers, qu’il te faille dire : << Qui ira pour nous au-delà des mers nous la
chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ?>> Car la parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur ... Deut 30, 11-14 .
S’ouvrir à l’Esprit, au Christ n’est pas si aisé que cela à vivre .C’est un mouvement intérieur qui se heurte à des résistances, qui viennent la plupart du temps, du fait que nous n’avons pas vécu nos blessures de façon simple et saine . C’est normal mais il faut écouter la voix du berger , sortir de la méfiance de soi-même et oser enfin se présenter à Dieu tels que nous sommes, avec nos blessures et nos faiblesses, en toute confiance, à l’exemple du Christ<<Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ! ... Ayant dit cela , il leur montra ses mains et ses pieds >> Luc 24, 39-40 .
Venir tels que l’on est , ne pas attendre d’être mieux ?, d’être prêts ?, et pourquoi pas parfaits ? .
Dieu nous annonce Sa Grâce, le Christ est venu pour nous tous, hommes et les femmes . Pour les pécheurs et les blessés de la vie . Marie-Madeleine la pécheresse, Zachée le collecteur d’impôts, la Samaritaine, même la femme prise en flagrant délit d’adultère, loin des étiquettes que nous leur collons si facilement, sont considérés par Jésus comme des êtres humains , riches en potentialités, et pouvant évoluer . Il les remet sur le chemin de leur vraie personnalité . Car c’est un chemin et non une situation ou une position définitive . Nous sommes éloignés, à l’opposé même des sectes dont on nous parle beaucoup en ce moment et de l’OTS dont on fait le procès. Cette voix qui nous appelle loin de nous conduire à la mort nous conduit à la vie, une vie vraie et riche . Celui qui nous conduit ne nous laisse pas comme ces marins en exil, abandonnés par leurs armateurs .
Plus difficile, la voix qui appelle les brebis, les encourage à se trouver en vérité et non en fonction des modes, des contraintes de l’entourage ... Dans le récit de Marthe et Marie, Jésus dit à Marthe, avec beaucoup d’affection et de douceur : <<Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses . Peu de choses pourtant sont nécessaires, ou une seule même. Marie, elle, a choisi la bonne part, et elle ne lui sera pas enlevée .>> Chacune, chacun, a sa part, mais doit la choisir et l’assumer. Chacun est appelé à aller vers son accomplissement, ce pour quoi il est venu dans ce monde . Ce n’est pas simple, d’autant qu’aucun n’a le même chemin que son proche et que l’exemple des autres n’est pas déterminant et ne peut totalement servir d’exemple .
C’est là que la Parole, la voix du berger que nous entendons dans les évangiles nous éclaire, nous dirige, nous rassure et vient nous rechercher quand nous nous sommes égarés .
Aujourd’hui, Jésus nous dit encore << Je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main >>.
A Pâques notre pasteur nous avait lu l’Epître aux Colossiens :<<Du moment donc que vous êtes
ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ >> .
Dès le premier livre de la bible, la Genèse, il nous est révélé que l’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu et comme à sa ressemblance. L’image de Dieu est inscrite au fond de chaque être humain, elle est donnée et indélébile .Par contre la ressemblance de Dieu s’acquiert . C’est le but et le sens de la vie que de grandir dans sa condition de fils et fille de Dieu, chacun dans sa forme spécifique, unique .
Alors recevoir l’Esprit avec le baptême, rechercher les choses d’en haut, avancer sur notre destin de devenir des fils et des filles de Dieu peut nous amener à vouloir échapper à notre condition humaine, à ses difficultés et ses limites . Nous risquons de tomber dans les extrêmes, entre être trop liés à la terre, ou trop liés à l’Esprit, qui sont des formes de fuite . L’Evangile nous demande
de vivre pleinement ces deux pôles et de les unifier . Jésus nous incite à permettre à l’Esprit d’habiter notre chair, c’est un des sens de l’incarnation .
page 3
<< Voici, je me tiens à la porte et je frappe . Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai dans sa maison et je prendrai le repas du soir avec lui et lui avec moi>> Vous reconnaissez, bien sûr, ce passage de l’Apocalypse . Apocalypse 3,20
Nous sommes assurés d’être respectés, le Christ ne force pas notre porte, il continue à frapper jusqu’à ce que nous soyons prêts ; c’est peut-être pour cela qu’il est question du repas du soir !
Nous avons du mal à nous ouvrir ! Mais le Seigneur est patient et il nous attend jusqu'à la nuit !
Nous ne risquons rien, il est le berger qui vient à la recherche de ses brebis, celles qui ont été traitées avec violence ou dureté, celles que personne ne va chercher et dont personne ne s’occupe.
Le berger respecte ses brebis et c’est le contraire des emprises sectaires, celles qui sont jugées en ce moment et celles qui échappent à la justice sauf à attenter nous même à la liberté individuelle .
Alors, dans notre texte, arrivent ces versets plus complexes :
<<Ce que mon Père m’a donné est plus grand que tout et personne ne peut rien arracher de la main du Père >>
Ce que l’on nous demande est une transformation en profondeur . Pas un ‘’placage’’ qui ne résistera pas au temps, à l’usure ou aux agressions . Ne faisons pas comme ces peuplades qui ont été ‘’christianisées’’ et qui mélangent, pour des observateurs comme nous, des liturgies chrétiennes et des rites païens . Ne faisons pas comme ces religieux et religieuses qui sont suspectés d’avoir participé activement au génocide du Ruanda et dont le procès se déroule en Belgique . Ne faisons pas comme ces croyants, souvent chrétiens, qui au long des siècles ont voulu sauver les autres malgré eux, leur ont infligé d’énormes souffrances et obtenu, souvent, qu’une transformation de pure forme . Oui, conversion, mais en profondeur, et cela nous est précisément ordonné dans l’évangile de Luc << Avance en eau profonde >> Luc 5, 4. Après avoir essayé, seuls, en vain de remplir nos filets, enfin l’écoute de cette voix va nous permettre d’aller vers nos profondeurs avec profit et réussir abondamment notre tâche . L’évangélisation, dont les chrétiens parlent beaucoup, commence par soi-même . Le ‘’connaît - toi toi même>> des philosophes grecs rejoint le ‘’hkl Kl ‘’ lehr lehrah, va vers toi que Dieu adresse à Abram, en Ur, avec la promesse de sa bénédiction, pour le mettre en route . Genèse 12, 1-2 . La bénédiction divine qui accompagne cette remise en question déstabilisante au début, au contraire se manifeste ensuite par un affermissement, ce qui rend, par exemple, les personnalités des patriarches et des matriarches tout à fait étonnantes . Nous pouvons être les brebis confiées par Dieu au Christ, ne plus risquer de lui être ôté et acquérir la vraie importance . Jésus dit :<< Quiconque entend mes paroles et les met en pratique sera comparé à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc >> Mathieu 7, 24 .
Il est quasi impossible de discerner exactement qu’elle est la part de Dieu et la part de l’être humain dans nos motivations . Mettre en résonance ses propres désirs et le désir de Dieu se vit aussi bien dans les grandes décisions que dans le quotidien .Il faut bien utiliser le terme évangélisation pour cette conversion profonde, car juste avant le passage que nous avons entendu, il est affirmé << En vérité, en vérité, je vous le dit , moi, je suis la porte des brebis >> Jean 10,7. C’est Lui, l’oint de Dieu qui nous indique le chemin qui nous sauve .
Cette affirmation nous rassure sur la manière de se guider dans cette évolution spirituelle à laquelle nous sommes puissamment appelés . C’est aussi le risque à prendre, car si nous ne le tentons pas , en acceptant de se tromper, nous n’avons aucune chance de réussir . C’est la façon de vivre que nous demande l’Evangile, nous apprenant à entrer dans une relation personnelle, particulière avec le Père, le Christ et l’Esprit .
page 4
<<Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix >> Jean 14, 27. Et : << Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie devienne complète >> Jean 15, 11 .
En effet si nous réussissons cette conversion, si nous arrivons à nous évangéliser en profondeur, en récompense, la paix et la joie, nous permettent de faire mieux que de supporter le quotidien . Ce changement de regard, acte intérieur conscient, est une merveilleuse manière de vivre la volonté de Dieu pour nous . C’est ainsi que l’on peut comprendre aussi le don de la vie éternelle que nous donne Jésus : Introduire le choix, laisser place à l’amour dans tout acte au lieu de le vivre par automatisme ou par obligation . Il nous est demandé de vivre notre présent pleinement . Chaque instant est le moment favorable . Chaque jour est le jour du salut, il ne faut pas attendre plus longtemps pour vivre heureux de cette joie dont le Christ nous parle . Cette disposition différente de notre cœur permet de prendre le recul nécessaire, de choisir nos actes en les laissant inspirer par l’Esprit . Oublier l’alibi habituel << je n’ai pas le temps >> et mener notre vie dans l’unité corps et âme, dans la paix avec nous même et avec les autres, en plénitude dans l’instant présent , dans l’amour et la grâce de Dieu .
Pour certains cela peut paraître long et difficile, mais la Parole se fait insistante et nous interpelle fortement : <<Lève toi, prends ton grabat et marche>> Jean 5, 8 ou encore <<Lazare sors !>> Jean 11, 43
Elle peut aussi se faire instructive comme au matin de Pâques << Pourquoi cherchez vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici >> Luc 24, 5 .
Ce texte du jour, choisi pour ce temps d’après Pâques, nous demande d’écouter la voix du bon berger . De comprendre ce qu’il faut changer dans nos coeurs . Nous faire sortir de nos inhibitions, de nos tombeaux, pour accéder à la vie vraie et libre à laquelle nous sommes promis .
Cette résurrection que nous avons fêté, il nous reste à la vivre en acceptant le temps pour le faire, les fragilités qui durent et les cicatrices que nous ne pourront effacer, comme le Christ nous l’avons vu est revenu, différent mais avec les mains, les pieds et le côté percés . Chaque jour reconnaissons le chemin parcouru, et si faible soit-il apprécions-le et rendons grâces à Dieu .
Chacun est libre de sa route et ne doit l’imposer à personne . Personnelle est cette route que nous sommes appelés à suivre vers notre vraie personnalité, souhaitée par le Père, éclairée par Jésus et dirigée par l’Esprit . Personne ne peut la suivre à notre place .
Mais, soyez en sûrs, nous sommes connus et aimés, nous sommes attendus et accompagnés .
Ainsi ces trois versets, si courts nous semblaient-ils, vont prendre tout leur sens, insérés dans leur contexte évangélique et biblique . Alors vraiment le ressuscité marchera à nos cotés, dans notre détresse sur notre chemin d’Emmaùs, ou dans la chambre fermée de nos peurs et Il nous rejoindra dans notre attente en Galilée .
Alors, doux et humbles comme celui que nous reconnaissons comme notre Seigneur, nous pourrons entendre cette parole inouïe qui concerne profondément chacun d’entre nous dès lors que l’on écoute sa voix :
<< Ce que mon Père m’a donné est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père >> .

AMEN





Inscription à la newsletter